samedi 31 décembre 2011

'Cause nobody loves me, it's true, not like you do

Faster, faster, until the thrill of speed overcomes the fear of death.

Hunter S. Thomson

Cloitrée dans ce scaphandre de chair, je détaille l’océan de mes échecs à travers la vitre de mon mal, sans parvenir à en priser la prison afin d’enfin imbiber les fibres géométriques de mes poumons des particules de noyade dont je rêve, ces cauchemars qui naviguent à mes côtés, m’arrêtent et me narguent, leurs longs doigts enroulés autour de la gorge de métal de ma cellule inébranlable.

Je suis prisonnière de la vie. Enchaînée entre ses passions et les mille et unes raisons de prendre une respiration de plus qu’on essaie de me foutre dans le crâne ; mais, horloge d’orange, ce ne sont pas les leçons qui forgent l’individu, c’est lui qui les brise ou les caresse dans le noir de sa conscience, il décide s’il voudra ponctuer de graffitis tous les coins de rue du centre-ville de sa mégalopole de malheur, ou s’il s’achètera un bonzaï à mettre au coin de son bureau pour se sentir moins seul dans la conformité maladive d’une société tampon.

Je suis folle, plus que vous, moins que tous, papillons au creux du crâne après le « boum » d’un pistolet, cloportes dans les coins de la chambre forte de béton qu’est l’intérieur de ma tête, des insectes, toujours, toujours, « get it out of it ! », tout ce tralala, je ne sais plus ce que je dis, et c’est très bien.

Parce que je me sens encore tellement seule. Parce qu’il y a les doigts contre la peau de papier Saran. Parce qu’il y a les souvenirs qui tissent cette toile d’araignée fatale dans laquelle je m’englue et m’empêtre, ne pars pas, ne pars pas, il reste un dernier numéro au spectacle, c’est le meilleur, on te coupera en deux dans une boîte, ce sera très chouette, tu verras. Il n’y aura pas de convulsions.

Convulsions, yeux révulsés, je ne sais plus, ce qu’il faut faire, ce qu’il ne faut pas, pas à pas, un ouragan entre les parois qui enferment mon encéphale, je le nommerai Emma, mais maintenant, il faut faire le topo de tout ce qu’on a perdu, il faut ramasser les décombres, hop hop hop, on ne perd pas de temps, camarades, pressons le pas, rangeons le temple et les statuettes de plastique, feignons de parler latin et cassons une de ces figurines de la vierge Marie pour y dénicher la poudre d’étoile qui nous fera nous envoler vers le paradis éphémère de l’incertitude chronique.

Nous sommes une génération gaga, gâchée, gaspillée. On tente de grappiller les derniers fragments de sens dans cet univers d’aiguilles alors on se pique par inadvertance et on devient accro à la perdition, peu importe quelle est sa forme.

Tous les monstres de mes songes, que ça s’appellera, une toile avec mon visage traumatisé et qui sort de l’ombre de l’Ouest un verre de lait, un scaphandre, un scarabée, un encrier renversé, une pomme où sera plantée un rasoir esthétique comme dans les films, une femme qui fume, une orchidée blanche et fragile comme la mort, et des monstres, oh, des monstres à la tonne, tous ceux qui grincent entre mes neurones, ceux qui rongent les synapses de valeur qu’il me reste, ceux qui grugent le peu de santé mentale qu’il me reste et qui m’enserre le cerveau dans une camisole de force de mousseline, à la texture si douce que je ne m’aperçoit pas que lentement elle m’étrique. Bientôt, ma cage thoracique flanchera et les os, comme des baguettes chinoises qu’on casse et qui se détachent en milliers d’échardes hérissés contre la peau tendre sous nos ongles, pénétreront ma chaire.

Ses petits poumons roses comme les sucettes qu’il aurait léchées ont été drainés par l’aspirateur des professionnels drogués au Concerta, accros du succès, de la démesure d’effort… Ses petits poumons roses, non pas des petits sacs mais des grappes qui s’enflent et se vident, comme des minuscules branches de raisin, roses, roses, roses, comme la fleur, ça aurait été un nom intéressant, kitsch, mais intéressant à travers des yeux d’instinct de survie… Mais il n’y a pas de nom : « petite bibitte pas de poils », comme elle dit dans Les Bonnes Filles Plantent des Fleurs au Printemps. Et un minuscule cœur qui bat au rythme des saisons en accéléré, une symphonie douce-amère de vitalité qui se dévide hors du corps pour ne pas avoir à prendre en compte toutes les responsabilités de faire naître un bourgeon de servitude et de perte mentale. Je lui donnerais un monstre caché dans sa chaîne d’ADN, il est là, il attend pour te mordre, fais attention, c’est mieux que tu sois au fond d’un caniveau, c’est mieux d’être une tache de sang sur une serviette, tu ne sais pas toutes les souffrances que tu aurais eu à essuyer, cette même débarbouillette n’aurait pas été assez pour absorber toute la douleur que tu aurais dû essuyer… Essuyer, essuyer, toujours, parce qu’avoir mal, c’est liquide, ça te coule entre les doigts, te brûle quand c’est trop chaud, te gèle plus vite quand il fait froid dans tes ventricules… Ah, pi t’existes pas, alors pourquoi un dialogue avec moi-même ? « Pour le plaisir des yeux ».

