vendredi 29 juin 2012



"Car nous voulons tous absolument nous posséder nous-mêmes tout seuls, garder ce que nous avons (qui est si fugace qu'il est parti ou qu'il a changé aussitôt que nous croyons l'avoir trouvé, vu, nommé), dont le plus apparent est justement notre haine pour tout ce qui veut nous faire vouloir comme des dépossédés."
L'hiver de force, Réjean Ducharme




"Je les entend parler comme on perçoit un bourdonnement agaçant d'un essaïm d'abeilles trop loin pour être dangereux mais assez près pour nous rappeler sa présence dérangeante; des conversations sur les marques de shampoings anti-pelliculaires, sur les long-métrages mettant en vedette des acteurs encore assez underground pour pouvoir être mentionnés dans des conversations de "connaisseurs", sur une pseudo-politique qu'ils ne comprennent pas plus que moi mais dont ils camouflent l'ignorance sous des termes professionnels, sur les ruptures et les amalgames récents des personnes qu'ils côtoient de si loin... Foutaises.
Quelqu'un tente de temps en temps de m'intégrer à une conversation, mais je déçois à tous les coups en ne décochant qu'une parole encore plus vide que les leurs, un "c'est bien" que je force à sonner davantage incertain que je ne le pense, simplement pour exposer au monde à quel point nos opinions sont dérisoires, à quel point ces préoccupations débiles ne sont que soupirs éparpillés dans un vide de sens muet. On va crever de toute façon. Alors les gens abandonnent de plus en plus l'espoir de me rendre acceptable socialement, ma famille tout particulièrement. Je ne sais pas si c'est bien ou pas.
Quelques fois, au cours de ma courte existence, j'ai cru être assez semblable à certaines personnes pour leur glisser à quel point je ne nous comprenais pas - nous, la société, nous, la race humaine-, à quel point je suis égarée et déconnectée de tous ces soucis d'Homme. Je suis une épave qui ne vaut pas la peine d'être visitée, une carapace inhabitée, désertée par le mollusque d'âme qui a dû, lors d'un jour précoce de mon existence, décider de s'éclipser du monde des vivants;
Quand ma grand-mère est morte, tout le monde braillait comme des mômes, et sanglotait, et hoquetait en faisant des bruits dégueulasses avec leurs mouchoirs trempés de mucus, et moi je restais là, calée dans un des fauteuils de simili cuir, les yeux secs et le coeur même pas un tout petit peu ratatiné. Le seul mirage d'émotion qui m'avait traversé l'esprit, c'était une lassitude profonde de tout ce flafla sentimental inutile. Capote-pas, là, chose, on va crever de toute façon...
Bref, quand j'ai osé à quelques reprises décrier le néant de raison qui régit notre univers, étendue à quelque part, les yeux dans le vague, mes pulsations cardiaques médiocrement semblables à toujours, tout le monde a constamment jugé nécessaire de tenter de me rassurer sur la valeur de la vie, comme si le fait que je réalise à quel point je suis mièvre signifiait nécessairement que je voulais éradiquer ce dérisoire en m'auto-supprimant.
On m'a répété que bien qu'on allait mourir, il fallait tout de même tirer le meilleur tant qu'on y était, qu'il y avait les fleurs, les abeilles, les bonnes notes, les garçons, les bonnes chansons et les bouteilles de rosé, et que peut-être que je ne pouvais pas comprendre pour l'instant, mais que plus tard, "trouver ça ben ben beau". J'ai aussi eu droit à une multitude d'avis sur comment passer de ma pellicule de cendre à une plus rose pour regarder l'univers, des suggestions toutes plus déplorables les unes que les autres.
Le conseil le moins ridicule que j'aie reçu était celui d'un gars sympa qui portait du maquillage et des vestes à studs, des vieux t-shirts troués et des Doc Martens. À première vu, il m'avait autant écoeuré que les autres, parce que ce n'est pas en étant marginal qu'on prouve à quel point on ne sert à rien... Mais un jour, il avait affirmé en classe qu'il était nihiliste, et il avait tenté d'expliquer à des stupides fillettes habillées de robes à fleur ce que c'était. J'avais prêté l'oreille. Ça m'avait plu. J'étais allée le voir une fois le cours terminé, on avait séché l'après-midi, il avait fumé des tops et j'avais perdu mon temps à arracher des poignées de gazon du terrain de soccer du collège, et on avait commencé à traîner ensemble, un peu. Il sortait dans les bars un soir sur deux et pouvait y dépenser 50$ en shooters - il m'avait glissé nonchalamment que son médecin disait que son foie était déjà condamné, je ne sais pas si c'était de la frime -, se faisait des lignes de cocaïne de temps en temps pour "tromper l'ennui généralisé" et tabassait des enfants de douze ans lorsqu'ils enfourchaient leurs vélos à la sortie des classes pour se payer ses paradis artificiels. Il parlait beaucoup, sacrait beaucoup, répétait ces choses que je voulais entendre d'une autre bouche; signification nulle, absence de but, pas de compréhension, vide, néant, inutile, insignifiant, foutaises.
Il m'avait confié que puisque rien n'importait et qu'il était tout de même ici en raison de cette carence de sens, il préférait faire de sa vie une ode au risible en transgressant tout ce que dictaient les règles inventées de toutes pièces par une société construite sur des mensonges.
C'est la meilleure raison qu'on m'ait un jour donné d'agir d'une certaine façon, sans traverser la vie en spectres incolores.
Puis, un jour, il a voulu qu'on couche ensemble, je lui ai répliqué que je ne voyais pas pourquoi je ferais ça, il m'a gueulé que j'étais ridicule ("Immature! Laide! Hypocrite, tabarnack!"), et j'ai décidé de ne plus le voir, parce que tenter de rabibocher une relation basée sur le vide, ça me semblait encore plus risible que je l'étais moi-même.
Tout le monde me trouve ridicule, de toute façon, décevante pour mon enthousiasme statique vis-à-vis l'entièreté de la planète. C'est décelable dans la façon dont on me regarde, dans la manière dont on me distribue les copies d'examen, dans la cadence lente des phrases qu'on m'adresse...
Parfois j'aimerais être ouvertement ridicule, ou encore plus ridicule que ridicule, être incompréhensible, peut-être même folle; déparler à n'en plus finir, m'arrêter sur le bord des crèmeries  pour gueuler aux jeunes couples qui dégustent leurs glaces en se toisant amoureusement: "Y va te laisser à moment donné pi y va en trouver une meilleure au lit, pi tu vas brailler en esti! Ça vaut-tu encore la peine de la payer, la foutue crème glacée?" J'aimerais être classifiée comme une dérangée, faire CHIER tout le monde en rappelant continuellement aux gens qu'ils vont mourir et qu'une fois dans la terre, cette minute passée à chercher la bonne carte d'anniversaire pour une autre fête de la consommation aura autant de valeur que celle où ils pissent.
J'aimerais être détestée parce que je serais vraie. J'aimerais déambuler dans les rues et que les gens rient de moi pour tromper la douleur de mes vérités, qu'ils me crachent dessus avec leurs grosses langues qui empêtrent leurs mots comme un baillon biologique dans leurs bouches bien propres, qu'ils me lancent des caillous en criant "tu vas tu la fermer, calice?!".
Parce qu'il n'y a rien de pire que de se retrouver dans ce no man's land où je vois bien qu'une cloison me sépare du reste du monde, mais où tous ces visages ne s'en rendent pas compte et ne saisiront jamais l'étendue de cette antinomie.
Et puis, je me rappelle que ça ne sert à rien non plus. Je ne me sentirais pas moins vide, et le monde ne serait pas moins polychrome. Alors j'attend que ça passe. Je vais crever de toute façon.





