mercredi 21 mars 2012

Il n'y a pas d'amour heureux



J'ai tant rêvé de toi que tu perds ta réalité.
Est-il encore temps d'atteindre ce corps vivant
Et de baiser sur cette bouche la naissance
De la voix qui m'est chère?

J'ai tant rêvé de toi que mes bras habitués
En étreignant ton ombre
A se croiser sur ma poitrine ne se plieraient pas
Au contour de ton corps, peut-être.
Et que, devant l'apparence réelle de ce qui me hante
Et me gouverne depuis des jours et des années,
Je deviendrais une ombre sans doute.
O balances sentimentales.

J'ai tant rêvé de toi qu'il n'est plus temps
Sans doute que je m'éveille.
Je dors debout, le corps exposé
A toutes les apparences de la vie
Et de l'amour et toi, la seule
qui compte aujourd'hui pour moi,
Je pourrais moins toucher ton front
Et tes lèvres que les premières lèvres
et le premier front venu.

J'ai tant rêvé de toi, tant marché, parlé,
Couché avec ton fantôme
Qu'il ne me reste plus peut-être,
Et pourtant, qu'a être fantôme
Parmi les fantômes et plus ombre
Cent fois que l'ombre qui se promène
Et se promènera allègrement
Sur le cadran solaire de ta vie.

J'ai tant rêvé de toi, Robert Desnos..........................................