Il y avait un ogre dans ses mots, souvent ils sourient mais celui-là me regardait avec un air un peu déçu, comme s’il n’était pas satisfait que ce soit moi qui lui servirait de repas, ah, non, pas une petite fée déglinguée, sa baguette magique appartient à quelqu’un d’autre et sa poussière d’étoile se perd en tourbillonnant dans les fosses nasales d’autrui, ah, non, pas de petite enfant maudite, plutôt des salades, plutôt jeuner, ah non, ah non…

Donnes moi le Nord, le Sud, l’Est et l’Ouest, je te retrouverai bien à quelque part, même si j’ai perdu la carte ? Un peu de lumière, je vous en supplie, la nuit noire m’aspire et déjà j’aspire à son étreinte glacée, je me languis de Morlen, aimes moi, aimes moi, juste un tout petit peu pour commencer puis peut-être à pleine bouche. Verse quelques gouttes de vitriol sur ma langue tendue pour recevoir les bonbons de pistolet de ma jeunesse imaginaire, que je m’étouffe un peu, mais pas beaucoup, ou alors un drink d’acide sulfurique, tiens, un peu d’eau de javel pour délaver mes idées noires, allez, percez mon estomac par l’aigreur des fluides, allez, allez. Encore une fois, l’armée passe et il faut forcer le pas.

Des vers vides de sens jaillissent de ma folie ; j’en déduis donc qu’elle est pourrie. Un fruit abandonné fripé comme la vieillesse des jardins de verre de nos existences de papier-carton.

lundi 26 décembre 2011

Bulletproof Love

La petite bourgeoisie.

J'ai laissé mon enfance embrasser la facilité des après-midi d'hiver, à égrener aux fluctuations d'un air d'opéra les heures lentes et douces de nos jeunes années. Mes rêves de gamine ont été découpés dans des froufrous de taffetas rosés ceinturés de souple cuir de jais, j'ai vécu ma juvénilité dans des volants de crêpe de chine, sans ombrage à mes désirs autre que les cumulonimbus de mes songes.
J'ai vécu cette jeunesse d'abord dans les rêves de grandes coutures, de robes de dentelle devant un public s'extasiant de ces reflets d'or sous les feus de l'action. Je ne décelais des visages célèbres peints et poudrés que le reflet du mien, lointain mais accessible, et je puisais du faste train de vie de l'or des privilégiés la promesse sous-entendue d'un bonheur artificiel tant léché qu'il s'amalgamait à la réalité en un tissage d'opulence.
Puis, une craque dans le masque de porcelaine de mes aspirations à la magnificence factice; mon âme, probablement, lentement grugée, maille par maille, par des parasites de mon ADN.
Blablabla, j'ai oublié mon idée en séparant mon texte de deux jours.
L'existence est une pièce de théâtre dont on ne connait pas le genre; qui sait si je déambule sur la scène d'une tragédie, ou si les dernières minutes de ma production dévoileront une tragicomédie? Et quel acteur se souciera des caractéristiques de sa représentation, une fois le velours grenat du rideau le coupant des applaudissements des auditeurs? Dans le noir du révolu de l'exhibition et de l'action, toutes les solitudes ont une teinte semblable. Ainsi, peut-être ne sommes-nous que les marionnettes d'un gigantesque spectacle pour les beaux yeux nappés de mascara d'une intelligentsia qui lève un menton sceptique face à nos boutades et nos trébuchements, qui critiquera le réalisme de nos pleurs et applaudira aux sourires feints de notre jeu.
Après tout, nous commentons nous-mêmes les pièces des autres.

