dimanche 8 juillet 2012

While I wonder what it is you're after, keeping company with this disaster


Un autre déboire littéraire sur mon besoin de m'en aller.
Oui, oui, je deviens redondante à fond.


Je suis rentrée chez moi à 7h du matin, sans avoir dormi, encore complètement paquetée, légèrement étourdie par les derniers relents d'un joint partagé avec un groupe dont je ne me souvenais pas du nom de la moitié des gens. Je me suis fumée une top à l'arrêt d'autobus en la laissant se désagréger à moitié dans l'atmosphère, parce que je n'avais pas vraiment envie de me sortir un paquet, que je m'étais promis que j'arrêtais de consommer cette cochonnerie, mais qu'évidemment, je ne gardais jamais cette résolution pour bien longtemps. J'ai épié la conversation d'un vieil homme et d'une jeune femme qui patientaient à coté de moi en discutant de la grossesse de la dame qui commençait à se manifester, gonflant doucement les plis de son chandail soulevé par sa petite bedaine. Elle avait l'air si heureuse, si heureuse...
Je suis débattue avec ma serrure, j'ai lancé mon sac sur notre divan déjà jonché de mes trucs, parce qu'il n'y a que moi qui me laisse traîner dans cette maison. Je me suis pris une bouteille d'Arizona, je l'ai calée en deux minutes en espérant faire cesser le tambourinement de mes vaisseaux sanguins dans ma tête causé par le carburant à danser des clubs aux parquets collants de bière du centre-ville.
Il y a quelques jours, on m'a transporté jusqu'en bas du Mont Royal parce que j'étais trop poquée pour marcher, conséquence d'une bouteille de 750 ml de Captain Morgan ingurgitée comme une grande
Je m'en foutais un peu, je crois, à 7 heures du matin.
Ayoye.
Je suis montée jusqu'à ma salle de bain pour me laver un peu, dégoûtante comme je l'étais.
J'ai lentement laissé tomber sur les dalles froides de ma salle de bain mes vêtements noircis par les trottoirs du centre-ville; il faudrait que je les lave à la main. J'ai tourné le robinet de la douche et patienté hors de sa case pour que l'eau se réchauffe un peu. J'ai enlevé mes verres de contact, mes boucles d'oreilles (à une main), absente, puis  mon bracelet, mon élastique...
Puis, j'ai commis l'erreur de croiser mon regard dans la glace de la salle de bain avant d'entrer dans la douche; deux grands yeux vides, éteints, d'où pendaient des rideaux lilas de cernes creuses, barbouillés de maquillage, des paillettes et du mascara étalés jusqu'aux pommettes...
Alors,  dans ce grand reflet d'apocalypse, j'ai regardé mon corps constellé d'hématomes héritées de mes chutes alcooliques sur les pavés. J'ai dévisagé les valons de mes côtes dans les plaines de ma cage thoracique, les coupures sur mes bras, la blancheur de ma peau toujours cachée sous les ombres de la nuit... J'ai tenté d'imaginer mon foie, mon estomac, tous mes organes agonisants au fond de ce ventre creux. J'ai essayé de me représenter une quelconque raison qui ferait qu'on veuille coucher avec moi, ou même qu'on désire effleurer ma peau, me regarder dans les yeux et embrasser ces lèvres pratiquement mauves, mais je n'en ai pas trouvé d'autre que l'absence d'autres possibilités ou les chaines conjugales.
Et puis tout d'un coup j'ai eu envie de tout laisser tomber de ce mode de vie de merde; j'ai eu envie d'habiter un étage de ce triplex sur Saint-Urbain près de Fairmount, pouvoir marcher jusqu'au métro Laurier le matin pour me rendre au Collège, puis à l'université... (En hiver, lorsqu'il ferait froid, je mettrais des mitaines dépareillées et une tuque rouge.) J'ai eu envie de posséder l'excuse d'un travail constant, supportable, pour rentrer à 8h du soir au lieu du matin, me brosser les dents dans le paisible de la trame sonore des voitures qui défilent sur St-Joseph et Parc, et Saint-Denis, et Saint-Laurent. J'ai eu envie d'apprendre à faire des dizaines de recettes, des potages, des plats indiens, de la sauce à spaghetti que je brûlerais une fois en l'oubliant sur le feu, des pad thaï, les biscuits granos d'Annie, plein de trucs inusités et certains que je détesterais. J'ai eu envie de regarder un vieux film en noir et blanc sur un ordinateur portable acheté usagé, et de me coucher sans ressentir le besoin de tromper l'ennui avec une quelconque intoxication chronique. J'ai eu envie d'avoir un espace tout aménagé chez moi où déposer des toiles gigantesques, et une galerie où les disposer, que quelqu'un d'autre que moi les détaille du fond de sa conscience. J'ai eu envie d'avoir une bibliothèque d'un mur complet qui se remplirait graduellement, et un écran blanc, mon store actuel, peut-être, où faire tous ces portraits et ces monologues de courts métrages qui germent constamment dans ma tête... J'ai eu envie de ne pas dormir en fin de session parce que je rédigerais des travaux finaux dans mon salon en buvant une théière complète de thé. J'ai eu envie d'aller faire mon épicerie et de me rendre compte que je suis complètement fauchée, alors remettre les saucissons au poivre noir et au vin rouge sur une des étagères avec un petit "squich" au coeur qui fait tout de même sourire. J'ai eu envie de rentrer d'un drink avec des copains à pied, et peut-être d'avoir seulement pris un verre de bière. J'ai eu envie que mes sous-vêtements soient tous élimés jusqu'à la corde et que m'en racheter des nouveaux ne rentre pas dans mon budget, alors que mon copain s'en plaigne avec humour. J'ai eu envie de demander les choses les plus essentielles pour Noël, comme du détergent à lessive ou une clef USB, parce que ce qui importerait, ce serait de payer mon loyer, mes repas et mon éducation. J'ai eu envie d'avoir un copain facile qui m'embrasserait de temps en temps en se réveillant dans mon lit, à qui je pourrais faire des tartines au Nutelas et avec qui je pourrais coucher sans avoir l'impression oppressante de risquer la paranoïa de l'abandon douloureux de ses adieux récurrents. J'ai eu envie qu'un ami paqueté m'appelle à deux heures du matin pour savoir si il pouvait venir dormir chez moi, et que je lui prépare un petit lit sur le futon. J'ai eu envie de me prouver que je pouvais être autonome sans être suicidaire, réussir mes études en m'organisant toute seule, comme une grande. J'ai eu envie de me faire des espressos les matins d'hiver et qu'un jour, comble de malheur, ma machine se brise. J'ai eu envie de me maquiller pour aller danser sans dépenser un dollars en alcool. J'ai eu envie de quêter les évènements gratuits des festivals de Montréal et de connaître les petits bistros pas chers, d'inviter les gens à souper plutôt que de sortir au restaurant. J'ai eu envie d'exister de façon réaliste, mais en contrôle de mon existence, parce que je me sens comme un de ces machins gonflables dans lesquels on projette de l'air pour qu'ils se débattent avec l'atmosphère, à la sortie des autoroutes.
Et puis je me suis souvenue que j'étais immature et dépendante de tout le monde, en crise existentielle et paranoïaque que mes amis me laissent et que je ne m'en trouve plus, que même en laissant mon copain pour quelqu'un qui me traiterait mieux, je ne l'aimerais pas moins pour l'instant, que je ne pouvais pas aller en arts plastiques avant un bon bout de temps et que je n'avais pas le sou. Je me suis souvenue pourquoi je n'avais pas encore complètement réformé mon existence déplorable: parce que je ne pouvais pas.

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