dimanche 18 mars 2012

Feeling so unholy

Brûlement d'âme. Je digère mal la réalité.
Chialer pour chialer. Vous devez être rendus habitués.
* * *
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Que de douces utopies pour panser les fractures psychiques! Que de jolies couleurs peinturées sur le négatif de mes jeunes jours! S'en est à pleurer de joie.
C'est les uniques coloris de Schindler's List. C'est le sucre qui colle aux doigts des friandises données à des mioches dans une camionnette blanche, c'est la caresse du satin qui bande les yeux du condamné. De belles promesses pour ne pas reconnaître le laid.
J'ai l'impression d'enfoncer mes ongles dans les mailles étirées de l'étoffe usée de mes rêves (des espérances de mousseline, de velours, de rires et d'ambition), m'y agripper à pleines mains pour m'envelopper dedans - jusqu'à ne plus voir aucune parcelle des murs de béton de ma cellule mentale. Et j'entend le lent déchirement qui menace de fendre mon utopie en deux, révélant l'horreur de ma situation: des murs glacés comme mes membres, solides comme les fondations de ma douleur et clos comme l'hermétique scaphandre de ma solitude.
J'ai de jolis gribouillages au fond de la tête, un vague sentiment de confiance au creux du ventricule, un semblant de liberté à la base de mes reins, mais si peu de certitude de leur concret... Dans ces toiles impressionnistes (que je vois Monet mais qui sont probablement Hitler), les teintes sont saturées d'intensité sentie et désirée, et le relief des traits est floué par le mouvement concentrique des corps et des âmes.
Ma chimère idéale est une quête du contentement dans le vide du bien-être sans cesse miroitant. Je sais, ça ne fait aucun sens.
Je veux juste respirer, un peu, quelques secondes, dans la forme la plus minimaliste de l'être. Je veux de grands espaces intellectuels et sociaux, des ciels qui ne soient pas des plafonds de chapiteaux menaçant de s'effondrer sur nos têtes ignorantes, des vents qui n'ont jamais caressé la peau de cette tendresse sauvage. Un peu de silence sur la trame duquel on peut coucher des éclats de rire sincère - les miens m'entaillent la bouche, même quand ils écartèlent mes lèvres.
Malheureusement, le zéphyr ne souffle pas dans mon crâne; seul le mistral couche les champs abandonnés contre la terre infertile de mes campagnes mentales. Peut-être ai-je laissé mon plaisir trop longtemps en jachère; les mauvaises herbes rongeant naturellement les racines de ma félicité ont ratissés ces franges de prospérité pour les dépouiller de tout germe d'espérance.
Et pourtant, l'air semble bon sur la peau. Seulement, il ne chuchote pas dans la tête.
Bientôt, les belles corolles ouvertes de lavis pastel colorés, déposant sur la brise leur parfum de nouveauté; bientôt, les heures à égrainer sur les pelouses du Mont-Royal, les Montréalais à la clope et aux fringues hétéroclites déambulant dans les rues; bientôt, les sorties en robes frivoles et aux obligations sublimées, les sourires sincères et les mains aux paumes moites; bientôt, la mémoire acide de ce qui n'est plus. Le printemps éclot et je me sens faner.
La perspective de l'été me traumatise. Je n'ai pas envie de tous ces projets élaborés, le voyage (au bout de l'enfer) seule avec des gens que je ne veux pas voir et pour une cause qui n'est pas celle que je croyais défendre, je n'ai pas envie de travailler à 14 $ de l'heure pour m'acheter des fringues débiles et sortir me changer les idées, vivre l'anxiété d'un nouveau milieu tout en me conformant aux attentes que je me suis créée et que je vois placardées partout, je n'ai pas envie de transpirer à grosses gouttes dans des chemises blanches souillées de ma spécificité débile, ni de m'en vouloir de stresser pour des choses aussi stupides et de donner par le fait même un autre tour à la roue vicieuse de mon raisonnement illogique, je n'ai pas envie de m'ennuyer, seule barricadée chez moi pour l'air climatisé et parce que c'est un maux moins lourd que d'autres en patientant, tourmentée par la réalité que dans quelques mois, la torture scolaire reprend, avec ses tournevis dans le ventre et ses explosifs entre les doigts. Sans compter les fils électriques sur la tête, entremêlés à l'instar de la fameuse couronne d'épines. Sauf que moi, je n'ai aucun apôtre.
Cependant, il faut. Il faut, il faut, il faut, scrogneugneu. Quand on est une grande personne, on prend des engagements, et on les tient, que ses neurotransmetteurs dérappent quotidiennement ou pas. On ne peut pas ne pas aller en prison mais passer GO et réclamer 200 $ sous prétexte que notre conscience est déjà derrière les barreaux de sa propre perdition.
Ce que je vois et attend, c'est une hallucination, un théâtre de marionnette dans lequel je singe mes envies sans pouvoir les interpréter moi-même. Mais regardes, mon amour, l'auditorium est vide.
L'été, c'est le répis, le bon cop. Et à l'automne, on se fait de nouveau passer au tabac.
Et puis, je sais que rien ne peut être pareil. Je sais que ce mirage du genre de vie que je désirais est sublimé, qu'il n'y a plus de rêves à regarder du haut d'un toît en attendant de vouloir redescendre de ces instants aussi longs qu'on les veut, qu'il n'y a plus d'étreintes qui pourraient me sauver de cette routine épuisante. Je sais que le cadre dans lequel le portrait de mon bien-être était mis en valeur a été calciné avec le mur qui le portait, lorsque j'ai incendié ces réminescences pour pouvoir respirer un peu à travers toute cette nostalgie.
Ce n'est pas une personne qui me manque, c'est un pan entier de ma vie; toujours j'ai eu l'impression de manquer de quelque chose, et que quelque part, peut-être, il y aurait la douceur de ce sentiment d'être à la bonne place, au bon moment. Je cherchais à tâton une signification digne de ce nom, je pleurnichais constamment pour que me serre dans ses bras l'allégresse maternelle à l'odeur familière et absente, sans trouver dans ces dédales aléatoires une représentation véritable de l'objectif de ma quête; un incertain sentiment de proximité parfois, sentie au détour d'un vent, mais jamais la conviction exposée à mes prunelles aveugles.
Mais je ne peux plus mentir et scander que je n'ai pas été conçue pour exister. J'en suis incapable, certes, mais j'ai goûté à ce bonheur dosé, j'ai compris ce qu'était vraiment être heureux; cet équilibre entre les désagréments quotidiens dans lesquels on s'embourbe parfois, mais avec comme motivation pour s'extirper des marécages de nos pensées une réalité bien fixe, là, juste devant soi, sans artifices. L'existence démaquillée. Vouloir vivre parce qu'on aime sa vie; non pas pour vivre en soit, mais parce qu'on veut continuer ce dans quoi on évolue à l'instant, quitte à prendre le risque de détester l'entièreté de son univers le landemain. Vouloir rester sur terre simplement parce qu'on y est bien.
C'est un lien davantage physique que mental. Peut-être la faute est-elle là; on ne peut vouloir vivre que dans sa tête, et pour fuir cette ignoble vérité.
Mais en ce moment, je me bats et me débats pour garder à distance ces souvenirs des jours heureux. Ce sont des leurres. Je suis fatiguée de ne pas vivre au présent.
Car être heureux, on ne peut vraiment le conjuguer qu'au présent de l'indicatif. Je suis las d'étaler mes discours au conditionnel, patientant pour trouver la clef de mes sourires à moi.

