vendredi 26 octobre 2012

Triangle walks



Tout m'avale. Quand j'ai les yeux fermés, c'est par mon ventre que je suis avalée, c'est dans mon ventre que j'étouffe. Quand j'ai les yeux ouverts, c'est par ce que je vois que je suis avalée, c'est dans le ventre de ce que je vois que je suffoque. Je suis avalée par le fleuve trop grand, par le ciel trop haut, par les fleurs trop fragiles, par les papillons trop craintifs, par le visage trop beau de ma mère. Le visage de ma mère est beau pour rien. S'il était laid, il serait laid pour rien. Les visages, beaux ou laids, ne servent à rien. On regarde un visage, un papillon, une fleur, et ça nous travaille, puis ça nous irrite. Si on se laisse faire, ça nous désespère. Il ne devrait pas y avoir de visages, de papillons, de fleurs. Que j'aie les yeux ouverts ou fermés, je suis englobée: il n'y a plus assez d'air tout à coup, mon cœur se serre, la peur me saisit.
L'avalée des avalés, Réjean Ducharme


Tu fais mal à chacun de mes neurones, en ce moment.
Je me vautre dans les bulles de mojito issues des talents de ma soeur en cuisine moléculaire, je m'engourdis déjà l'encéphale alors que je n'ai même pas encore passé le pas de ma porte, et puis ensuite j'irai siroter quelques bières, probablement me caler quelques shooters, sans ton visage, sale spectre de merde. Nia nia, tu as insinué une seconde que je n'étais pas capable de vivre sans toi, et bien évalues par toi-même, regardes dans ces preuves aussi coupantes que les tessons des bouteilles que je fracasse contre ma conscience morcelée, cela fait un mois qu'on n'est pas sortis ensemble et calé jusqu'à en oublier nos noms, cela fait un mois que nos doigts ne se sont pas confondus dans les méandres alcooliques des nuits de nacre tachées de l'encre de mes synapses littéraires, à trois heures du matin, quand la boisson stagne dans mes membres et que des larmes amnésiques lestent mes paupières d'un sommeil épais et épuisant.
Je te déteste, je te déteste, je te déteste, parce que tu ne m'aimes en rien et je me tues à tenter de trouver dans tes sourires et nos conversations téléphoniques jusqu'à l'aurore une quelconque signification de ton attachement aveugle. Je te le répéterai autant de fois qu'il le faut, autant de fois pour que tu ne l'oublies pas. Ou quelque chose comme ça.
Tu as dessiné une bague ideuse à mon annulaire gauche et je la dévisage sans savoir si le sourire gaga qu'elle me colle aux lèvres vaut réellement toute la douleur que sa mièvreté me procure. Nous sommes unispar les liens délibiles d'un stylo bille imbécile, victimes de l'ennui qui t'assailles lors de nos foutus cours de merde.
Je déteste tout le monde, toi tout particulièrement.
Je ne suis pas faite pour les rapports sociaux. Je me tue à trop aimer les gens, ça ne sert à rien et j'ai envie de me suicider râre. J'adore trop fort, trop violemment pour être capable d'endiguer ma nécessité de lire dans les yeux d'autrui le même attachement. Bien sur que c'est impossible de m'équivaloir, I'd die for anybody, sacrament.
Stupide comme c'est, je m'ennuie aussi du moment où j'avais l'impression que le Surhomme m'appréciais réellement. Je ne lis qu'une indifférence exemplaire dans tous ses menus gestes. Moi, c'est certain que je serais tombée amoureuse s'il y avait pu se passer une étincelle de folie. Keep the streets empty for me, also known as I'm laying down eating snow, tsé.
Les pulsions, c'est pas excellent, Friedrich. La preuve: regardes-moi. Je suis déplorable à voir, torturée, roulée en boule à cause de ces conneries dans ma tête.

1 commentaire:

  1. Je n'ai jamais rien lu de Réjean Ducharmes qu'un extrait d'Ines Pérée et Inat Tendu et L'avalée des avalés. Ça m'avait tué, comme livre. Il est surligné partout, sauf au milieu. « On est là où on est quand on a les yeux fermés: on est dans le noir et dans le vide. »

    RépondreSupprimer