dimanche 18 mars 2012

Feeling so unholy

Brûlement d'âme. Je digère mal la réalité.
Chialer pour chialer. Vous devez être rendus habitués.
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Que de douces utopies pour panser les fractures psychiques! Que de jolies couleurs peinturées sur le négatif de mes jeunes jours! S'en est à pleurer de joie.
C'est les uniques coloris de Schindler's List. C'est le sucre qui colle aux doigts des friandises données à des mioches dans une camionnette blanche, c'est la caresse du satin qui bande les yeux du condamné. De belles promesses pour ne pas reconnaître le laid.
J'ai l'impression d'enfoncer mes ongles dans les mailles étirées de l'étoffe usée de mes rêves (des espérances de mousseline, de velours, de rires et d'ambition), m'y agripper à pleines mains pour m'envelopper dedans - jusqu'à ne plus voir aucune parcelle des murs de béton de ma cellule mentale. Et j'entend le lent déchirement qui menace de fendre mon utopie en deux, révélant l'horreur de ma situation: des murs glacés comme mes membres, solides comme les fondations de ma douleur et clos comme l'hermétique scaphandre de ma solitude.
J'ai de jolis gribouillages au fond de la tête, un vague sentiment de confiance au creux du ventricule, un semblant de liberté à la base de mes reins, mais si peu de certitude de leur concret... Dans ces toiles impressionnistes (que je vois Monet mais qui sont probablement Hitler), les teintes sont saturées d'intensité sentie et désirée, et le relief des traits est floué par le mouvement concentrique des corps et des âmes.
Ma chimère idéale est une quête du contentement dans le vide du bien-être sans cesse miroitant. Je sais, ça ne fait aucun sens.
Je veux juste respirer, un peu, quelques secondes, dans la forme la plus minimaliste de l'être. Je veux de grands espaces intellectuels et sociaux, des ciels qui ne soient pas des plafonds de chapiteaux menaçant de s'effondrer sur nos têtes ignorantes, des vents qui n'ont jamais caressé la peau de cette tendresse sauvage. Un peu de silence sur la trame duquel on peut coucher des éclats de rire sincère - les miens m'entaillent la bouche, même quand ils écartèlent mes lèvres.
Malheureusement, le zéphyr ne souffle pas dans mon crâne; seul le mistral couche les champs abandonnés contre la terre infertile de mes campagnes mentales. Peut-être ai-je laissé mon plaisir trop longtemps en jachère; les mauvaises herbes rongeant naturellement les racines de ma félicité ont ratissés ces franges de prospérité pour les dépouiller de tout germe d'espérance.
Et pourtant, l'air semble bon sur la peau. Seulement, il ne chuchote pas dans la tête.
Bientôt, les belles corolles ouvertes de lavis pastel colorés, déposant sur la brise leur parfum de nouveauté; bientôt, les heures à égrainer sur les pelouses du Mont-Royal, les Montréalais à la clope et aux fringues hétéroclites déambulant dans les rues; bientôt, les sorties en robes frivoles et aux obligations sublimées, les sourires sincères et les mains aux paumes moites; bientôt, la mémoire acide de ce qui n'est plus. Le printemps éclot et je me sens faner.
La perspective de l'été me traumatise. Je n'ai pas envie de tous ces projets élaborés, le voyage (au bout de l'enfer) seule avec des gens que je ne veux pas voir et pour une cause qui n'est pas celle que je croyais défendre, je n'ai pas envie de travailler à 14 $ de l'heure pour m'acheter des fringues débiles et sortir me changer les idées, vivre l'anxiété d'un nouveau milieu tout en me conformant aux attentes que je me suis créée et que je vois placardées partout, je n'ai pas envie de transpirer à grosses gouttes dans des chemises blanches souillées de ma spécificité débile, ni de m'en vouloir de stresser pour des choses aussi stupides et de donner par le fait même un autre tour à la roue vicieuse de mon raisonnement illogique, je n'ai pas envie de m'ennuyer, seule barricadée chez moi pour l'air climatisé et parce que c'est un maux moins lourd que d'autres en patientant, tourmentée par la réalité que dans quelques mois, la torture scolaire reprend, avec ses tournevis dans le ventre et ses explosifs entre les doigts. Sans compter les fils électriques sur la tête, entremêlés à l'instar de la fameuse couronne d'épines. Sauf que moi, je n'ai aucun apôtre.
Cependant, il faut. Il faut, il faut, il faut, scrogneugneu. Quand on est une grande personne, on prend des engagements, et on les tient, que ses neurotransmetteurs dérappent quotidiennement ou pas. On ne peut pas ne pas aller en prison mais passer GO et réclamer 200 $ sous prétexte que notre conscience est déjà derrière les barreaux de sa propre perdition.
Ce que je vois et attend, c'est une hallucination, un théâtre de marionnette dans lequel je singe mes envies sans pouvoir les interpréter moi-même. Mais regardes, mon amour, l'auditorium est vide.
L'été, c'est le répis, le bon cop. Et à l'automne, on se fait de nouveau passer au tabac.
Et puis, je sais que rien ne peut être pareil. Je sais que ce mirage du genre de vie que je désirais est sublimé, qu'il n'y a plus de rêves à regarder du haut d'un toît en attendant de vouloir redescendre de ces instants aussi longs qu'on les veut, qu'il n'y a plus d'étreintes qui pourraient me sauver de cette routine épuisante. Je sais que le cadre dans lequel le portrait de mon bien-être était mis en valeur a été calciné avec le mur qui le portait, lorsque j'ai incendié ces réminescences pour pouvoir respirer un peu à travers toute cette nostalgie.
Ce n'est pas une personne qui me manque, c'est un pan entier de ma vie; toujours j'ai eu l'impression de manquer de quelque chose, et que quelque part, peut-être, il y aurait la douceur de ce sentiment d'être à la bonne place, au bon moment. Je cherchais à tâton une signification digne de ce nom, je pleurnichais constamment pour que me serre dans ses bras l'allégresse maternelle à l'odeur familière et absente, sans trouver dans ces dédales aléatoires une représentation véritable de l'objectif de ma quête; un incertain sentiment de proximité parfois, sentie au détour d'un vent, mais jamais la conviction exposée à mes prunelles aveugles.
Mais je ne peux plus mentir et scander que je n'ai pas été conçue pour exister. J'en suis incapable, certes, mais j'ai goûté à ce bonheur dosé, j'ai compris ce qu'était vraiment être heureux; cet équilibre entre les désagréments quotidiens dans lesquels on s'embourbe parfois, mais avec comme motivation pour s'extirper des marécages de nos pensées une réalité bien fixe, là, juste devant soi, sans artifices. L'existence démaquillée. Vouloir vivre parce qu'on aime sa vie; non pas pour vivre en soit, mais parce qu'on veut continuer ce dans quoi on évolue à l'instant, quitte à prendre le risque de détester l'entièreté de son univers le landemain. Vouloir rester sur terre simplement parce qu'on y est bien.
C'est un lien davantage physique que mental. Peut-être la faute est-elle là; on ne peut vouloir vivre que dans sa tête, et pour fuir cette ignoble vérité.
Mais en ce moment, je me bats et me débats pour garder à distance ces souvenirs des jours heureux. Ce sont des leurres. Je suis fatiguée de ne pas vivre au présent.
Car être heureux, on ne peut vraiment le conjuguer qu'au présent de l'indicatif. Je suis las d'étaler mes discours au conditionnel, patientant pour trouver la clef de mes sourires à moi.

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