vendredi 20 juillet 2012

Heart and soul, war is over



C'est étrange, je me sens tant à ma place au milieu de ces personnes qui connaissent des faits divers et excentriques similaires aux miens, qui critiquent la politique avec un sarcasme constant, qui se délectent de nombreux styles musicaux tous plus extravagants les uns que les autres; j'ai tellement l'impression pour une fois dans ma vie que on m'apprécie pour la personne que je suis... Je me sens légère, vivante et jolie la plupart du temps. Je ne me souvenais plus ce que c'était de s'estimer avoir un tant soi peu de valeur justifiée.
Bien sur, il y a deux petits problèmes; d'abord, je consomme des quantités astronomiques d'alcool et de Marie Jeanne. J'appréhende la descente inévitable, la dégringolade jusqu'aux bas des escaliers de marbre blanc de ces divins paradis artificiels, et j'essaie de m'imaginer qui je pourrai appeler quand je serai enfermée dans ma chambre, la lumière soufflée, les rideaux tirés, dans l'encre marine d'une journée barricadée par le blocus de mes neurotransmetteurs... J'espère que j'aurai le courage de composer son numéro, et j'espère encore davantage, naïvement, je rêve, oui, plutôt, qu'il viendrait me serrer dans ses bras, parce que nous aurions l'excuse que je suis complètement désaxée, que je suis un petit bibelot qu'il faudrait bien abrier de tes triceps de papier journaux si l'on ne veut pas qu'il se morcelle davantage. Je te promet de ne pas me segmenter entre tes pages et de ne pas barbouiller les nouvelles en pattes de mouche que personne n'a prit la peine de lire qui tissent les fils de tes muscles si tu m'enveloppes bien dans leur maigre chaleur inutilisée, comme ces châteaux Metro, Journal de Montréal et Cahier Arts et Spectacles de la Presse que se bâtissent les itinérants pour tenir le siège de l'hiver.
Et puis, aussi de temps à autre, je suis prise d'une angoisse asphyxiante que tout cela n'est que le mirage que j'avais besoin de me représenter pour survivre, mais qu'en réalité, vos visages ne soient que rêves hallucinés dans la fumée de mes propres intempéries de nicotine, dans les cercles concentriques troubles de larmes tombant une à une dans un verre de bourbon...
Alors je panique, je suffoque, je veux m'échapper de ma cage thoracique pour ne pas avoir à affronter le regard de plomb avec lequel mes propres prunelles mitraillent cet ingrat corps infirme et cette âme boursouflée par les hématomes du passé qui continuent à percer de leur lancinante douleur la peau de mes sourires présents.
J'ai peur qu'une fois qu'U. m'aura confronté sur son intérêt pour moi (que M. m'a confirmé après 8 pichets de bière et 2 verres d'absinthe, entre une conversation sur la mort prématurée de Sid Vicious et sur sa propre relation amoureuse... Douce soirée!), parce que je lui avouerai nécessairement que je ne suis pas le genre de fille qui tranche en deux semaines sur si elle éprouve le désir d'afficher une liaison, il se détachera de cette relation que je trouve pourtant tellement agréable, ira courtiser d'autres débauchées et je n'aurai plus ma place dans cette petite molécule d'hélium qui me fait léviter au-dessus de l'uranium de mes songes de jais.
J'ai également peur que M. ne me trouve vraiment pas aussi chouette qu'il semble le démontrer et qu'il l'affirme, et qu'une fois que j'aurai retourné U. de la sorte, étant forcément lié à lui par une amitié bétonnée par les années, je perde son appui, et celui de tous les autres lurons for that matter
Et puis, j'ai aussi peur de me faire des idées et que l'Anglais n'en ait strictement rien à foutre de moi, que je sois en train de divaguer depuis deux semaines sur cette curieuse relation qui s'échafaude sur les méandres de notre déchéance,  que toutes les demoiselles qu'il côtoie soient aussi surnommées grande ou gente dame et qu'il veuille aller prendre de longues marches avec elles lorsqu'il boit trop afin de leur expliquer qu'il ne veut pas qu'elles aient des aventures avec ses amis parce que "c'est chiant les histoires de cuttage", qu'il leur raconte son passé amoureux et qu'elles lui jouent dans ses cheveux d'or bouclés. Casque d'or.
