jeudi 2 août 2012

Midnight City










Délire en trois parties:
1 - Si seulement on était resté fauchés, putain (C)
2 - Pas un autre p'tit con, ciboire ? (P)
3 - Mais je suis une sacré folle de toute façon (K)









Si seulement on avait pas changés, putain, on serait restés les mêmes vieux cataclysmes qui s'emboîtent dans l'ombre des salles enfumées, on aurait appris à mieux coordonner nos lambeaux d'âmes, peut-être, ou alors on aurait été toujours aussi cacophonique qu'au début, des longs adieux en fracas et en lustres de perles qui s'écrasent et explosent avec des sanglots de verre et des dégats dans le manoire familial, et puis des retrouvailles où l'émotion débordait des digues de tes paupières et où tu me prenais doucement la main pour y dessiner ton amour en gestes enfantins et maladroits qui trop vite avaient touchés à tout. On aurait pu faire de la cocaïne ensemble, et peut-être s'éteindre avec une aiguille au creux du bras. Ç'aurait été un de ces beaux contes de fées de clochards, comme je les aime.
Mais il a fallut que je décide que je méritais mieux que ça, après avoir presque presque réussi à m'expédier de l'autre côté du miroir. "J'ai essayé de me suicider chez un mec que je ne connaissais, durant une beuverie." Ça se dit bien, quand on le glisse nonchalamment dans une soirée de confidence alcoolique, une top foutue entre ces lèvres que l'imbécile qui écoute ce discours finira par râcler du désir de ses dents. Mais non, mais non, j'ai voulu me prendre en main, être quelqu'un de respectable avec de bonnes notes, un joli copain (il n'est venu que très après cette résolution), des amis chics qui ne brisaient pas les coupes de vin dans un excès de folie quand elles étaient invitées à de petites soirées sympas, un collège renommé et quelques mésaventures un peu folichonnes à raconter aux nouveaux crétins rencontrés aux détours des bureaux. On enfouie les cadavres de nos excès, allons allons, personne ne veut voir à travers les orbites creux de mes bouteilles le spasme neurotique empoussiéré de mon suicide et de mon mal de vivre... Le mal de vivre, c'est laid comme la galle, et la décadence, ça rend les bonnes personnes mal à l'aise parce qu'elles ne sont pas sottes: elles savent y lire le désir de se détruire et elles ne le comprennent pas. Et elles n'aiment pas ne pas comprendre.
Et maintenant, on a foutu un coup de hache monumentale en se callant une petite baise tellement médiocre au final, on a démystifié la beauté de notre étrangeté, on a fait un autodafé des Saintes Écritures de nos amours, citant nos discours d'apôtres en exagérant bien chaque mot pour se rendre compte de leur ridicule; "Toi, tu es différente." "On partage quelque chose... Je sais pas comment le dire." Des tas de phrases de jeunes cons qui ne faisaient que lire leur premier baiser qui ne s'écrivait pas perdition, et qu'on a profanés en se prouvant que dorénavant, on était comme tout le monde, des personnes bien normales qui avaient quelques brosses pas trop amochées de temps en temps, leurs passés qu'ils ne déterraient pas trop souvent, et leur partie de jambes en l'air hebdomadaires. On a voulu jouer au papa et à la maman, être un couple, un vrai de vrai, qui n'est démesuré en rien et calculé en tout. Putain, j'aurais préféré qu'on n'enlève jamais nos combinaisons de paillettes bons- marchés, quitte à embrasser le canon d'or du pistolet de l'oubli plutôt que tes lèvres à présent muettes d'unicité. Tu as déchiré le magnifique portrait que j'avais peins de mon sang et de mes larmes (les seules deux teintes nécessaires, la haine et la détresse) pour me révéler que le modèle d'après lequel je croyais avoir calqué ton unicité dramatique, tous les plus menus détails de ton bordel mental, n'était en fait qu'un pastiche industriel aux caractéristiques manufacturées.
Je te déteste. Je te déteste d'avoir carabiné mes rêves d'enfant salie. Je te déteste, et de trois ans à rebours, par dessus le marché.