Et pour se réchauffer, elle danse avec la mort; ça la fait délirer toujours un peu plus fort


Des souvenirs textuellement hermétiques redécouverts sur une machine à musique.

J'ai cru voir de tes yeux s'écouler les aurores,
Trouver la paix d'esprit aux confins de ta voix;
Mais de ce coeur épris ne reste que la croix
De cieux moins malheureux, pleurant douces pluies d'or

Tout au moins donnes-moi une heure à s'essouffler
Avant que se fanent les bouquets de vertus
Du fin filigrane de tes muscles tendus;
Une dernière fois, peux-tu encor m'aimer?

"Non." Ces sens éreintés par leur naïveté
Sans couleurs sont laissés à être abandonné;
Seuls perdurent les maux de cet amour de suie

Oh, dans le vide étranger de cette solitude
Je ne sais déceler que la morsure rude
Du révolu des mots dont tu t'es départis.

vendredi 16 mars 2012

They are kissing in the rain





Les lumières fades des lampadaires se désistent à mes pupilles absentes, s'esquivent dans les halos troubles de la beauté vague du givre des fenêtres, fin tissage du gel de nos coeurs, doux Damas de glace qui tire ses ficelles effilées le long des vitres aussi froides que ma peau de morte pourtant pleurant.
Je ne suis qu'un amas de noeuds coulants qui a un jour été entremêlé, par une chance, un honneur fortuit, aux étoffes de ton âme diaphane, je n'ai que cette excuse loufoque de m'ennuyer de tes yeux bleu blanc rouge en cette soirée alcoolique que j'aurais souhaiter terminer échouée entre tes bras, dans tes draps.
Maintenant, vois-tu, j'erres sans être une perdition, je me démène sans me couper les veines, je ne suis plus le génocide que tu as embrassé de tes sourires innocents il y a quelques années, mais plutôt une apocalypse gris souris, une dépression entrecoupée de douceurs dorées, une diaphane expérience de douleurs mais aussi de sentiments survolant les occasionnels malaises existentiels... Je ne sais pas comment te dire que je ne sais pas comment te dire.
Comme c'est étrange.
Comme c'est bizarre.
...Mais c'est ainsi.
Je t'aime encore un peu. Tout tout tout petit.