Foutaises ©

jeudi 28 juin 2012

We want the world, and we want it now



"C'était à un temps où nous étions jeunes et jolis, non pas celui des lilas et du lit pauvre et libre des ruelles comme le soupirait Aznavour, mais celui du futur doré d'adolescents disjonctés, dont les sous n'avaient d'égal que les saouls, et où la perspective de la perte n'était qu'un mirage lointain relégué à nos défunts patriarches.
(...)
Et c'est à cette époque, entre ces murs de briques antiques qui nous servaient de demeures et à travers les linceuls mystiques des volutes de vapeurs illicites, aux heures éloignées de l'aurore et par-delà les méandres de nos consciences altérées, que nous découvrîmes les infâmes sentiments de la chair.
Dans l'illusion de liberté que nous retirions de ces étreintes luxurieuses, amalgame de la douceur des peaux sans visages, distance des coeurs pour que se fondent les corps, peut-être avons-nous perdu l'étincelle enfantine qui permet de s'émerveiller à tout. Nous avons laissés nos âmes s'égarer au matin dans les tourbillons des pailles ratissant les glaces poudrées pour quêter les contes de fée dans la poussière d'étoile, 100 dollars le gramme, nous ne nous sommes pas vu dégringoler lentement, de l'autre côté du miroir, jusqu'aux confins de nos consciences.
Quand, enfin, à travers la fumée des cigarettes que nous carbonisions pour passer les heures à descendre, nous nous sommes aperçus, la folie avait éclipsée l'euphorie. Ne reste plus de nos nuits d'insomnie que la morsure amère des fils de métal des aiguilles à travers les pores et l'illusion morcelée d'avoir été dédié à un avenir sublimé par nos intempéries d'Adonis."

