samedi 7 janvier 2012

George's Waltz

photo: thesartorialist.com


Elle révèle la dureté d'un timide qui, soudain, préfère s'éclipser, disparaitre en lui-même comme on s'enferme dans un sous-marin. Et c'est alors le vide. Le trou. Les autres cessent d'exister. Il n'a plus d'âge. Cette expérience terrible lui a révélé ce que sera son monde: aller jusqu'à la perte de soi, sa propre destruction et, dans la chute, se régénérer par l'envie de beauté, unique antidote à ce "mortel ennui" que chante au même instant Gainsbourg.

"La beauté? Aucun intérêt. Ce qui compte, c'est la séduction, le choc. Ce qu'on ressent. C'est purement subjectif. Personnellement, je suis plus sensible au geste qu'au regard, à la silhouette ou à toute autre chose."

"Le mot séduction a remplacé le mot élégance. C'est une façon de vivre plus que de s'habiller..."

Yves Saint Laurent aime être admiré, aimé. Ce qu'il aime dans l'amour, c'est son impossibilité. Comme la Vilaine Lulu, il n'a qu'un ennemi: lui-même.

Mais cet idéal de simplicité ne peut le nourrir. Ce qu'il aime par-dessus tout, c'est s'exposer au danger. Car le Bel Indifférent construit une destinée, ce moi pour lequel il finira par vivre, ce dieu auquel il sacrifiera sa vie: Saint Laurent. Il ne redoute rien tant que le calme: dans le calme, il retombe. C'est l'autre partie de lui-même. Il lui faut des excitants, des vertiges, du théâtre, des échappées belles. Il ne vit que secoué par l'oubli, le choc, la surprise, l'excès. (...) Il n'a d'autre désir que de tout éprouver. Comme s'il avait mêlé le sang d'une blessure secrète à celui d'une génération.
Yves Saint Laurent, Laurence Benaïm

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