dimanche 11 mars 2012

So nobody ever told you baby how it was gonna be


Exactement?
Putain.
Je ne me comprend pas non plus, ma chérie. Tu as toutes les raisons de me détester en ce moment. J'ai lentement égrainé le sucre de notre attachement jusqu'à n'en laisser que des miettes avariées, pendant que tu tentais de récolter ces parcelles d'or à présent bonnes pour la benne à ordure. Mais mon Dieu, si tu savais comme je regrette mon incapacité, en ce moment, ou ma paresse, ou ma maladresse, mon inaptitude à déceler les moments où il faut sprinter par rapport à ceux où il est permis de traîner... Juste comme nous pensions réussir à recouvre les pans déchirés des peluches. Willy. Tu me manques tellement, en ce moment, ça a aucun bon sang, avec tout ce que ça implique, avec tout ce pour quoi on a souffert.
Toi aussi. Toi toi toi. Toujours été là. Toujours. Désolée de t'avoir fais souffrir, il y a si longtemps, j'en ai presque oublié la dette que j'avais envers toi, et que je continues d'augmenter en me pendant à ton cou lorsque ma colonne flanche. Je t'aime comme on aime son frère, putain, plus, peut-être. Tu es un être d'une perfection graduée, et c'est un honneur que de faire partie de ta vie. J'espère qu'un jour, toutes ces aveugles vont se rendre compte de ce qu'elles ont manquées.
Et toi, je devrais te garder à distance. Je suis brouillée dès la seconde où j'envisage ta présence à long terme, je suis complètement foutue quand je me penche sur la question Steve. Je ne peux pas m'empêcher d'essayer de trouver les indices de cet attachement loufoque ou nécessaire, je n'en sais plus rien à propos de ce qu'on est ou était... Je ne sais pas t'accorder ma confiance, et je n'arrive pas à comprendre comment, en te méprisant d'un point de vue extérieur, je réussis à t'adorer personnellement.
Mais je sais que je ne suis pas prête aux crises, et j'ai bien peur que tu sois un déclencheur à émotions trop puissant pour ce que je peux communément endurer.
Pi toé, caliss de tabarnack que tu me manques, ça a pas d'ostie d'allure.
Mes deuils de relation - toutes catégories confondues - durent des années. C'est intense.
Mon malheur repose sur mes épaules, oui, je crois, je le tiens dans mes mains et en construit les fondations, mais à tâtons, sans le vouloir; je me retrouve avec un géant de fer qui me toise et m'écrase... Je suis l'unique artisane de mon suicide. Quelle ironie que de vouloir désirer vivre dans de telles circonstances...
Oh, si les efforts que je mets dans une tentative de bonheur, réel, tangible, pouvaient être exposés... J'aimerais qu'on sache toute l'énergie que je mets pour nager à contre-courant des vagues de mon ADN. À moins que ma vision du vrai monument de ma dépression paresseuse ne me soit renvoyée comme les engrenages rouillés de ma tentative d'épanouissement, à moins que je sois vraiment dolorescentrique.
Ma définition du bonheur est d'abord gestaltiste; un ensemble de petits riens qui créent une mosaïque généralement souriante; le rire d'un bébé et le satin de ta peau, le vent dans les cheveux et la nourriture indienne. Peut-être regarde-je simplement le dessin de trop loin, de sorte que ces points de félicité sont perdues dans la lourde nappe de velours de jais qu'est mon univers entier. Diluer des pigments de fleurs dans un encrier, ça ne le rend pas multicolore...


Sur l'espace décisionnel d'exister, je tangue vers la gauche, funambule aux larmes cristallines.

samedi 10 mars 2012

Her mouth was a crib and it was growing lies



Délier les langues pour éclaircir les coeurs... Littéralement.
Ma tête est un sale bordel.
Là, ce n'est pas ta faute. Tu as clairement formulé ce que tu voulais; c'est louable. C'est adorable à un certain point. Mais je dois dire que je ne suis aucunement prête à faire face au monde, et peut-être encore moins à toi.
Je suis pas capable d'accorder ma confiance. Ifnfgdfuckingdfgkjdswantgsfjnvfngbkdvmsyou.
Et puis, je vis dans la peur constante de décevoir. Alors toi... Toi.
Sans mots. Cent maux.
J'ignore ce que je ressens, ce que je devrais faire et encore plus ce que je désire.

dimanche 4 mars 2012

And in her fear she sought cracked pleasures, the passion of lovers is for death she said



Dear shallow hearts, paper forts of the twisted youth,

Glass shells of a lost generation's empathy,

Let teenage drunks drink and drown in your fountain

And spit their disgust in your nectar.

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"Tu sais, cette vie est bien plus qu'un cocon de mort précoce qui attend impatiemment d'éclore sous les éclaboussures sanguines de douleurs juvéniles..."

Elle lâcha un léger éclat de rire cynique, aussi cahoteux que la route de gravelle sur laquelle ils l'avaient repêchée, déglinguée, perdue sans penser même un jour chercher à se retrouver.

Septembre... Il y avait quelques mois à peine. Il y faisait aussi froid qu'en Novembre et elle était là, errant dans une robe de mousseline diaphane tachée de boue, de sang, et d'autres substances davantage douteuses, si saoule qu'elle tenait à peine sur ses pieds lacés dans des bottines de cuir fripé, fredonnant une berceuse d'apocalypse.

"Oui, oui, je sais... Y'a les tulipes l'été, le rire d'un bambin et les bonnes baises." Elle soutira une longue inspiration de sa top avant d'expirer en vagues mirages de fumée les oasis de cendre de ses poumons calcinés. Balayant le paysage morne et esseulé du crépuscule solitaire, elle eut une subtile moue de dégoût. "Mais ça a pas vraiment rapport avec toutes ces foutaises, je crois."

