dimanche 30 septembre 2012

And we will be who we are and they'll heal our scars



Je suis fatiguée d'utiliser le verbe aimer dans mes déboires pixelisés. Je le remplacerai donc par "détester."

Je te déteste noir dentelle, rouge chocolat, la cerise dans le martini, je l'ai déjà dis trop de fois, tu fonds sur le bout de la langue et tu sucres les lèvres d'une piquante arôme de vice trop douce pour être néanmoins niable.
Bien souvent, la marque de tes chemises me répugne, tes sursauts de préjugés me rebutent, tes commentaires humoristiques mais stéréotypés m'enragent. Tu t'es fais tout donner et personne ne t'as jamais demandé de ne rien rendre en retour; tu es un des enfants terribles qui a grandit, un mioche un peu moqueur, cancre sur les bords, qui parle la bouche pleine, fais des balades en voiture et se gâte de temps en temps une jolie petite aventure au détour d'une soirée bien arrosée. Les cigarettes que les gosses foutaient dans la bouche des grenouilles, tu as commencé à les allumer à tes lèvres, et tu recraches la fumée à ce monde affamé de ta réussite en lui promettant tacitement que le succès peut attendre la mort de l'amusement juvénile.
Tu n'es pas beau. Tu es spécial.
Remarquez, je ne suis pas bien mieux, avec mes robes à grandes breloques, mes yeux pailletés d'or et sertis de bijoux de l'onyx de cils badigeonnés de mascara, mes airs surpris faussement innocents... Par moment, je suis véritablement une petite bourgeoise qui se prend pour une socialiste, une fillette de la haute qui se rebelle contre les convenances mais qui finira par lâcher les arts, réussir en droit, gagner son fric, avoir un mioche ou deux, les habiller en Zara Kids et voter libéral. Je ne connais pas mon identité propre, c'est bête. Cassez un miroir, et me voilà: des reflets morcelés d'une réalité aux angles qui métamorphosent le décor.
J'aime mieux quand tu te dédoubles comme les shooters contre le verre des bars et commence à déblatérer sur tes anciennes histoires. On voit le .
Ça vous dit quelque chose, cette personnalité? C'est plus que comique, voyez vous, je connais deux personnes du même nom aux mêmes caractéristiques et avec qui j'ai eu des escarmouches plus ou moins similaires, peut-être dans une chronologie inversée.
Zut, je ne veux pas te détester.

* * *


Je ne sais pas quoi en penser.
Je devais être une jeune femme mature, une adulte qui comprend les modalités de la vie et qui serait parvenue à être en paix avec son passé, avec le fait que les yeux bleu blanc rouge se ferment doucement et oublient nos visages, qu'ils rêvent à de plus belles horizons que les méandres mentaux d'aliénées, et que c'est l'ordre normal des choses.
Je n'avais pas pensé à lui pour un sérieux bout de temps, pour être bien honnête; il m'était sorti de la tête, pop, plus là, voilà, de temps en temps quand je passais devant la pharmacie, peut-être, un cerf volant blanc dans un ciel de nuages de coton, il reste la corde accrochée à mon poignet mais je n'y pensais plus, bref, c'est comme ça le passé, c'est des millions de cerf-volants enrubannés autour de nos bras qui ponctuent le ciel de nos espérances de références de couleurs et qui quelques fois s'entrecoupent et se déchirent devant nos gestes impuissants pour en déterminer l'orientation. Les cerf-volants de Montréal. Nos rues sont fracturées comme à Kaboul, et nos coeurs se plient à leur miroir de béton.
Enfin, je n'avais pas pensé à lui pour un sérieux bout de temps.
Et puis, sobre à 11h30 du matin, il y a elle qui se triture les mains et qui sourie avec énervement, qui tente de dire candidement qu'elle veut me parler mais dont la nervosité et l'embarras transpire de chaque pore de sa peau, qui secoue ses beaux petits cheveux d'ange blond, avec sa voix flûtée qui chante pour m'expliquer que ça fait un mois qu'elle fréquente mon ex-copain.
Je lui ai donné ma bénédiction avec un sourire que je crois étais partiellement sincère, je suis partie au son d'une musique folklorique québécoise fort dramatique, je me suis perdue dans le Parc Lafontaine...
Je n'avais pas envie de boire comme un trou, je n'avais pas envie de fumer, je n'avais pas envie de me perdre. C'est comme si j'étais tout d'un coup confrontée au fait que je n'avais pas envie de réaliser que nos chemins de vie avaient été parcourus dans des sens contraires, le sien vers la voie du bonheur qu'il connaissais et qu'il savait appliquer il y a déjà un an, et le mien vers une stagnation décadente plus ou moins floue, de l'alcool, des déboires émotionnels troubles...
J'ai pris trois bières en une heure trente, une consommation raisonnable selon le guide de la SAQ, j'ai ris avec le joli monsieur, le petit bourgeois et la Russe, je n'ai pas fumé même si j'en avais terriblement envie, je suis rentrée, j'ai écris à monsieur R. parce que j'étais quand même un peu fâchée qu'il ne m'en ait pas parlé et qu'il est à l'autre bout du monde pour l'instant...
Je me réveille et je suis un peu monochrome. Je suis en crise existentielle, je ne sais plus quoi faire de ma vie, je n'ai pas envie de me suicider mais je voudrais être réellement heureuse, en relation, probablement, je n'en sais rien, tabarnack.
Ouiiiiiiiiiiiiiiiiiin, comme dirais Luigi.

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