mercredi 27 juin 2012

The Doors


Howl, Allen Ginsberg


I saw the best minds of my generation destroyed by madness, starving hysterical naked,
dragging themselves through the negro streets at dawn looking for an angry fix,
angelheaded hipsters burning for the ancient heavenly connection to the starry dynamo in the machinery of night,
(...)
who lounged hungry and lonesome through Houston seeking jazz or sex or soup, and followed the brilliant Spaniard to converse about America and Eternity, a hopeless task, and so took ship to Africa,
(...)
who burned cigarette holes in their arms protesting the narcotic tobacco haze of Capitalism, who distributed Supercommunist pamphlets in Union Square weeping and undressing while the sirens of Los Alamos wailed them down, and wailed down Wall, and the Staten Island ferry also wailed,
(...)
who copulated ecstatic and insatiate and fell off the bed, and continued along the floor and down the hall and ended fainting on the wall with a vision of ultimate cunt and come eluding the last gyzym of consciousness,
(...) 
who cut their wrists three times successively unsuccessfully, gave up and were forced to open antique stores where they thought they were growing old and cried,
(...)
who fell on their knees in hopeless cathedrals praying for each other's salvation and light and breasts, until the soul illuminated its hair for a second, (...).



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Quelle époque d'éclopés nous incarnons... Ce cri du coeur de l'apocalypse dorée de la beat generation me semble le nôtre. Quelles douleurs, douceurs, aigreurs, réservent les méandres des rues où nous avons perdu notre innocence... Y a-t-il encore des réverbères dont les auréoles psychotropes méritent d'être détaillées à l'orée du matin, alors que le seul répis de nos âmes fatiguées réside à présent dans la servitude de notre fin graduelle?
Je m'ennuie de tes lèvres aux gerçures tâtées à travers le linceul de mousseline des drogues chimiques et technicolores.

"where fifty more shocks will never return your soul to its body again from its pilgrimage to a cross in the void"
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mardi 26 juin 2012

I just wanted you to know that baby you're the best







Kiss me hard before you go 
Summertime sadness 
I just wanted you to know 
That baby you're the best 








Monsieur, auriez-vous l'obligeance de me dire pourquoi nos chemins se sont séparés il y a quelques neuf mois de maintenant? Je ne dis habituellement jamais ces imbécilités, mais ne voyez-vous pas que nous serions parfaits ensemble?
Je délire. Je suis redevenue folle. En fait, ma démence ne me quitte jamais pour longtemps, à en croire mes déboires virtuels... Mais bon Dieu que vous êtes parfait, cher, je n'en reviendrai jamais, vous êtes un ange, un ange qui n'appartient plus à mon paradis factice, certes, mais un ange que je croise au détour des chemins et qui toujours m'éblouit par sa pureté camouflée sous la poussière des cigarettes.
Parler de votre antre... Quelle douleur extatique! Je voyais devant mes yeux grands ouverts. Je serais morte pour me voir accorder une nuit entre vos murs de cellophane, à me laisser bercer par les rythmes changeants aléatoirement de Y., à parler de cuisine et de littérature avec votre soeurette, à vous détailler tirer sur la tige de votre joint avec l'air détaché de ceux qui savent vivre simplement... Rien d'autre. Sans baisers et sans sentiments, simplement afin de revisiter les ruines de mon bonheur sublimé.
Je me meures en souriant béatement, en ce moment, aux souvenirs de ces vestiges ensevelis sous les poussières du temps dans vos mémoires.
Ce soir, il y a un an jour pour jour, j'aurais joins mes lèvres aux vôtres dans une étreinte sans nom et sans désir de continuité. Vous m'auriez appelé quelques jours plus tard, j'aurais accepté de vous voir, nous nous serions rencontrés, nous aurions mangés des Lucky Charms dans un bol de céréale gigantesque, nous nous serions embrassés et nous n'aurions pas confondu nos épidermes.
Cette année, vous partez dans deux jours pour le continent ancestral, je ne sais pas pourquoi vous avez déguerpi si tôt (CE DOIT ÊTRE UNE FEMME! CE DOIT ÊTRE UNE FEMME!) et je me démène à essayer de me convaincre de ne pas vouloir vous voir.
Je vire cinglée en écoutant A Tribe Called Red.
Et que deviendra mon été maintenant que tout le monde fuit, ou que tout le monde s'occupe de morpions dans des baraques de camps de vacances? Moi et mes envies de perdition, moi et mon envie de disparaître dans les goulots, moi et mon envie de n'exister que passé le crépuscule...
Je ne sais pas si je m'apprécie autrement qu'en monstre de la nuit, mais en tout cas, sous les éclats des stroboscopes, je suis habitée d'une fièvre d'exister à laquelle je ne peux pas résister, et qui, en m'assaillant, me procure une confiance en moi d'une excessivité démesurée qui rend difficile sa négation. En existant comme si cette nuit était la dernière et la seule qu'il me soit donné de goûter, je me sens vivre. J'engouffre un verre après l'autre, cul sec, un bateau-bateau, deux bateaux-bateaux, trois bateaux-bateaux... Je me plais à séduire des inconnus et que ça fonctionne, j'en retire la satisfaction d'être cette fille étrange et survoltée qu'on croise au détour d'un chemin et qui s'évanouit, qu'on verra par surprise dans les pages pierres tombales des journaux populaires, dans quelques années...
PUTAIN DE MERDE.

