jeudi 19 avril 2012

I'm always so unsure...


Je ne sais plus quelle couleur j'ai déjà aimé*. Très exact, très cher, j'ai oublié la couleur de tes yeux, ou plutôt l'azur de la berge contre laquelle je me suis affalée comme de douces vagues vont étreindre l'éphémère texture des bras de mer meubles et chauds de tes étreintes révolues. Comme les falaises de grès rouge de ce paradis déclinant de mon enfance - dont les langues de terres s'effritent graduellement dans l'eau salée au fil des saisons, comme de longues traînées de sable coquelicot diluées dans les larmes d'un territoire abandonné à son ancestrale solitude -, ton portrait a été lavé au fil des jours et des mois pour ne laisser qu'une ébauche de traits si flous qu'il en devient difficile de discerner l'identité de ces yeux, mâchoires, lèvres... Tes grains de beauté ne sont que vapeur dans le ciel nébuleux de mes mémoires troubles, ton aura, la bruine d'un matin vaporeux, un mirage, probablement... Un paysage de Turner pour symboliser tout ce que tu fus et tout ce que tu n'es déjà plus au fils des torrents de mes passions anodines.
Il fait nuit et l'écume de mon bonheur est une sourde mélodie en trame de fond de quelconques abysses impénétrables qui, même si elles cachaient trésors ou poussière, resteraient de toute façon vierges de toute curiosité ou émotion assez forte pour motiver l'excavation de leurs perles.
Où pourrais-je trouver la beauté dans ces méandres de mots où se dissipent la nausée? Nul part, ailleurs... Non, cela ne veut rien dire. Rappelles-toi ce chien de mer que nous libérions sur parole.
Je ne suis qu'une épave de bon sens dont les voiles déchirées se lamentent dans le vent du large, sans qu'aucun cor ne réponde par d'autres murmures que ceux des jusants à leur douleur déboussolée.
Vois-tu, je ne sais pas si je veux te voir. Je ne sais même pas si ça me fera un mal réel, ou bien une douloureuse indifférence, ou encore une apathie morne et tolérable. Je ne sais prédire ce que je ressentirai, surtout en sachant qu'il y aura l'autre. Merci à lui, soit dit en passant, même si je ne sais plus trop (encore!) ce que je désire par rapport à tout ce galimatias de songes et d'émotions possiblement trépassées à la même minute que sa souffrance.
Quelque chose est sûr, j'ai peur de ta perfection, que je l'idéalise ou non, qu'elle soit visible ou pas. Je ne crois pas que réaliser qu'elle n'était qu'un leurre pour me permettre de peiner plus légitimement ne me ferait davantage de bien... Je ne crois pas que te parler me fera du bien (parce que cela serait soit une conversation bénigne et imbécile d'ex maladroits, soit des excuses trop profondes pour ce qu'elles valent), je ne crois pas que t'éviter serait bien mieux, je ne crois rien, je suis une sale athée qui ne mérite pas de s'embobiner les idées dans le filigrane des reliures des saintes bibles des conduites irresponsables. BAH!
Ah, et puis, il faudrait bien que je réponde à ces deux questions cruciales au déroulement de mon existence: quels principaux objectifs poursuit la Russie derrière l'intensification de ses rapports avec les pays musulmans du Moyen-Orient? L'indignation sauvera-t-elle l'humanité? Oui, non? Ah ben caliss, ça change calissement tout!
Passons par-delà ce délire, il agonise sur ce chemin de traverse et bientôt il ne sera que poussière parmi les ossements de ce que nous fûmes.

Et toi, oh, putain de croque-mitaine, j'aurais beaucoup de choses à te dire - ou à te cracher, t'expliquer, te supplier... -, mais je sais que tu ne les écouterais pas... Je m'étais dis que peut-être la plongée dans l'alcool t'avait-il bouché les tympans, mais je crains de plus en plus que tu te sois réellement fixé l'objectif de cette facilité que tu ne désires pas... Et dans ce cas, oh putain, il n'y aurais rien que je pourrais articuler qui franchirais les barricades de tes neurones. Mais je vais tout de même tenter ici, parce que ces idées pixelisées ne pourraient pas être reliées à moi par une quelconque façon, je crois, même si tu tombais sur ces mots bénins par hasard; dans tes muscles, peut-être retrouverais-je l'immédiate nécessité de ma perdition. C'est pourquoi je te demande de ne pas me forcer à excaver pareil monstre.
Tu ne serais peut-être pas le premier à goûter à l'âpre démence qui exulte de mes sens décousus lorsque le satin des noeuds coulants deviendrait tentant contre ma gorge, mais si je n'osais pas ouvrir les volets de la fenêtre de toute ma folie lorsque nos corps se liaient sans que ma langue ne crache les horreurs qui se cachaient derrière ses rideaux, je ne serais plus aussi timide à l'heure où tu connais le surnom même de mes comprimés. Tu quitterais, toi et tes costards, toi et tes soirées à 600$, adieu les vinos et bonjour bonsoir, nous sortons l'un de la vie de l'autre, comme c'était prévu au départ, ou, dumoins, comme je l'avais prédis derrière ces murs de cellophane (autobus jaune). Je ne crois pas t'être nécessaire de toute façon, on s'entend, je n'ai pas cette prétention, mais je t'aime bien, toi et tes expressions disjonctées, toi et tes intérêts désarticulés, toi et ton ambition illimitée... Ce serait dommage de gommer ton portrait de la résine de mon dégoût, allons allons... (T'es pas gentil, t'es génial. Content?)
Par ailleurs, on ne se veut pas. Non mais ce que tu peux être chiant avec cet entêtement sorti de Dieu sait où, en ce mois de Mars qui ne t'avait rien fait...!
Tu vois, on s'est déjà éloignés. Je ne viendrai même pas sabler le champagne (en fait, ce n'est pas vraiment dans la suite des évènements). Mais j'aimerais bien rejeter le blâme sur ta conduite répréhensible... En fait, j'aimerais surtout que tu reconnaisses mon droit légitime de refuser la proximité d'un passé commun poisseux, tout comme je t'ai donné celui de ne pas être blâmable pour cette étrange demande.
(que les violons commencent à gémir maintenant, nous fermons les rideaux de satin de nos paupières pour goûter à la mélodie de la fin de la pièce de ma vie!)
Mes mots ont de nouveau perdu leur sens et j'ai peur de la descente traumatisante de montagnes russes qui m'attend, surtout en fin de session, et avec la noyade dans le Jack's qui m'attend demain et que je n'ai pas envie d'éviter (jetons les bouées à la mer, Jésus, qu'on en finisse au plus sacrant).
Au grand pire, je me découvrirai pélican.
(houhouhou, vous ne comprenez rien à mes bafouillages, ma parole! Bergère l'homosexuel.)


*50% de mes textes commencent avec ces mots: "je ne sais plus". Ça parle en soit.

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