mercredi 14 décembre 2011

Traveling I only stop at exits, wondering if I'll stay young and restless living this way I stress less



« Parfois, j’avais vraiment l’impression que ma folie était un autre être humain, une entité à part entière qui partageait simplement la même prison de chaire que moi, que les gens remarquaient des bas-fonds de leur conscience mais qu’ils n’arrivaient pas à identifier spécifiquement.

Je lui avais donné un nom : Ana.

Non seulement existait-elle dans mon crâne, mais elle en venait aussi à être la seule qui me comprenait vraiment. Dans l’immensité de ma douleur, si intense qu’elle virait à une démence étourdissante, impulsive, cette personnalité imaginaire et pourtant pour moi tangible comme une enclume dans la gorge devenait l’unique constante qui perdurait dans les déserts de ma solitude. J’étais liée d’un amour dépendant envers ma folie.
Ana était belle selon un standard esthétique sombre, anti conformiste, que les gens autour de moi n’auraient pas compris – peut-être parce que je ne la comprenais pas totalement moi-même. Elle faisait fleurir des bouquets de mots des confins de la souffrance qu’elle tordait hors de notre âme, trouvait dans les plus taraudantes blessures une lascivité obsédante.

Elle ne me donnait pas de choix, tourmentant, douloureux ; elle faisait. Je ne pouvais jamais vraiment choisir si je la suivais ou non, même si à quelque part, au fond de mon crâne, j’avais toujours conscience que ce qu’elle me faisait accomplir n’était pas pour mon bien.
Mais surtout, elle sublimait toute forme de douleur dans les vapeurs amnésiques d’une intensité trop forte pour être supportable pour ma raison. Et je me jetais corps et âme dans l’étreinte asphyxiante de son oubli temporaire.

Et pourtant, au réveil, elle était toujours disparue. »

Chloé et Ana ©

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