vendredi 22 juin 2012

jeudi 21 juin 2012

Le lac des cygnes (superposé à Eraser)

Photoshoot de Nicole Kidman et Daniel Craig, par W.

Need you Dream you Find you Taste you Fuck you Use you Scar you Break you
Lose me Hate me Smash me Erase me Kill me Kill me Kill me Kill me Kill me Kill me Kill me Kill me Kill me Kill me Kill me Kill me


Cocaïne eyes, come fucking on.
Je m'acharne un peu. Peut-être. J'en sais rien. Mais penser à toi, à tout le bonheur qui a emplit ma petite cage thoracique à pareil temps l'année passée, me plonge dans un état de vertiges perpétuels et me fait couler au fond de l'océan de mémoires, larmes douces amères déjà pleurées dans lesquelles je n'ai plus envie de patauger. Comme j'ai dis avec T., "ça serait vachement bien si les sentiments avaient une date d'expiration."
Penser à vous ensemble me donne envie de gerber, je n'y peux rien. Je voudrais vraiment continuer à vous adorer, en fait, pas toi, juste elle, mais mon Dieu que la pensée du dérisoire de ma personne, matérialisée en ces étreintes trop longues pour ma tête alcoolisée, me donnait l'envie irrésistible de commencer à hurler (pas des phrases, pas des mots, juste un cri insoutenable et continu pour me drainer de ma frustration), de lancer des coupes de vin et les verres de nos shots sur les murs, de brailler de rage d'être aussi esclave de ces émotions qui devraient être révolues...
Et moi qui pensait que je ne ressentais strictement plus rien à ton égard. Non mais quelle conne. J'ai même plus envie de voir Monsieur tellement j'obsède là-dessus.
Enfin, apparemment, je suis paranoïaque à l'os, alors ne nous en faisons pas trop avec ça... Ma moelle est psychose et mon coeur n'est qu'ecchymose. J'ai au moins réussi à faire une oeuvre stupide où, à partir d'une photo de ma personne, je me suis barbouillée le visage de noir pour écrire dedans de la poésie automatique sur le cruel passage du temps. On a une thématique ici.
Je pourrais aller me casser la margoulette à Québec, ça pourrait bien être chouette.
J'vais-tu à l'Université Laval en Arts visuels et médiatiques? J'ai pas envie de quitter Montréal, mais j'ai besoin de ce foutu programme.

mercredi 20 juin 2012

And I don't know how to get over, get over, someone as dangerous, tainted and flawed as you


I feel so alone on a Friday night
Can you make it feel like home, if I tell you you're mine

Dites-moi que c'est une joke, please.
En deux jours, j'ai vidé une bouteille de 750 ml de vodka. Pas pire, la fille.
I will never fucking get over this man. Moi qui pensait que ça allait être correct.

Sometimes love is not enough and the road gets tough, I don't know why.

dimanche 17 juin 2012

My man is a bad man but I can't deny the way he holds my hand






C'est un galimatias d'absurdité, des couleurs bonbon qui explosent dans mon crâne, des sourires qui s'étirent à l'infini dans le cosmos de mes risibles délibérations à savoir avec quel corps je m'emboîte le mieux, quelles paroles me renvoient une image plus satisfaisante de ma personne... Du Vince Collins avec une bande sonore de Colin Stetson.
Colin Stetson. Je me souviens que quand on m'a fait entendre sa musique disjonctée pour la première fois, j'étais gelée par-dessus les étoiles, dans ton appartement. Tu devais fumer, j'imagine - parce que quand est-ce que tu ne fumais pas, dites-moi... -, rire, l'air absent, et A., qui avait les cheveux je ne sais quelle couleur à cette époque, blonds, je crois, jubilais. D. devait être là, aussi, à quelque part. Je crois que S. aussi.
Tout ça me manque terriblement, même en dénaturant toutes vos personnalités fantasques... Les visages n'importent plus beaucoup, un an plus tard. C'est un portrait flou, au goût indistinct, désordre gustatif indéfini où se chevauchent le sucre de tes lèvres, l'acidité des Amaretto Sours, l'amer du révolu et le sel de mes larmes évaporées par le soleil de néon des nuits blanches écoulées loin de ce monde de perfection trop belle pour durer.
C'est tellement compliqué, maintenant. Il faut soit que je réussisse à réconcilier mon arbre généalogique avec l'individu qui a taillé quelques uns de mes bourgeons de félicité, il y a quelques années, soit que je renonce à lui et que j'aille tarir mes larmes dans les bras de cet homme étrange qui me comprend et qui m'admire mais que je crains. Ou que je reste seule au monde. Wilson.
Je nous déteste. Et pourtant, je m'en fou tellement, à un certain point... Je suis blasée de tout, même de l'amour. Même les plus chouettes souvenirs, ça t'a une de ces gueules...
J'aime me mirer dans les reflets des verres troubles, j'aime lécher les coulisses de vin qui glissent le long des courbes des coupes trop pleines, j'aime caler mes drinks, j'aime boire, boire, boire jusqu'à en oublier mon nom. Et ce soir, je me saoulerai des rivières de vodka, je virerais mes veines en fleuves d'alcool où noyer toute cette confusion qui ne trouve de réponse nul part. Je laisserai la tequila engloutir mes pensées les plus profanes et j'immergerai ma conscience prudente sous ces océans estivaux que sont les verres du Saint-Sulpice.

