mardi 15 mai 2012

Je suis prêt à vous procurer les moules!



À un certain point, je crois qu'on arrête tout simplement de vouloir exister.

Il n'y a plus de consistance aux choses. Tout n'est qu'une vague déclinaison de quelque chose qu'on a déjà vu, palpé, senti, et on est lasse de tout, même du rien.
On se lève un matin, Ou soulève lentement nos paupières, sans trop en souffrir, j'imagine, mais sans en avoir envie non plus... Il n'y a plus rien à voir. On dévisage les raies de lumière mornes qui strient notre plafond en des lignes d'une parfaite platitude, glissant leurs longs et maigres doigts de soleil entre les pales des stores de notre fenêtre, pour illuminer une pièce aux teintes et aux mémoires moroses qui serait plus belle peinte d'encre. On ne veut pas se lever pour saluer l'existence qu'on a trainé jusqu'au pied de ce lit confortable mais froid, tout comme on ne veut pas rester dans son étreinte molle. Tout n'est que déclinaison de la même fastidiosité existentielle latente.
Les seuls éléments de l'univers qui font éprouver une sensation plus ou moins réaliste, ce sont la fumée asphyxiante d'une cigarette coincée dans les poumons, les lames de rasoir accotées contre la peau, la brûlure de l'alcool au fond de la gorge et les baisers violents dans le cou... Peut-être le goût d'un café noir qui inonde la bouche. Je ne sais plus. Même ces bénignes parcelles d'apocalypse se fondent au profane de l'existence, finissent par nous priver de leur promesse d'électrochocs.
- Stop -
Ah, et puis, non, je divague, bien sur qu'à un certain point on se sent revivre, on aime se faire jeter de l'eau dans le visage, prendre un verre ou deux mais pas quatorze, . Mais ça manque de couleur.
Je vous déteste, je me déteste, je déteste.
Un corps, ça vaut 22 piastres, comme a dit André Sauvé. Le mien en vaut surement un ou deux dollars de moins, si on lui soustrait le foie que je martyrise depuis quelques années et les lambeaux de peau que j'écorche hors de son enveloppe scellée.
JE NE SUIS QU'UN SCAPHANDRE DE CHAIR ENFERMÉE DE LOURDES ET DOULOUREUSES LAIDEURS.
Je me demande ce que ça ferait à la e-sphère si j'arrêtais d'exister. Pouf. Plus un texte sur ces toiles de pixels. Une phrase inachevée, image figée de ma vie. Et vous ne sauriez jamais ce qui est arrivé.
Cocaine eyes, cocaine eyes, je ne pourrais pas être plus personnelle que ça: j'haïs exister.
- Stop -
Je n'ai pas le droit d'imposer la lourde charge de ma réhabilitation à personne... Et pourtant, je voudrais que quelqu'un la porte, parce que je suis tellement, tellement épuisée.
Avant même qu'elle ait doucement refermé la serrure, je pleurais déjà, et à un certain point, je crois que j'aurais voulu qu'elle le remarque. Horreur, j'aurais voulu lui gâcher sa journée en entier, simplement pour me prouver que guérir mes plaies ouvertes en valait la peine.
Mais il est stupide d'en demander autant, parce que je sais qu'au fond, ce qui importe, ce n'est pas mon bonheur, c'est que je sois en vie ou non; on s'en fout, des sourires, tant que je respire. Moi je sais que Leonard sera plus heureux maintenant que Virginia parle aux poissons, avec ses petits mythes de Sisyphe dans les poches et son beau papier à lettre bleu. Peut-être ne s'en donnera-t-il tout simplement pas le droit.
Et moi je pense au texte que j'avais reçu, celui sur une belle grande feuille, qui disait qu'il lui manquait un organe avant que je naisse, et je me demande si on est capable de vivre sans sa fille si certains parviennent à s'accomplir sans leurs jambes.
Petite maman, j'aimerais tant que tu sois capable de devenir une Chantal Petitclerc des âmes.



Aujourd'hui, j'ai ouvert les portes charnelles de mes douleurs par les dénivelés acérés des clefs de mon passé.  Ça fait mal et du bien.

2 commentaires:

  1. Si il faut que tu vive ,que tu existe pour que je lis tes articles magnifiquement bien écrit .Moi j'ai dû perdre ce fucking dont ...je te jalouse .Écris encore et toujours fait moi rêver.

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  2. Tu sais, la beauté de certaines choses tiennent dans le fait qu'elles crient la vérité, qu'elles ne masquent plus les bleus, les ecchymoses, mais qu'elles les acceptent, les soulignent et cèdent enfin une liberté particulière à se laisser complètement tomber. C'est beau.

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