vendredi 23 décembre 2011

Y'a nos hématômes crochus qui nous sauvent


Je t'aime. Bleu marin. Fuschia. Turquoise. Puis, noir de suie.
Je suis amoureuse de ces rues enneigées où les passants anglophones mangent des croissants et des gifles de mistral, ces magasins inconnus qui vendent leurs pulls de cachemire à 200 $ sans y apposer de nom, ces immeubles de brique rouge où je vois un futur futon un peu éventré où pourraient s'échouer quelques personnes en perdition, pour quelques nuits, quelques décennies à perdre notre solitude dans des rêves d'adulescents. Boule de rêve.
Pourquoi maintenant, ce regain de besoin de toi ? Je ne sais pas. Je l'ignore, monsieur. Je sais simplement qu'il y a un vide, immense, béant, qui hurle au fond de ma cage thoracique et dont je n'arrive pas à baillonner les cris pour mieux entendre une possibilité d'espoir de rédemption ailleurs que dans les autres.
Je suis fatiguée de cette dépendance au regard doux comme le papier sablé, je suis lasse, oh, tellement lasse de tout, si vous saviez toutes les faiblesses qui s'entassent dans les décombres de mon estime de moi, vous ne pourriez sourire carnassier (ah, je m'ennuie de lui! D'une manière inusitée, pour la première fois réelle et saine: je m'ennuie de l'ami aux blagues déplacées et des ciroses qui ne se terminent pas dans un parc.), vous ne pourriez plus bouger. La terre serait en gel. Il y a trop de statique entre mes neurones, si vous saviez, si vous saviez... Mais vous ne savez pas. Ou peut-être savez vous, et c'est mille fois pire alors.
Obus mentaux. Du champagne et beaucoup de bulles qui montent à la tête. J'ai envie d'une apocalypse. Maintenant. Apocalypse, now.
Je veux pouvoir encore m'échouer dans tes draps. Je suis pathétique. Pathééééééétique, t'entends, DITES, VOUS ENTENDEZ, À LA FIN?
Je ne me fais confiance pour rien; avant, j'avais un minimum de foi en ma capacité mélusine à m'autodétruire dans les plus beaux feux d'artifices possibles, oh, oui, je vouais des cultes à cette tendance aux hématômes les plus violacés qui témoignaient muettement de la force avec laquelle je me jetais contre les parois de ma vie humaine en espérant en défoncer le garde-fou. Qui sait quel vide m'aurait englouti, passé les murs de béton de mes aspirations? J'espère encore quelques fois, dans le noir, pouvoir pourfendre le ventre creux de cette existence humaine si drabe afin de naître dans un univers en suspension où je n'existerais plus.
Mais je ne peux même plus me rallier à ce talent maudit, à mon étiquette d'aimant à mort, oh, comble de malheur, les occasions n'y sont plus, plus personne ne veut se saouler jusqu'à en vomir ses tripes sur les carrelages sales des centre-villes de Montréal, plus personne ne veut s'enfler les poumons de vapeurs toxiques jusqu'à voir les lumières de la ville passer à travers des clôtures pour venir se nicher entre les corps tièdes et trop près d'êtres de perdition déchus, plus personne ne veut plus en finir avec tout ce merdier. Je ne le veux pas non plus, parce qu'il faut garder la balance durant la session, oh, oui!, il faut avoir un équilibre parfait, notes, relations sociales, alcool les vendredis soirs seulement pour ne pas accaparer nos capacités cérébrales...
Mais c'est les vacances! On peut se péter la gueule! On peut fumer des millions de clopes! On peut encore peut-être oublier nos noms et les belles étreintes qui nous ont fait respirer pendant quelques mois.
J'ai envie de tout de toi, à retardement, quel dommage que j'aie attendu sa langue à lui avant de m'appercevoir que je te voulais toi. J'ai peur de l'affolement des horloges, je suis terrorisée à la pensée de cette course incessante qui lentement efface au gré de ses marées interminables les arrêtes et courbes lascives de ton corps, les grains de beauté particuliers qui ponctuaient les tensions de tes muscles, ces tics nerveux attachants, ces expressions humoristiques et adorables. Je vais tout oublier, tout, tout, tout, jusqu'aux plus belles phrases muettes de tes doigts, et le pire est qu'à un certain point, ça ne me dérangera pas.
Tu me manques, et tu ne le sauras jamais. Je ne sais plus quoi en dire, alors je me tairai pour vos pauvres oreilles mélomanes.

2 commentaires:

  1. Qu'est-ce qui t'empêche de lui dire? (Si la question peut garder son sens..)

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  2. Désolé du délai; je crois pas qu'il faut voir ses sentiments (passés ou présent) comme un trouble dusquel il faut récupérer. Le reste, me reste à saisir.. :P

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