mercredi 5 septembre 2012

Watch me break and watch me burn, no one is listening my friends, my friend...











Je viens d'imploser.













« Lorsque, du dos de tes doigts vibrant, à la cime de tes jointures éraflées, tu fais éclore contre mon corps les bouquets de mon désir de toi; lorsque ta barbe si subtile qu'elle en est presque juvénile pique légèrement au lever, et que tu m'embrasses progressivement chaque partie du corps; lorsque tu glisses entre mes doigts la cigarette familière quand, nus dans les draps insalubres de ton 2 et demi miteux, nous retrouvons graduellement notre souffle au son des trains qui déraillent à quelques mètres du bloc; lorsque je caresse doucement les rideaux lilas qui bordent tes yeux fatigués aux vaisseaux sanguins dilatés; lorsque tu récite quelques bribes égarées de poètes décimés sans savoir qui les a dites, seulement parce que tu aimes leur sonorité et l'apocalypse qui éclot hors de leurs coquilles de syllabes quand tu prononces leurs vers lentement; lorsque tu finis ton verre de bière et que tes yeux égarés dans les visages troubles des foules bruyantes me confirment ton état tertiaire ; lorsque je suis tellement intoxiquée que je me souviens de rien, pas même de mon nom, et que tu réécris dans les pages blanches de mon amnésie notre rencontre pour une nouvelle fois, sans qu'elle ne soit jamais totalement la même; lorsque tu souris, même quand tu es sobre; lorsque je prend entre mes doigts faméliques le verre de lait sale que tu as posé sur le bout de la table aux fragiles jambes de bois dont les dents d'échardes me mordent les empreintes digitales quand j'y glisse mes doigts; lorsque nous nous écartelons les pupilles à coup de circonférences gobées prestement entre les quatre murs de métal bringuebalants d'un autre bar miteux qui crache ses vieux accords grésillant à nos oreilles sourdes; lorsque je pleure et que tu ne me prends pas entre tes bras parce que c'est bien trop cliché, mais que tu me bordes et m'enroule et me réchauffe dans tes mots; lorsque, de l'autre bout du fils, caché derrière les ordures des ruelles poisseuses du centre-ville ou dans l'espace vague qui étouffe à côté d'une usine où un rave s'étiole, tu me murmures, par-dessus le raffut des autres existences sales de paumés comme nous, que je te manque; lorsque les bulles de l'ecstasy éclatent et que nous dégringolons hors de nous-mêmes, une nuit durant, arrimés l'un à l'autre sous le poids de notre détresse, sans oser bouger, sans oser respirer, mes ongles comme des harpons plantés dans la chair de ton dos pour éviter que tu ne coules trop loin de moi; lorsque tu bois ma respiration à même mes lèvres, que tu me refuses l'oxygène et m'impose l'asphyxie de ta proximité dans une délicieuse sensation de trépas suffoqué; lorsque tu me cries après, que tu me détestes, que je vois la haine et le mépris que tu éprouves pour moi au fond de tes prunelles, et que tu n'es néanmoins pas capable de sortir de la pièce en claquant la porte, alors tu arpentes le minuscule périmètre de ta chambre et frappe dans les murs à grands coups de poings jusqu'à t'ouvrir la main contre les briques; pendant un instant qui se travestit infini, je t'aime.
Mais parfois, je me souviens que la seule raison pourquoi je me cramponnes à tes synapses et à tes paroles, c'est parce que tu es le miroir de ma médiocrité, et que je ne saurais supporter être seule avec ma difformité. Oui, ce n'est pas un secret, je te le chuchote parfois à l'oreille après avoir fait l'amour, avec toute la douce cruauté que je sais manier d'une finesse d'autant plus douloureuse que tu la sais vraie: je t'aime parce que tu es un raté, le reflet estropié et monstrueux dans la glace de mon désarroi, une confirmation de la légitimité de ma haine face à toute la laideur de l'humanité.
Tu es paumé, fauché d'avance, et même s'il t'était donné la chance de t'en sortir, d'avoir une existence qui en vaut la peine, tu n'aurais ni le courage, ni l'ardeur de même te lever. Ta bassesse va aussi loin que cela.
Imbécile. Poltron. Acrimonieux. Écoeurant. Vicieux. Paresseux. Misérable. Désagréable. Insignifiant. Raté, raté, raté. Si tu lisais ces lignes, tu saurais que je ricane amèrement en détaillant chaque de tes défauts, avec une lenteur et une méticulosité qui réussit toujours à faire couler des larmes qui laquent graduellement tes belles grandes pupilles vertes calcinées par la haine et la rancune.
Et je jouis de te détester avec autant de bien fondé, mon amour. Tellement, tellement... Tu me donnes envie de gerber à en boucher des éviers.
Mais assez de coups de massue pour aujourd'hui... Bonne nuit, petite abomination adorée; le soleil poins en haut des cheminées qui vomissent leur pollution dans notre coupole de cauchemars, et sa cape de lumière écarlate me donne mal aux yeux. »

Je t'aime moi non plus ©

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