dimanche 4 mars 2012

And in her fear she sought cracked pleasures, the passion of lovers is for death she said



Dear shallow hearts, paper forts of the twisted youth,

Glass shells of a lost generation's empathy,

Let teenage drunks drink and drown in your fountain

And spit their disgust in your nectar.

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"Tu sais, cette vie est bien plus qu'un cocon de mort précoce qui attend impatiemment d'éclore sous les éclaboussures sanguines de douleurs juvéniles..."

Elle lâcha un léger éclat de rire cynique, aussi cahoteux que la route de gravelle sur laquelle ils l'avaient repêchée, déglinguée, perdue sans penser même un jour chercher à se retrouver.

Septembre... Il y avait quelques mois à peine. Il y faisait aussi froid qu'en Novembre et elle était là, errant dans une robe de mousseline diaphane tachée de boue, de sang, et d'autres substances davantage douteuses, si saoule qu'elle tenait à peine sur ses pieds lacés dans des bottines de cuir fripé, fredonnant une berceuse d'apocalypse.

"Oui, oui, je sais... Y'a les tulipes l'été, le rire d'un bambin et les bonnes baises." Elle soutira une longue inspiration de sa top avant d'expirer en vagues mirages de fumée les oasis de cendre de ses poumons calcinés. Balayant le paysage morne et esseulé du crépuscule solitaire, elle eut une subtile moue de dégoût. "Mais ça a pas vraiment rapport avec toutes ces foutaises, je crois."

Une seconde fois, elle échappa un éclat de rire fripé par la sécheresse de sa voix de fumeuse aguerrie avant de prendre une longue inspiration de sa cigarette.

"Et pour toi, c'est à propos de quoi, si ce n'est pas de ça?"

Elle pasticha une expression tragique à la Shakespeare, avec une théâtralité dramatiquement caricaturale; "La pourriture des âmes, très cher... La pourriture des âmes." Puis, elle m'accorda un regard espiègle, ponctuant son attitude polissonne de gamine - au courant de l'effet de ses ravissantes manières - d'un éclat de rire amusé.

Elle avait un charme noble d'enfant-roi; des traits d'un raffinement angélique, un esthétisme mathématique de Lolita, une beauté taillée au bistouri avec tant de finesse qu'elle en devenait insolente. Elle levait sur le monde son nez légèrement retroussé, dédaigneux, moucheté de taches de rousseur soulignant à la fois l'indignation toute enfantine qui la caractérisait, et le paradoxe de son mode de vie lorsqu'elle aurait pu aussi aisément singer les petites bourgeoises anglaises, aux poignets sertis de boucles de satin et aux consciences de nuages rosés. Pourquoi avait-elle choisi l'orchidée trop tôt fanée plutôt que la rose à peine éclose?

"Tu es une antithèse sur pattes," lâchai-je, sans vraiment y réfléchir.

Elle sembla méditer sur le sens de ces mots un instant. "Pourquoi?"

Il y aurait eut tant à dire. Tu es la perfection juvénile la plus raffinée engoncée dans une opiniâtre douleur d'être, ou dans une aspiration déterminée à n'être plus... Rubans de satin et rubis de cicatrices, ecchymoses dans le paysage glacé de ton corps opalin, larmes de saphir destinées à abreuver trop tôt la terre meuble et réconfortante des étés pluvieux...

"Rien." Une légère pause. "Tu es jolie, mais tu as l'air d'avoir mal."

Cette fois, elle sourit légèrement, feignant peut-être le contentement de cette flatterie maladroitement posée, voilant partiellement ses yeux de l'étoffe de ses cils badigeonnés d'un mascara aussi noir que l'agate de son coeur, afin de mieux épier ma réaction.

Puis, un rideau d'un sérieux où pointait un brin de mépris tomba sur ses traits, sans que rien dans les lavis d'encre du paysage, dans les notes de la symphonie nocturne alentours ou dans la douceur du vent ne puisse présager cette sévérité instantanée.

"Qu'y-a-t-il?"

"Tu es là à essayer de comprendre pourquoi je suis tellement foutue, à essayer de trouver la clef, le code de mon raté..."

Je tentai de répliquer, mais d'un doigt dressé avec rudesse, elle m'arrêta avant de poursuivre d'un ton d'une intransigeance cruelle, tant il déroulait ses paroles avec une dureté sans remords;

"Et avec tellement, mais tellement d'effort, que s'en est écoeurant. Pire qu'écoeurant. Ta quête pathétique de compréhension, c'est à en vomir, tellement ça prouve à quel point tu es minable."

Je restai coi, jugeant que les paroles étaient vaines pour la dissuader de son discours, qu'il soit persuadé de sa justesse ou qu'il utilise son inhumanité comme arme pour tester ma présence.

"Tu me dégoûtes."

Elle se tut; moi, je n'osai parler. Pendant un long moment, nous restâmes ainsi, muettes silhouettes découpées dans le ciel de noir et de cobalt, deux statues de calcédoine figées dans le paysage bleu de nuit.

Les joues rosies par la fraîcheur s'annonçant dans la brise, elle serra entre ses doigts peints d'un vernis onyx la toile souple de sa veste de jeans, sa clope brûlée jusqu'au filtre fumant à quelques centimètres de son bras, sans qu'elle n'y prête attention. Des serpentins éphémères se tordaient lentement hors de l'extrémité calcinée, la brise étouffant, puis abreuvant le tison, l'étirant dans l'atmosphère jusqu'à l'invisible, avant qu'ils ne reprennent leur lente danse lascive.

À travers l'obscurité ambiante maintenant si dense que son portrait n'était qu'un contraste de son profil contre la toile de fond, je l'entendis renifler.

"Maintenant, vas-t'en."


I used to cry, but now I don't have the time...
I used to be so fragile, but now I'm so wild...

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