* * *

Et maintenant, je crois être amoureuse d'un autre p'tit con, qui aurait peut-être un jour voulu penser désirer me murmurer trois mots clichés à l'oreille, lorsque nous aurions finis une de nos nombreuses bouteilles, mais dont tous les troubressauts du coeur potentiels qui se produiraient aujourd'hui par ma faute lui seraient valables d'une lapidation publique par son copain. J'exagère. Ils s'adoreraient encore tout autant, peut-être serais-je celle qu'ils lanceraient hors des barricades de leurs existences emboucanées... Mais ils manqueraient probablement de mots quand le sujet se présenterait.
Mais p'tit con, p'tit con, putain de calice de merde, me laisseras-tu de nouveau te serrer la main quelques secondes et me donneras-tu de nouveau le droit, oh, seulement une fois, de me nicher dans ta frêle étreinte pour étendre mes angoisses et que tu sèches les larmes qui les allourdit tant? J'aimerais seulement que tu puisses me dire que tu n'as pas le droit, et qu'à partir de ce moment, moi, je me tue à détourner les lois dans les cabinets sals et les idées récurrentes, et que toi, tu défendes ton point avec véhémence et finisse par me remettre à ma place une fois pour toute, petite déglinguée, "je suis certain qu'on peut battre ça, ses hormones là, calice, ça a pas de bon sang, qu'est-ce que tu criss, là?"
Au moins, ce mirage d'émotion ne serait pas tombé dans l'oubli de l'affection que me porte ton ami.