J'essaie de me rassurer en me disant que s'il n'espère pas secrètement et sobrement un lien plus intime ("Pi tu me tiens la main seulement parce que je suis décaliss, esti", a-t-il lâché à 2 heures, aigrement, il me semble... Mais peut-être était-ce à cause de X. qui l'avait délaissé d'une manière peu regardante.), il doit bien rechercher ma présence, à quelque part; quand on ne se voit pas, on écoule nos minutes de cellulaire à jacasser sur n'importe quoi. Je ne crois pas encore avoir passé une journée sans lui parler au moins une fois, quelques minutes seulement, quelquefois simplement pour se raconter à quel point notre réveil de la veille a été ardu... Ses collègues de travail plaisantent sur la durée de nos appels, veulent savoir de quoi j'ai l'air, racontent des blagues salaces que je ne réussis pas à percevoir de l'autre côté du combiné... 
J'ai de drôles d'envies de simplement lui demander si je peux revenir avec lui dans sa grande baraque froide d'amour, "je sais que tu travailles demain matin, alors on pourrait simplement ne pas dormir, tant qu'à rentrer à 4 heures en se tenant la main trop fort lorsqu'on déambule de Berri-Uqam jusqu'à Parc et Mont-Royal, non?" Je ne demanderais même pas à ce que nos lèvres s'effleurent. La seule requête que je chuchote à ton paratonnerre à pensées, c'est de s'échouer sur un matelas conjoint, la respiration de l'un caressant le cou de l'autre, s'effondrer dans tes draps Union Jack comme nos jambes bringuebalantes refusent une fois de plus de supporter le poids de notre toxicité, dormir de ce sommeil troublé et frémissant des gens imbibés de 40%, emmêler mes genoux dans les tiens sans trop faire exprès ou m'en rendre compte. Comme j'attendrais l'appréhension enivrante du léger embarras d'un de ces lendemain de veille où un des deux spectres d'émotions alcooliques se réveille en premier et n'ose pas se défaire de cette étreinte approximative qui s'est nouée entre les rayons dorés des longues et silencieuses minutes de l'aube...
Je ne sais pas si j'apprécie avec un plaisir malsain, sans trop m'en rendre compte, de créer des tensions subtilement jalouses dans leurs amitiés géométriques, en prenant la main de X. alors que je suis écrasée contre P., incapable de relever ma tête lourde du plomb de mon imagination enfumée, par exemple, ou en souriant d'une manière peut-être un peu trop frivole à U. lorsqu'il affirme qu'il viendra tous les jours lorsque je travaillerai dans un bar de strip-teaseuse miteux pour payer mes sorties... À retardement, les lendemains, je me rend compte de la dissension que j'insère possiblement dans leur univers parfait d'amis tissés serrés, et je déteste aussi de risquer de leur faire du mal et de foutre le trouble, mais si j'agis de la sorte sur le moment, c'est bien que c'est ce que je désire faire, à quelque part, non?
Vous me fasciner tous, pardieu; c'est le problème de voir mon cercle d'amis soudainement composé uniquement d'hommes plus fantastiques les uns que les autres; chacun a un visage duquel, dans un univers, peut-être celui-ci, je pourrais tomber amoureuse.
Ainsi - mon Dieu, mon Dieu, mon Dieu! -, j'ai une obsession sur les traits d'ange de leur copain. Tout est ténu, mince, subtil, dans son portrait. Si vous, lecteurs anonymes, pouviez voir à travers les pixels de cet écran la régularité parfaite des fines arrêtes de son visage,  son nez en angle parfait, sa mâchoire dessinée d'un trait aux esquisses de maître cubiste, vous seriez aussi sous le charme, je vous l'assure. C'est une beauté hors de ce monde, qui ne nous touche même pas personnellement tellement elle me semble pure; on ne peut que la détailler, l'admirer, s'en extasier. Ou moi, en tout cas. Et puis, il a un rire aigu et un débit de voix un peu précipité, comme s'il pressait rapidement tous les mots hors de sa fine bouche de peur qu'ils ne s'y oublient, mais que quelques syllabes trébuchaient sur la marche d'église de sa lèvre... Je le prendrais en photo pendant des années.
Je pourrais continuer ainsi durant des années, mais je vous l'épargnerai, surtout que je risque d'avoir tellement à raconter après ce weekend (allant passer une soirée en la compagnie du trio PUX dans mon chalet bourgeois avec beaucoup d'alcool et de bâtonnets d'oubli). Mais  j'aime tellement ces personnes, je n'ai presque pas envie que mes anciens amis reviennent de leurs tours du monde. J'ai peur d'en être forcée de me détacher de leur petit univers de coton de drogues.

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