samedi 16 juin 2012

'Cause you and I, we were born to die



J'écris tellement mal ces temps-ci...
Je me sens bouillir de l'intérieur et j'ai envie de me foutre en l'air.



"Qu’es-tu devenue dans les ténèbres de ta fuite ? Milles images me viennent en tête, milles lieux où tu pourrais te trouver, du barbelé pour l’âme, qui me donne l’écœurante envie de m’ouvrir les veines pour y sentir la morsure de l’oxygène, de me noyer dans ces bouteilles vides que j’ai collecté derrière tes pas hasardeux afin d’y mirer ton portrait ondulant dans les ombres de ton absence… Mais jamais rien ne saurait rendre la précision de ta figure d’ange avec toute l’acuité nuancée qui marque ta divine ambigüité, et je ne ferais que me torturer à retracer du bout des doigts les formes floues de l’ombre de ton corps."

jeudi 14 juin 2012

Map of the problematique


And now what?
Je reviens un petit peu mélangée.

Chan Chan



Dia 1.
Arrivée à San Jose. Les voitures remplissent tout l'espace sonore de leurs hurlements furieux et font vibrer la ville d'une glauque atmosphère de déchéance.
Il pleut. Il pleut à en crever, et toutes les âmes qui défilent devant nos yeux étrangers aux intempéries de ce pays inconnu sont des silhouettes fantomatiques aux masques carnavalesques; cet homme basané aux rides creusant des canyons du temps qui passe en haut de son front soucieux, qui se grille une clope sous un porche qu'on devine qu'il n'est pas le sien... Tous ces êtres x - y - z qui nous bousculent, peut-être sans vraiment nous voir, et qui transpirent le monochrome de leurs existences seulement par le preste de leurs pas.
La gazoline empeste l'air, et non l'inverse. On ne respire que les volutes que crachent les bus de ferraille à la solidité douteuse, il semble que ce sont les machines quoi soient maîtres de ces rues anthracites, rythmant la vie et la mort des Hommes par leur danse sans silences.
Sur la majorité des murs de briques sales, des murales de graffitis dépeignent des rêves à demi réels de formes incohérentes; un chat aux orbites de nacre, blanches comme des billes des mioches... Des corps étirés, étiolés, sans visages, sans rivage, possiblement miroir de cette génération née dans un pays de forêts et de fantasques animaux et qui se doit pourtant de se noircir les poumons entre les barbelés délimitant les clivages sociaux.

Dia 2.
J'ai peur des bibittes dans mon lit.
Mon opinion générale de l'expérience qui m'attend joue aux montagnes russes; une seconde, je croie que tout va bien se passer, j'apprend déjà des verbes en espagnol et quelques formulations, et l'autre, je crois que tout le groupe me déteste, ma famille me déteste, je me déteste,et j'aurais envie de me rouler en boule pour que monsieur vienne me chercher. Alors je ne sais ps.
J'ai l'impression que si je me sors de toute cette histoire sans être morcelée de toute part, je vais avoir une preuve que je suis capable d'être courageuse et de surmonter mon angoisse et ma difficulté d'exister, et que je vais me rattacher à ce symbole jusqu'au jour où- fin.