* * *

Mais peut-être n'est-ce que mon état général du moment.
Je voudrais m'arracher les yeux pour ne plus voir tant de drabe. Ces pièces sont proportionnées et ces meubles sont antiques mais leurs formes sont harmonieuses et les ampoules sont positionnées à merveille pour mettre en valeur chaque forme de ce manoir qui voudrait porter l'acronyme imbécile de chalet et les arbres sont magnifiques et le sol est confortable pour les pieds nus et le bruit de l'eau est doux aux tympans et je suis entourée de ceux qui partagent une partie de mon ADN et je voudrais calciner toute cette perfection et peinturer un HLM par-dessus sa toile de nacre, TABARNACK.
Je me perd dans l'incompréhension chronique que je m'attire moi-même. Il faudrait me rappeler, de temps en temps: "Emmanuelle, ma belle Emmanuelle, quand tu retires un bouchon, tu ne t'arrêtes tout simplement plus de caller; tu perds le fil complet de tes pensées, tellement que tu te crois toi même trop folle pour oser avouer à quelqu'un toute l'étendu de ta gangrène psychique.", parce qu'une fois le processus enclenché, je suis si confortable et ingénue dans mes souvenirs dupliqués de douleurs acides et verres vides, d'appétit pour la destruction, au menu perdition sans addition, que je ne voudrais pour rien au monde revenir les pieds sur terre. Je veux que mes esclaves imaginaires continuent d'excaver les sous-sol de ma démence, allez, trouvez dans ces synapses tout l'or avec lequel je recouvrerai les toiles que l'empire de mon rien m'a sommé de lui dédier! En réalité, je sais bien être à genou dans la boue, à râcler le sol de mes ongles écaillés pour creuser une fausse assez grande pour y enterrer mes idées noires après l'immolation publique de ce qu'ils croyaient être quelqu'un de bien.
Je me suis couchée sur le sol, les pieds dans la terre, la tête doucement appuyée sur un oreiller de mousse, une petite araignée qui tissait ses mandalas mortels en utilisant comme socle un bout de mon auriculaire... Je crois qu'on m'appelait, à quelque part, loin, trop loin pour que je sois forcée d'en tenir compte. Le raffus silencieux de la forêt m'enveloppait; des petits piaillements d'oiseaux sans nom où visage, ce que je croyais être des pas d'animaux ou d'hommes, peut-être, je n'en sais rien, mais surtout, surtout, la symphonie des cèdres, des érables et des peupliers, du murmure du vent dans les torsades rugueuses de leurs bras tendus pour tenter de dérober une quelconque paillette des jets du soleil, le bruissement de son souffle dans ce fin plafond vert pomme et jaune pâle et ocre, percé de rayons diffus qui semblaient en suspens dans le minuscule hale de ce bout petit de forêt... C'était si harmonieux, serein et cliché que j'aurais voulu pouvoir dire que je trouvais ça ignoble. Il aurait fallut ne rien changer au tableau, rien du tout, rien du tout... Que mes poignets taillés sur le long, qui auraient taché d'un magnifique cramoisi presque noir les souches des arbres et leurs squelettes étrinqués, et auraient imbibé la mousse de ses coulisses régulières sur ma peau de porcelaine, et auraient attiré plein de petits insectes  mignons qui seraient venus vibrer autour de mon visage, qui se seraient peut-être posés sur mes yeux grands ouverts, figés dans ce même regard fasciné par la beauté de la quiétude de cet Eden au Nord de ma petite mégalopole adorée. 
J'ai envie d'exercer une violence infinie contre ma personne, sous toutes ses formes, tous les temps, tous les modes, tous les verbes. J'ai d'abord commencé par serrer mes ongles dans la peau fine du dessus de ma main jusqu'à y imprégner l'empreinte de leur poigne dans mon épiderme. Puis, j'ai procédé de la même manière, avec un crayon, appuyant aussi fort que je pouvais pour qu'il déchire le papier de son de mon poignet, à quelques millimètres de ces tendons bandés comme la ligne d'un arc quand on sert les poings... Puis, mon paternel m'a dit d'arrêter ça "parce que je pourrais me faire mal". J'ai tout de même détaillé avec satisfaction le trou qui y siégait, stigmate de ma démence que la prochaine moi tenterait à tout prix de cammoufler avec embarras et engoisse sous un de ces minuscules bracelets colorés et bohèmes que ses copines richissimes lui offrent et sur lesquels elle cracherait si elle n'avait pas peur du plomb des regards.
Mais non, mais non, je ne suis pas toujours comme cela, ne vous en faites pas, vous n'avez pas manqué un si grand bout de mon cheminement... C'est que c'est la folle qui a le contrôle de mes neurones, en ce moment, ce qui n'avait pas été le cas depuis un bon bout de temps. Elle voudrait bien échapper malencontreusement une allumette dans le réservoir à destruction de ma boîte crânienne, si elle avait davantage de temps pour jouer ses conneries avec la harpe de ma vie, mais elle sait qu'elle a un cadran avec quelques minutes de retard qui suffoque ses dommages, alors autant se réserver une place pour revenir jouer, j'imagine, j'imagine, et elle rit avec grand fracas, toute seule, parce que qui voudrait d'une cinglée pareille de toute façon?
J'ai envie de tout briser dans cette maison, tout, tout, asperger de bidons d'essence les lattes de cèdre du rêve de mon paternel enfin érigé après tant d'années, et puis envoyer en Enfer, pour de bon, tout, tout, tout! Les flammes lécheraient les murs érigés par sa force, rongeraient ses conduits électriques émotionnels, les ampoules de ses illuminations exploseraient, les douces couvertures qui avaient habrités ses rêves seraient dépouillées par l'incendie qui mangerait jusqu'aux fondations de son existence, cette métaphore qu'il a érigé pour ne pas avoir perdu son ambition d'antan... Et moi, aux milieu de l'explosion fatale, je braillerais, et je rirais aux éclats à la fois, mais je ne bougerais pas.

Si toutes les personnes à qui je fais couramment plaisir en lançant la poussière de fée de mon anthousiasme par tous ces gestes amplifiés pour ponctuer des discours décriés avec bonne humeur - et même les gens qui me côtoient lorsque je quête un dernier pichet pour noyer mes entrailles ruminant des cauchemars que je leur précise impossibles à décrire - parcouraient de leurs prunelles vierges même seulement une ligne de ces manuscrits pixellisés, ils m'enverraient à l'échaffaud.

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