jeudi 2 février 2012

Everybody all alone and be alone forever

bombing North Vietnam___________________


Nous sommes les reliques d'une génération passée qui a blasphémé en crachant nos noms, graines de dégoût sur les lèvres gercées de nos prédécesseurs. On serait tassées d'un coup de langue, mais l'aigreur de notre défaitisme ne plait pas aux bouches fines de cette gastronomie des la mégalomanie démesurée, astronomique.
Des autoroutes de béton, vaisseaux sanguins de notre besoin de fuite hors des enveloppes sociales que constituent nos corps et nos âmes; des géants d'acier et de plexiglas qui toisent les quartiers richissimes de l'oeil acéré du monstre financier; des colonnades de marbre qui s'élèvent jusqu'aux cieux pour tenter de porter le poids des carnages perpétrés au nom de ces Dieux aux cent noms et sans visages; des dédales qui se perdent jusqu'aux confins de vieux immeubles de briques insalubres, catacombes aux bouts desquels peut aller s'étendre la masse gestaltiste décapitée par sa naissance appauvrie, en attendant la fin, en attendant le froid... Des mégalopoles toujours plus riches, plus grandes, plus impressionnantes, peut-être pour panser nos coeurs goudronnés, ces coeurs qui tentent de se rétrécir pour ne pas que se remarque leur solitude scarifiée.
On est seuls à en crever malgré les millions de chrysalides de chaire couvant leur atma qui peuplent et pullulent dans les rues... Et pourtant on en a si honte! On s'empêtre dans les sennes sociales raclant jusqu'aux bas-fonds de nos civilisations pour croire à la cohésion, une demi-seconde, que quelques poussières sur la toile statique de l'univers informatique, pseudo-réalistik... On voudrait tellement trouver dans ces toiles collantes un quelconque filet pour nous garantir qu'on ne se brisera pas le cou lors de nos tours de voltige pour les yeux de spectateurs télévisés, qui souhaiteraient de toute façon bien plus voir nos vertèbres en accordéon que notre fierté de ne pas avoir réduit notre squelette à une origami enfantine.
Mais qu'est-ce qu'on cherche, au juste, putain? Il n'y a pas de carotte pour nous guider dans notre soif de progression à travers les débris, qu'un hameçon de métal où quelques palais se sont déjà pourfendus sous nos regards ébahis... On prendra tout comme symbole de motivation pour ignorer les corps que nous piétinons en chemin, tout plutôt que cette horizon de sang et de bile, de douleur et d'angoisse... Quitte à s'y perdre, à s'y crucifier.
J'en suis certaines, plusieurs se cloueraient à un idéal factice pour avoir le droit d'abandonner derrière un masque vertueux... Pouvoir enfin poser sa tête ensanglantée sur son épaule aux os taillés par la faim et se dire, "tout cela finit pour une raison." Ne pas être étendu dans des draps de satin noir effilochés, déjà emballé par ses proches dans un linceul amnésique, histoire d'être plus vite posé à postérité, et savoir à quel point cette accession à la ligne d'arrivée est méprisable, sans être capable d'articuler notre échec - les dents manquant et la mâchoire tressaillant de faiblesse. Mourir avec notre défaite dans la gorge, son aigre saveur sous la langue, mourir étouffé dans sa propre déception, qui entrave notre souffle et enchaîne nos cordes vocales à l'oubli... Être une faillite d'un bout à l'autre, Nord au Sud, Est à l'Ouest, dans tous les coins et via toutes les diagonales et médianes qui ont créées de leur géométrie approximative la mosaïque ratée de cette existence assujettie au pitoyable.
Alors, la croix, vous en dites quoi? La souffrance d'affronter Hadès ne peut pas égaler celle de la vieillesse. Je préférerais cent fois les flammes, les pieux et les rires au portrait muet des âges à travers les sillons de ma peau, flétrie aussi vite que ces jeunes et vaines années égrainées dans le tord et trop tard.
Et puis, laisser une masse en berne, adeptes aveugles de nos vices et de nos carences humaines, qui voient dans ces scarifications blafardes une allégorie nacrée d'un parcours courageux plutôt qu'une tentative désordonnée de lâche autodestruction, reluit doucement dans l'encrier de songes solitaires... Tant que l'Histoire et les prunelles laquées d'admirateurs dévoués canonisent notre nom, on serait prêt à mourir comme des chiens.
Et pourtant, si on y réfléchit, on pourrait tous être les apôtres d'imbéciles, pour la lumière qui exalte de toute forme d'admiration. En chacun de nous, un peuple en exil vagabonde, sans se souvenir qu'il a incendié sa terre natale, continuant à la chercher à tâtons, les yeux bandés par la douleur de son errance. Et à chaque pas, on s'en éloigne un peu plus, un peu plus loin, quelques millimètres changés en milles, assez pour oublier tout, jusqu'à ce qu'on cherche exactement.
Nous sommes tous coincés dans les méandres d'une poursuite éperdue et perdue en quête des origines consumées de notre âme.





À go, on dit tous: J'AIME LA SOCIÉTÉ!

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