lundi 26 décembre 2011

Bulletproof Love

La petite bourgeoisie.

J'ai laissé mon enfance embrasser la facilité des après-midi d'hiver, à égrener aux fluctuations d'un air d'opéra les heures lentes et douces de nos jeunes années. Mes rêves de gamine ont été découpés dans des froufrous de taffetas rosés ceinturés de souple cuir de jais, j'ai vécu ma juvénilité dans des volants de crêpe de chine, sans ombrage à mes désirs autre que les cumulonimbus de mes songes.
J'ai vécu cette jeunesse d'abord dans les rêves de grandes coutures, de robes de dentelle devant un public s'extasiant de ces reflets d'or sous les feus de l'action. Je ne décelais des visages célèbres peints et poudrés que le reflet du mien, lointain mais accessible, et je puisais du faste train de vie de l'or des privilégiés la promesse sous-entendue d'un bonheur artificiel tant léché qu'il s'amalgamait à la réalité en un tissage d'opulence.
Puis, une craque dans le masque de porcelaine de mes aspirations à la magnificence factice; mon âme, probablement, lentement grugée, maille par maille, par des parasites de mon ADN.
Blablabla, j'ai oublié mon idée en séparant mon texte de deux jours.
L'existence est une pièce de théâtre dont on ne connait pas le genre; qui sait si je déambule sur la scène d'une tragédie, ou si les dernières minutes de ma production dévoileront une tragicomédie? Et quel acteur se souciera des caractéristiques de sa représentation, une fois le velours grenat du rideau le coupant des applaudissements des auditeurs? Dans le noir du révolu de l'exhibition et de l'action, toutes les solitudes ont une teinte semblable. Ainsi, peut-être ne sommes-nous que les marionnettes d'un gigantesque spectacle pour les beaux yeux nappés de mascara d'une intelligentsia qui lève un menton sceptique face à nos boutades et nos trébuchements, qui critiquera le réalisme de nos pleurs et applaudira aux sourires feints de notre jeu.
Après tout, nous commentons nous-mêmes les pièces des autres.

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