samedi 20 octobre 2012

We're acting really though like the world belongs to us, 'cause it does, yeah it must



Et bien ils ont réussis.
Ils sont parvenus à nous faire croire que la vie ne passait pas assez vite si elle n'était pas glissée à la cadence d'une carte VISA: transaction refusée, veuillez recommencer. Si on n'a plus le sou dans nos coffres forts mentaux, qu'est-ce qu'on fait, dites moi? Ma marge de crédit sentimentale est saturée, je ne veux plus en prendre, je ne peux plus en prendre.
Pour noyer les peines de ces miroirs brisés nous renvoyant des reflets charcutés par leurs angles cassés, on s'achète de belles fringues de marque, qu'on porte la nuit pour ne pas qu'elles contrastent trop avec notre teint blême et nos cernes mauves, des lambeaux de dollars qu'on érafle bêtement en trébuchant sur les pavés du centre-ville à la sortie des bars, qu'on tache de quelques gouttes de sang en tentant de panser la gueule de copains trop bourrés pour ne pas se tomber dessus, qu'on abime à dégrafer trop rapidement pour sentir plus rapidement le contact de la peau de l'autre... On paye pour l'oubli déversé dans nos gorges en une brûlure amnésique rendue nécessaire, on débourse pour effacer les soupirs échos au milieu de ces nuits aussi empourprées que nos moues d'enfants terribles, pour gommer nos mémoires d'un laque plus opaque que l'onyx de nos cils...
On adule des photographies débiles de corps léchés, se remonte les seins, bombe le torse, rentre le ventre, grime le visage de poudres, de crèmes, de crayons, de baume, camoufle les formes, exhibe les muscles, ment, ment, ment à nos miroirs pour croire, au moins quelques secondes, que nous sommes réellement cet oasis de perfection virtuelle...
On se grise des épidermes imparfaites mais on déteste nos propres peaux de chagrin.
Le sexe: le plus beau mirage de proximité humaine jamais inventé, le leurre le plus populaire pour nier la solitude froide via la tiédeur des corps. Nous nous détestons pour des images kaléidoscopiques, irréalistes, dégueulasses...
Je sais, je l'ai déjà dis, mais je le répéterai: il aimait Big Brother.
Alors je bois pour oublier que je suis un bordel émotionnel de la pire espèce, que je n'ai pas réalisé à temps ce que je voulais et qu'aujourd'hui, s'il est trop tard pour sourire de bonheur, j'ai peut-être encore quelques heures pour rire méchamment de mes talents infâmes de bourreau des sens.
Je voudrais le déranger, au plus haut point, car je sais que mes escarmouches physiques et sentimentales le perturbent un minimum, et qu'avec toutes les crises que je lui piquent, moi, ce ne serait que la monnaie de sa pièce que d'être un peu ronchonnant pour une nuit en sachant que je sable le champagne avec son copain. Mieux encore! Que je puisse le dénigrer pour les tatous de mon fantôme.
J'en mourrais de vicieuse satisfaction.
Ou alors on règle tout ça à l'amiable si tu m'embrasses sur le front et qu'on recommence ce jeu de passe-passe ridicule.

1 commentaire:

  1. Ça pourrait venir d'un bouquin, je pourrais l'analyser dans un cours, je pourrais le prendre comme extrait dans mon cours de Formes artistiques où on doit transformer quelque chose qui nous parle en un scénario de quelques minutes. Ça pourrait être les bribes d'un roman super. Sérieusement, ça m'arrache les pupilles et ça me défonce le cerveau tellement tu écris bien. Je ne sais pas comment tu fais, mais tu as juste... l'essence de l'encre en toi. C'est merveilleux et détestable à la fois, car je ne peux pas être aussi... brutalement douée. Mais j'adore ça. Vraiment. Beaucoup trop, même. :)

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