mercredi 5 septembre 2012

I live between concrete walls


Je publierais 10000000 pages de Je t'aime moi non plus LIVE UP tellement c'est génial à imaginer.


"Je sais que vous me prenez tous pour une sale petite putain parce que je brise tout autour de moi. Possiblement avec raison. Je suis une petite apocalypse.
Les gens ont tendance à trouver cela joli les premiers jours, les premières semaines, peut-être même les premiers mois pour certains... Il y a un lyrisme incontestable à la perdition.
Pour la plupart des individus qui s'arrêtent aux abords de la scène de ma vie pour épier mes monologues ridicules, ces récits shakespeariens déclamés avec une ironie désirant rendre le pathétisme de mon jeu unicolore, il est évident que la pièce ne durera pas longtemps. Alors pourquoi supporter ces tyrades exécrables, ces chorégraphies pathétiques de pas mécanisées qui toujours enclenchent les mêmes trajets, ennuyant train-train de douleurs dilluées dans leur ridicule, surtout si on ne peut retenir une moue de dédain à me regarder trébucher, mes bouteilles de perdition mollement contenues entre mes doigts relâchés par leur oubli?
Parce que le désastre est esthétique. Sensuel. Dans la chute, il y a la suave caresse du vent qui fouette notre peau, si violemment qu'on en aurait des hématômes jusqu'aux paupières... Le battement de nos cheveux contre notre front, comme de minuscules paillots de notre naïveté qu'on nous rabattrait au visage d'une manière si répétitive et ténue qu'elle en devient douce, paternelle... La mollesse de nos membres flottant en suspension, dont les articulations disloquées rappellent celles des pantins de ce curieux ventriloque qu'est le hasard et dont on croit lire le discours sur les lèvres de toutes les autres marionnettes qui tressautent à nos côtés... Les battements de notre coeur en sourdine, l'unique son qui semble parvenir à pourfendre l'étreinte de l'appesanteur de notre dégringolade, l'ultime mélodie minimaliste de notre génération amphétaminée... La collision. Pondéreuse. Brute. Ouaté. Et puis le subtil tressautement du souffle qui s'éclipse dans une messe adagio pratiquement muette, le flot de vie  qui s'écoule lentement hors de l'emboitement de nos membres et vient tracer, toujours plus lentement, une dense marre qui déforme la réelle disposition du corps... Dans le mandalas de sang qui borde la peau fraiche d'un nouveau mort, tous spectateurs dévisagent, dans cette marre rappelant une large flaque d'étain fondu en lente expension, bien plus que la défunte, leur propre chute au milieu des grattes-ciels, dans la sérénité du départ. C'est la beauté de leur propre désir de mourrir qui, peut-être malgré eux, se reflète dans la transparence du métal qui continue de couler jusqu'à l'arrivé des ambulanciers.
Je suis avant tout un tableau, une oeuvre d'art dont le paysage gravé dans la maigre toile a fendu le cannevas d'une existence figée dans l'éthos de sa géhenne, un portrait difforme dont la peinture caillée traduit avec une exactitude admirable les rides de l'âme.
Je serai brulée avec tous les livres."
Je t'aime moi non plus

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