Dia 3.
Esti de tabarnack de calsis de saint ciboire. C'était quoi cette putain de bonne idée de m'inscrire dans un voyage pour un pays dont je connais pas la langue. J'ai déjà assez de misère à trouver que j'ai une quelconque valeur, sans être capable de le dire, c'est 100 fois pire.
Mi mama no regarde mio.
Coliss, c'est long longtemps, 3 semaines. Et puis comme je l'avais prévu, je suis pas capable d'en parler à personne. Je cligne des yeux longtemps longtemps quand je sens que j'ai une boule de laine coincée dans la gorge et je me dis: un jour de moins tentôt! Let's go! T'es capable!
Je veux parler à ma mère mais j'ai peur de partir à brailler. Je veux voir Monsieur et qu'il me console (j'ai dis à ma maman que j'avais aucun hombre dans ma vie. RIGHT! J'en ai 2 ou 3 caliss).
On m'aimerait peut-être pas de toute façon.

Dia 4.
Hay una cucaracha in la habitazion.
On s'est levés à 7 heures pour aller charrier des roches et parès on a râtelé des feuilles. Productivité.

Dia 8.
Hay una semana depuis que je suis partie du Canada. No lo se si soy bien.

Dia 9.
Plantation de café et de canne à sucre.
Chialage sur les bibttes et la friture. Mon estomac quémande des salades de homards avec des avocats, des tomates, des asperges et une vinaigrette à la limite. J'ai les crunchy des empanadas encore coincés dans la gorge.
Il y avait un brouillard fou quand on est revenus, c'était comme dans un film. La nappe monochrome de ces pans de silence visuel nous a enveloppé dans son étreinte fantomatique, muet étranglement des extrêmes émotionnelles... Tout n'était que murmures épars d'humanité qui chuchotaient par hasard à nos oreilles leurs fragments compris à demi les phares d'une voiture qui fendaient le linceul de pluie suspendu, déchirant le silence du hurlement rageur et éphémère de son moteur antique; la musique lugubre des xylophones de jeunes regroupés pour partager dans ce cimetière de lumière un peu de rythme (rythmer ce spectre de ville qu'est Santa Elena). J'ai arrêté d'exister un instant.
On s'est arrêtés à un petit restaurant, un boui boui étrange garoché sur le bord de la route campagnarde qui se perd dans la réserve, dont les mélodies exotiques créaient un cratère d'un paradoxe dérangeant avec le noir et blanc du paysage de la montagne magnée par les nappes de fumée. Le menu présentaient quelques noms de chez nous, fast-food devant lequel on lève habituellement le nez quand on déambule dans les rues de Montréal, mais qui fait office d'étreinte maternelle de mon pays en berne (et en révolution) lorsque vues dans ces terres étrangères. On s'est dit qu'on y dégusterait quelques cochonneries pour nous remonter le morale.
Il y a eut une tempête terrible pendant le souper. On s'est tous arrêtés pour regarder la voûte d'encre se faire déchirer par les éclats de lumière tranchant nos pupilles de leur intensité débourrée. Les clignotements me rappelaient un club à ciel ouvert, une rave silencieuse et magnifique.
Bref.

Dia 12.
Il y a quelque chose de touchant dans l'étrange clivage qui existe entre notre monde et le leur, qu'on nomme peut-être à tord pauvreté et qui n'est en somme qu'un murmure au creux d'un concerto.
Le brouillard enveloppe les formes et suspend sur les dénivelés montagneux un écran d'un gris souris uniforme. Le tonnerre lointain avale les bruits. Quelques grappes de gazon s'accrochent aux plates bandes à demi mangées par la terre et les routes de gravier crissent sous les pas; on trébuche dans les dénivelés des chemins crevassés de roches lorsqu'on parcourt les routes inégales qui conduisent aux quelques institutions connues.
La beauté tient dans les plis fatigués du visage de ce vieillard souriant qui échange quelques colones pour un fruit exotique. Elle se matérialise dans l'air préoccupé de cet homme basané qui fume, la chemise nonchalamment défaite, ses épais sourcils de jais froncés par-dessus un regard qui pourrait être doux.
La beauté, c'est aussi ces boucles blondes qui virevoltent sous les tressautements des rires de Maria, ou les mimiques radieuses de Ricardo; c'est la fatigue latente dans tous les gestes de notre maman, et qui ne réussit toutefois pas à chasser de ses iris une parcelle de contentement de voir ses enfants si énergiques, si vivants.
La beauté, c'est être.