Une seconde fois, elle échappa un éclat de rire fripé par la sécheresse de sa voix de fumeuse aguerrie avant de prendre une longue inspiration de sa cigarette.

"Et pour toi, c'est à propos de quoi, si ce n'est pas de ça?"

Elle pasticha une expression tragique à la Shakespeare, avec une théâtralité dramatiquement caricaturale; "La pourriture des âmes, très cher... La pourriture des âmes." Puis, elle m'accorda un regard espiègle, ponctuant son attitude polissonne de gamine - au courant de l'effet de ses ravissantes manières - d'un éclat de rire amusé.

Elle avait un charme noble d'enfant-roi; des traits d'un raffinement angélique, un esthétisme mathématique de Lolita, une beauté taillée au bistouri avec tant de finesse qu'elle en devenait insolente. Elle levait sur le monde son nez légèrement retroussé, dédaigneux, moucheté de taches de rousseur soulignant à la fois l'indignation toute enfantine qui la caractérisait, et le paradoxe de son mode de vie lorsqu'elle aurait pu aussi aisément singer les petites bourgeoises anglaises, aux poignets sertis de boucles de satin et aux consciences de nuages rosés. Pourquoi avait-elle choisi l'orchidée trop tôt fanée plutôt que la rose à peine éclose?

"Tu es une antithèse sur pattes," lâchai-je, sans vraiment y réfléchir.

Elle sembla méditer sur le sens de ces mots un instant. "Pourquoi?"

Il y aurait eut tant à dire. Tu es la perfection juvénile la plus raffinée engoncée dans une opiniâtre douleur d'être, ou dans une aspiration déterminée à n'être plus... Rubans de satin et rubis de cicatrices, ecchymoses dans le paysage glacé de ton corps opalin, larmes de saphir destinées à abreuver trop tôt la terre meuble et réconfortante des étés pluvieux...

"Rien." Une légère pause. "Tu es jolie, mais tu as l'air d'avoir mal."

Cette fois, elle sourit légèrement, feignant peut-être le contentement de cette flatterie maladroitement posée, voilant partiellement ses yeux de l'étoffe de ses cils badigeonnés d'un mascara aussi noir que l'agate de son coeur, afin de mieux épier ma réaction.

Puis, un rideau d'un sérieux où pointait un brin de mépris tomba sur ses traits, sans que rien dans les lavis d'encre du paysage, dans les notes de la symphonie nocturne alentours ou dans la douceur du vent ne puisse présager cette sévérité instantanée.

"Qu'y-a-t-il?"

"Tu es là à essayer de comprendre pourquoi je suis tellement foutue, à essayer de trouver la clef, le code de mon raté..."

Je tentai de répliquer, mais d'un doigt dressé avec rudesse, elle m'arrêta avant de poursuivre d'un ton d'une intransigeance cruelle, tant il déroulait ses paroles avec une dureté sans remords;

"Et avec tellement, mais tellement d'effort, que s'en est écoeurant. Pire qu'écoeurant. Ta quête pathétique de compréhension, c'est à en vomir, tellement ça prouve à quel point tu es minable."

Je restai coi, jugeant que les paroles étaient vaines pour la dissuader de son discours, qu'il soit persuadé de sa justesse ou qu'il utilise son inhumanité comme arme pour tester ma présence.

"Tu me dégoûtes."

Elle se tut; moi, je n'osai parler. Pendant un long moment, nous restâmes ainsi, muettes silhouettes découpées dans le ciel de noir et de cobalt, deux statues de calcédoine figées dans le paysage bleu de nuit.

Les joues rosies par la fraîcheur s'annonçant dans la brise, elle serra entre ses doigts peints d'un vernis onyx la toile souple de sa veste de jeans, sa clope brûlée jusqu'au filtre fumant à quelques centimètres de son bras, sans qu'elle n'y prête attention. Des serpentins éphémères se tordaient lentement hors de l'extrémité calcinée, la brise étouffant, puis abreuvant le tison, l'étirant dans l'atmosphère jusqu'à l'invisible, avant qu'ils ne reprennent leur lente danse lascive.

À travers l'obscurité ambiante maintenant si dense que son portrait n'était qu'un contraste de son profil contre la toile de fond, je l'entendis renifler.

"Maintenant, vas-t'en."


I used to cry, but now I don't have the time...
I used to be so fragile, but now I'm so wild...