samedi 31 décembre 2011

'Cause nobody loves me, it's true, not like you do

Faster, faster, until the thrill of speed overcomes the fear of death.

Hunter S. Thomson

Cloitrée dans ce scaphandre de chair, je détaille l’océan de mes échecs à travers la vitre de mon mal, sans parvenir à en priser la prison afin d’enfin imbiber les fibres géométriques de mes poumons des particules de noyade dont je rêve, ces cauchemars qui naviguent à mes côtés, m’arrêtent et me narguent, leurs longs doigts enroulés autour de la gorge de métal de ma cellule inébranlable.

Je suis prisonnière de la vie. Enchaînée entre ses passions et les mille et unes raisons de prendre une respiration de plus qu’on essaie de me foutre dans le crâne ; mais, horloge d’orange, ce ne sont pas les leçons qui forgent l’individu, c’est lui qui les brise ou les caresse dans le noir de sa conscience, il décide s’il voudra ponctuer de graffitis tous les coins de rue du centre-ville de sa mégalopole de malheur, ou s’il s’achètera un bonzaï à mettre au coin de son bureau pour se sentir moins seul dans la conformité maladive d’une société tampon.

Je suis folle, plus que vous, moins que tous, papillons au creux du crâne après le « boum » d’un pistolet, cloportes dans les coins de la chambre forte de béton qu’est l’intérieur de ma tête, des insectes, toujours, toujours, « get it out of it ! », tout ce tralala, je ne sais plus ce que je dis, et c’est très bien.

Parce que je me sens encore tellement seule. Parce qu’il y a les doigts contre la peau de papier Saran. Parce qu’il y a les souvenirs qui tissent cette toile d’araignée fatale dans laquelle je m’englue et m’empêtre, ne pars pas, ne pars pas, il reste un dernier numéro au spectacle, c’est le meilleur, on te coupera en deux dans une boîte, ce sera très chouette, tu verras. Il n’y aura pas de convulsions.

Convulsions, yeux révulsés, je ne sais plus, ce qu’il faut faire, ce qu’il ne faut pas, pas à pas, un ouragan entre les parois qui enferment mon encéphale, je le nommerai Emma, mais maintenant, il faut faire le topo de tout ce qu’on a perdu, il faut ramasser les décombres, hop hop hop, on ne perd pas de temps, camarades, pressons le pas, rangeons le temple et les statuettes de plastique, feignons de parler latin et cassons une de ces figurines de la vierge Marie pour y dénicher la poudre d’étoile qui nous fera nous envoler vers le paradis éphémère de l’incertitude chronique.

Nous sommes une génération gaga, gâchée, gaspillée. On tente de grappiller les derniers fragments de sens dans cet univers d’aiguilles alors on se pique par inadvertance et on devient accro à la perdition, peu importe quelle est sa forme.

Tous les monstres de mes songes, que ça s’appellera, une toile avec mon visage traumatisé et qui sort de l’ombre de l’Ouest un verre de lait, un scaphandre, un scarabée, un encrier renversé, une pomme où sera plantée un rasoir esthétique comme dans les films, une femme qui fume, une orchidée blanche et fragile comme la mort, et des monstres, oh, des monstres à la tonne, tous ceux qui grincent entre mes neurones, ceux qui rongent les synapses de valeur qu’il me reste, ceux qui grugent le peu de santé mentale qu’il me reste et qui m’enserre le cerveau dans une camisole de force de mousseline, à la texture si douce que je ne m’aperçoit pas que lentement elle m’étrique. Bientôt, ma cage thoracique flanchera et les os, comme des baguettes chinoises qu’on casse et qui se détachent en milliers d’échardes hérissés contre la peau tendre sous nos ongles, pénétreront ma chaire.

Ses petits poumons roses comme les sucettes qu’il aurait léchées ont été drainés par l’aspirateur des professionnels drogués au Concerta, accros du succès, de la démesure d’effort… Ses petits poumons roses, non pas des petits sacs mais des grappes qui s’enflent et se vident, comme des minuscules branches de raisin, roses, roses, roses, comme la fleur, ça aurait été un nom intéressant, kitsch, mais intéressant à travers des yeux d’instinct de survie… Mais il n’y a pas de nom : « petite bibitte pas de poils », comme elle dit dans Les Bonnes Filles Plantent des Fleurs au Printemps. Et un minuscule cœur qui bat au rythme des saisons en accéléré, une symphonie douce-amère de vitalité qui se dévide hors du corps pour ne pas avoir à prendre en compte toutes les responsabilités de faire naître un bourgeon de servitude et de perte mentale. Je lui donnerais un monstre caché dans sa chaîne d’ADN, il est là, il attend pour te mordre, fais attention, c’est mieux que tu sois au fond d’un caniveau, c’est mieux d’être une tache de sang sur une serviette, tu ne sais pas toutes les souffrances que tu aurais eu à essuyer, cette même débarbouillette n’aurait pas été assez pour absorber toute la douleur que tu aurais dû essuyer… Essuyer, essuyer, toujours, parce qu’avoir mal, c’est liquide, ça te coule entre les doigts, te brûle quand c’est trop chaud, te gèle plus vite quand il fait froid dans tes ventricules… Ah, pi t’existes pas, alors pourquoi un dialogue avec moi-même ? « Pour le plaisir des yeux ».

Il y avait un ogre dans ses mots, souvent ils sourient mais celui-là me regardait avec un air un peu déçu, comme s’il n’était pas satisfait que ce soit moi qui lui servirait de repas, ah, non, pas une petite fée déglinguée, sa baguette magique appartient à quelqu’un d’autre et sa poussière d’étoile se perd en tourbillonnant dans les fosses nasales d’autrui, ah, non, pas de petite enfant maudite, plutôt des salades, plutôt jeuner, ah non, ah non…

Donnes moi le Nord, le Sud, l’Est et l’Ouest, je te retrouverai bien à quelque part, même si j’ai perdu la carte ? Un peu de lumière, je vous en supplie, la nuit noire m’aspire et déjà j’aspire à son étreinte glacée, je me languis de Morlen, aimes moi, aimes moi, juste un tout petit peu pour commencer puis peut-être à pleine bouche. Verse quelques gouttes de vitriol sur ma langue tendue pour recevoir les bonbons de pistolet de ma jeunesse imaginaire, que je m’étouffe un peu, mais pas beaucoup, ou alors un drink d’acide sulfurique, tiens, un peu d’eau de javel pour délaver mes idées noires, allez, percez mon estomac par l’aigreur des fluides, allez, allez. Encore une fois, l’armée passe et il faut forcer le pas.

Des vers vides de sens jaillissent de ma folie ; j’en déduis donc qu’elle est pourrie. Un fruit abandonné fripé comme la vieillesse des jardins de verre de nos existences de papier-carton.

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