Dia 14.
Monsieur, j'ai un peu parlé de toi aujourd'hui. Un peu. Je pense aux pigments d'encre de tes bras et à la saveur de tes sourires de gamin et j'ai diablement envie d'essayer de t'aimer comme du monde. En vrai, avec la vie commune et les étreintes qui ne sont pas suspendues dans l'espace-temps, et les épiceries en tenant la main et le toucher aveugle de désir; mais en même temps, j'ai peur de vouloir simplement effectuer une translation de mon été précédent, et ça me met en rogne et me fout la chienne et je ne sais plus. En plus, Cocaïne Eyes, Cocaïne Eyes, Cocaïne Eyes! Et le Nazi! Et les bras de Ganesh! Je veux tous les bonbons de la confiserie en même temps... Juste une bouchée et je reviens au sucre de tes lèvres, promis.
Ici, il pleut. Mais tentôt il faisait soleil. J'aime la caresse auditive des goutelettes sur le sol terreux et sur les toits de tôle.
J'ai exhibé mon corps dans une piscine d'une hôtel luxueux parce que j'en avais envie. Es-tu fier de moi? J'ai existé pour personne d'autre que moi, pour quelques minutes. C'était chic.
Je ne sais pas si je suis capable d'être belle dans ma plus chaste présentation, pas de mascarade de mascara ni de rasoirs pour couper les têtes de Scylla, que des yeux de mime et des cheveux de savane enrubannés d'humidité.
Aussi, j'ai aidé des mioche à faire des exercices d'anglais et j'ai adoré. Je me sentais utile, gentille, prête à take on the world; je me sentais, pour quelques poussières d'humanité, d'éternité, à ma place. Même s'ils n'étaient pas reconnaissants. Même si je me trompais. Simplement parce que j'étais là, j'imagine.
J'aime l'odeur de la cloud forest, me gustas tu.
Mais ça ne va pas non plus arc-en-ciel et licornes, reconnaissons-le, j'ai hâte de poser mes pieds à Montréal et de régler mes comptes sentimentaux, donner leurs baisers aux créanciers; j'ai prêté beaucoup de promesses et à présent, les intérêts sont au plafond et je devrais rembourser les dégâts.
Mon coeur est un bordel, mais mon cerveau survit.

Dia 16.
On a fait un trecking de 3 heures pour aller chercher des caméras au fond de la jungle et c'était magique.
J'ai eu une longue réflexion sur la place de l'Homme dans la nature, de sa prétendue suprématie sur les éléments mêmes qui le composent, et j'en suis venue à la conclusion que cette mentalité selon laquelle l'Homme s'inscrit humblement dans le cycle du vivant, à la même échelle que les scarabées, les oiseaux ou les félins, me marquera.
Merci, bonsoir, nous sommes dérisoires (et je trouve ça incroyablement beau).

Dia 17.
Il reste 5 dodos ici, youpidou.
Je m'ennuie des gens et je sais pas comment dealer avec Monsieur. Le laisser, pas le laisser? Est-ce que je suis avec lui, pointe à la ligne? Je sais pas. Je sais plus. Rien est clair. Tabarnack. Je t'aime, mais pas assez. Mes relations sont de réels bordels.
On a ramassé des déchets toute la journée, écrasés des bouteilles, des sacs de carton, des boites de jus... Même si c'était dégoûtant (sous la chaleur et avec les coquerelles), je me suis dis que je referais peut-être ça, juste parce que la valeur de la planète dépasse celle du confort personnel. Jusqu'à un certain point, l'horreur de l'acte donne un poids d'autant plus grand à l'acte.
Maria vient de rentrer. C'est une petite Lolita. Je vais donc peut-être décrire mes bénins états d'âme après le feu.

Dia 18.
Journée éprouvante. En fait, non. On a rien fait de notre matinée parce uqe le groupe est parti sans nous planter des trous (à la mode de chez nous).
Je suis allée courir ensuite. Le soleil qui tape sur notre front, qui me cuit agraéblement le crâne sous sa main de fer refermée sur mon frêle corps de faible perdante... La sueur dans le dos, le front, le cou, l'âme... C'est si éprouvant que ça en devient agréablement buzzant, plaisant. La respiration devient une incantation qu'il suffit de répéter en boucle pour ne pas sentir la fatigue et pour perpétrer le rite.
S'MALADE.

Dia 19.
Il reste 5 jours, dont 4 à Santa Elena. Nous sommes présentement à la plage. Ça sent le sel, on entend les vagues et il fait un peu plus nuageux que tout à l'heure, donc plus frais, donc plus supportable. Bref, physiquement, nous sommes accrochés à un îlot de paradis et nous étiolons nos existences dans un havre de paix.
Je pense à toi, Monsieur. Tout à l'heure, nous parlions de surf et de monsieurs blonds qui donnent des cours, partout, dans tous les pays du Sud, et je me suis dis que c'était tout toi. Je l'espère, en tout cas, un jour. C'est étrange à quel point j'ai une affection sans borne pour toi, indépendamment de ma personne. Je pourrais être cette millionnaire hautaine, fille à papa qui sommeille quelque part en moi et que tu détesterais, que je te souhaiterais quand même tout le bonheur du monde.
Je pourrais me ficher des autres fille,s mais je ne peux pas m'enlever du crâne le regard des autres; partout je le traque, il me menace de l'immensité du jugement de ma solitude, du rejet latent que je couve. Il est dans les prunelles de E.T. à chaque fois que nous abordons le sujet de nos places dans l'univers, il est dans ma comparaison avec le monde de S. lorsque nous étions ensemble, il est dans le nombre de photos que les gens prennent avec moi et le nombre de mots que je prononce dans un groupe.
Nous n'avons pas la même vie. Je ne les aime pas. Et pourtant, je voudrais belong. Quelles foutaises.
Je déteste mon corps. Ah, et puis, allez vous faire voir, je n'ai pas envie de m'en faire avec la vie. Seulement voilà, je suis folle et dépendante du regard des autres ,toujours.
FOUTAISES. Ce serait un beau nom pour mon journal personnel.
Je n'ai pas pris mes médicaments, peut-être intentionnellement. Bon Dieu que je déteste exister, en ce moment. Je veux rentrer au Canada dans les bras de Monsieur, via les pupilles de Cocaïne Eyes et en parlant à mon meilleur ami. Je veux juste être bien, caliss.

