jeudi 5 juillet 2012

"Someway, baby, it's part of me, apart from me"




Holocene, Bon Iver


Je me sens glisser ailleurs, love, je me sens tomber dans le trou du vide de sens et je suis prise dans l'étau de l'angoisse que plus rien ne me donne de répits, pas même les goulots trop larges ou les joints trop long. Je n'ai plus envie de me perdre nul part, dans aucun paradis artificiel. Ce qui m'entoure, c'est le même trou noir vide et lassant qui se dégage de Virginia Woolf au début de Hours, le même ennui souffrant et épeurant que tant d'autres oeuvres dont je ne connais pas le nom ou qui n'existent peut-être même pas encore...
J'ai envie d'avoir un petit chez moi joli et pauvre où faire du café et l'amour tranquille, avec seulement un matelas sur le sol, du pain Pom et du Nutelas, une lumière du matin qui réveille vers 9h et du temps à perdre sans me sentir enfermée dans mon corps et dans ma tête. De la peinture, des crayons, une petite routine, mon vieux ipod brisé, pas d'électricité, que des bougies, des centaines de bougies, ça serait magique de toutes les allumer une à une quand la nuit tomberait doucement sur nos corps et étirerait les ombres dans une couleur estivale chaude lentement refroidie... Si tu m'amenais des croissants les samedis matin, je te jure que je te marierais dans la salle de bain, une bague dessinée sur ton doigt au sharpie, avant de coucher avec toi dans la douche.
J'aimerais qu'on puisse s'étendre dans les draps de coton bon marché et élimés d'un vieux lit lancé sur un plancher de beau vieux bois qui craque, défaire un à un les boutons de ta chemise et t'embrasser pendant deux cent ans sans que quelque chose d'autre importe. Peut-être écouter du Bon Iver, même si c'est l'antithèse de ce que tu aimes, ou alors n'importe quoi d'autre qui soit calme et laisse le temps de respirer dans le souffle de l'autre. Juste exister, cinq minutes seulement si on a pas le temps, si tu dois aller réexister ailleurs en tant qu'excentrique et moi en tant que fillette parfaite... Juste se reposer un peu.
Est-ce qu'on peut encore apprendre à respirer à 18 ans, mon amour? Ça a l'air de fonctionner pas si mal pour toi, j'aimerais bien que tu m'apprennes, si tu es capable... Parce que j'ai l'impression de sombrer et de ne plus rien contrôler de moi, pas même mes sentiments pour toi. Parfois je te déteste de ne pas m'aimer assez, et parfois je me déteste d'hésiter autant dans la vie, et d'autres fois je déteste l'univers de nous avoir fait rencontrer si tôt et qu'on soit mangé par le temps. Parfois j'aimerais qu'on en finisse et parfois j'aimerais qu'on réussisse enfin à être ensemble pour de bon. Parfois j'aimerais exister autrement que pour les autres, parce que disons nous le, tu n'es pas le centre de mon univers et si je déblatères sur ce que j'aimerais que nous soyons, c'est que mes amours sont un des uniques critères de ma vie sur lequel j'ai un quelconque pouvoir et sur lequel je met un tant soi peu d'espoir de me permettre de me reposer.
Je suis tellement fatiguée de retenir mon souffle...

2 commentaires:

  1. Un amour intemporel là où le temps n'a plus d'importance. C'est une belle image. J'aimai m'y réfugier souvent. Parfois peut-être encore.

    C'est drôle de voir qu'avec le simple sentiment révolu que m'évoque une chanson, je réalise être mort de nouveau.

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    1. Les chansons ont ces propriétés de nous faire revivre ou mourir...
      Mais de nouveau?

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