Dia 20.
Dernier dimanche en famille. On s'est levées, on a fait des crêpes au sirop d'érable avec des fruits - et apparemment, ils ont aimés.
Je me sens juste bien. Avec les fillettes, la maman, le garçon. J'ai l'impression de tout comprendre.
Pourtant, je me suis réveillée et je voulais crever. Je m'ennuyais de M., je voulais lui écrire, m'excuser de ne plus être dans sa vie... Ça me fait bizarre de savoir qu'elle est encore avec F. Ça va faire un an, bientôt, cet été... Je peux pas ne pas me comparer à la même période.
Je sais plus trop qui je suis. Je m'ennuie de mon été précédent avec S. J'ai vu des photos de lui et ça m' fait tout drôle. Il est une porte qui restera à jamais ouverte; la chambranle a été arrachée.

Dia 21.
Dernière nuit.
Ma tête est un imbroglio d'émotions entremêlées par les méandres du vif de leurs racines. Je sens osciller dans les teintes de grises changeantes de mes humeurs troubles et tout me semble source de séisme sentimental alors que, debout dans la cabane de tôle et de brindilles qu'est mon coeur, je proclame une maturité, peut-être un amour de la vie, que je ne connaissais pas.
Tout à l'heure, auprès du feu, je me reprochais mon incapacité à être appréciée des autres et à établir le contact, à me faire aimer d'une façon aussi facile et transparente que s. ou de me laisser glisser dans le tumulte de mes envies sans avoir cure de ce que le monde pense; danser, apprendre au moins, rire de moi-même... Mais parce que je n'en avais pas le courage, je me détestais.
Ensuite, en prenant des photos avec la famille, en parlant un peu avec eux de quand nous reviendrons, en voyant dans les yeux des fillettes la déception enfantine et éphémère de notre départ, en décelant dans ceux de la maman la compréhension expérimentée de cette ambiguitée émotive si bouleversante, je me suis sentie comme transportée par un élan de confiance en la personne exceptionnelle que je pourrais être une fois guérie; déterminée, ouverte, talentueuse et facile à vivre... J'ai voulu tester cette projection et me donner la promesse que nous nous étreindrions un jour, malgré mon angoisse qu'elle ne soit qu'une de ces chimères que je sais si bien créer, fantômes antipodes à mon essence si profondément détestée.
J'ai l'impression qu'on m'arrache à un milieu où je commence tout juste à me sentir chez moi, à exister dans ma plus simple forme; l'amour donné à bras ouverts aux enfants qui débarquent dans les existences mises à nues des familles d'accueil,  le sourire sincèrement BON de W. (homme à marier), l'affection sans bornes pour la natures dans ses plus primaires déclinaisons... C'est si loin des préoccupations loufoques de notre réalité quotidienne... J'en soulèverais, des roches, caline.
Je suis fatiguée. À poursuivre demain, sur le thème : le temps s'est suspendu à une vitesse affolante, ici, et je m'en extirpe comme des volutes d'un rêve à demi enseveli sous l'opacité de la nuit se dissipant au crépuscule.

Dia 22.
Départ preste des fillettes pour l'école ce matin, sans qu'on ait vraiment le temps de pleurer ou de ressentir quoi que ce soit d'autre que l'impression curieuse que quelque chose allait nous manquer. Comme si je regardais leurs silhouettes dansantes s'éloigner à travers le filtre de brouillard dans lequel Monteverde s'emmitoufle perpétuellement à cette période de l'année, un adieu graduel et sans bruits, étouffé sous la flanelle de l'innocence.
Je les imagine à la maison, qui jouent, qui sourient, beaux petits rayons de soleil... 
En regardant défiler ces paysages devant mes yeux éblouis de leur beauté vierge, je sentais graduellement la réalité de la fin de ce rêve me pénétrer comme l'encre de la dernière phrase d'un manuscrit imbibe graduellement la surface poreuse de son ultime page.
Comment se nommera le roman? Vestiges d'un autre temps.