vendredi 23 décembre 2011

Y'a nos hématômes crochus qui nous sauvent


Je t'aime. Bleu marin. Fuschia. Turquoise. Puis, noir de suie.
Je suis amoureuse de ces rues enneigées où les passants anglophones mangent des croissants et des gifles de mistral, ces magasins inconnus qui vendent leurs pulls de cachemire à 200 $ sans y apposer de nom, ces immeubles de brique rouge où je vois un futur futon un peu éventré où pourraient s'échouer quelques personnes en perdition, pour quelques nuits, quelques décennies à perdre notre solitude dans des rêves d'adulescents. Boule de rêve.
Pourquoi maintenant, ce regain de besoin de toi ? Je ne sais pas. Je l'ignore, monsieur. Je sais simplement qu'il y a un vide, immense, béant, qui hurle au fond de ma cage thoracique et dont je n'arrive pas à baillonner les cris pour mieux entendre une possibilité d'espoir de rédemption ailleurs que dans les autres.
Je suis fatiguée de cette dépendance au regard doux comme le papier sablé, je suis lasse, oh, tellement lasse de tout, si vous saviez toutes les faiblesses qui s'entassent dans les décombres de mon estime de moi, vous ne pourriez sourire carnassier (ah, je m'ennuie de lui! D'une manière inusitée, pour la première fois réelle et saine: je m'ennuie de l'ami aux blagues déplacées et des ciroses qui ne se terminent pas dans un parc.), vous ne pourriez plus bouger. La terre serait en gel. Il y a trop de statique entre mes neurones, si vous saviez, si vous saviez... Mais vous ne savez pas. Ou peut-être savez vous, et c'est mille fois pire alors.
Obus mentaux. Du champagne et beaucoup de bulles qui montent à la tête. J'ai envie d'une apocalypse. Maintenant. Apocalypse, now.
Je veux pouvoir encore m'échouer dans tes draps. Je suis pathétique. Pathééééééétique, t'entends, DITES, VOUS ENTENDEZ, À LA FIN?
Je ne me fais confiance pour rien; avant, j'avais un minimum de foi en ma capacité mélusine à m'autodétruire dans les plus beaux feux d'artifices possibles, oh, oui, je vouais des cultes à cette tendance aux hématômes les plus violacés qui témoignaient muettement de la force avec laquelle je me jetais contre les parois de ma vie humaine en espérant en défoncer le garde-fou. Qui sait quel vide m'aurait englouti, passé les murs de béton de mes aspirations? J'espère encore quelques fois, dans le noir, pouvoir pourfendre le ventre creux de cette existence humaine si drabe afin de naître dans un univers en suspension où je n'existerais plus.
Mais je ne peux même plus me rallier à ce talent maudit, à mon étiquette d'aimant à mort, oh, comble de malheur, les occasions n'y sont plus, plus personne ne veut se saouler jusqu'à en vomir ses tripes sur les carrelages sales des centre-villes de Montréal, plus personne ne veut s'enfler les poumons de vapeurs toxiques jusqu'à voir les lumières de la ville passer à travers des clôtures pour venir se nicher entre les corps tièdes et trop près d'êtres de perdition déchus, plus personne ne veut plus en finir avec tout ce merdier. Je ne le veux pas non plus, parce qu'il faut garder la balance durant la session, oh, oui!, il faut avoir un équilibre parfait, notes, relations sociales, alcool les vendredis soirs seulement pour ne pas accaparer nos capacités cérébrales...
Mais c'est les vacances! On peut se péter la gueule! On peut fumer des millions de clopes! On peut encore peut-être oublier nos noms et les belles étreintes qui nous ont fait respirer pendant quelques mois.
J'ai envie de tout de toi, à retardement, quel dommage que j'aie attendu sa langue à lui avant de m'appercevoir que je te voulais toi. J'ai peur de l'affolement des horloges, je suis terrorisée à la pensée de cette course incessante qui lentement efface au gré de ses marées interminables les arrêtes et courbes lascives de ton corps, les grains de beauté particuliers qui ponctuaient les tensions de tes muscles, ces tics nerveux attachants, ces expressions humoristiques et adorables. Je vais tout oublier, tout, tout, tout, jusqu'aux plus belles phrases muettes de tes doigts, et le pire est qu'à un certain point, ça ne me dérangera pas.
Tu me manques, et tu ne le sauras jamais. Je ne sais plus quoi en dire, alors je me tairai pour vos pauvres oreilles mélomanes.

mercredi 21 décembre 2011

Group Four


Perdue, déboussolée, Nord, Sud, Est, Ouest, les vieux démons qui viennent brouiller les cartes, dérouter les aiguilles... Je ne sais pas quelle couleur tu es, quelle teinte t'aimer le mieux, je suis pathétique d'encore avoir ton nom gravé au foie, où, au coeur de mes nuits d'insomnie, je déverse mon émoi pour moins souffrir ton absence.
Everything I loved became everything I lost.
Je l'adore, je l'adore, je l'ai toujours adoré, mais elle me draine de toute mon énergie, parce qu'en ce moment, elle a tout ce que j'avais. Tout ce que j'ai perdu. Je conjugue ma vie au passé simple ou au futur, oh, j'aimerais bien trouver un jour un temps de verbe un tant soi peu relié à exister, maintenant, mais le seul que j'aie un jour réussi à formuler, c'est mourir.
Et pourtant, en ce moment, Dieu que je m'ennuie de la caresse incessante de la Mort... Je voudrais la regarder dans les yeux, encore une fois, pouvoir la détailler, même à travers une vision troublée par les substances inhibées, j'aimerais me perdre, tomber, bas, bas, bas, non pas pour que quelqu'un m'y repêche, mais pour y sombrer.
Je ne sais plus où j'en suis, ce que je veux, si je veux quelque chose en soit... Si je veux continuer à quelque part.
Fuck it, interrupted.

samedi 17 décembre 2011

There's nothing left here to worry about, we're on the ground, we're in the clouds, the world is spinning round...

Vieux textes d'il y a deux ans.
J'ai le vertige de Kundera.


Il était deux fois, une fillette aux iris d'argent liquide; une enfant aux prunelles métalliques pleurant des larmes de fer. Son corps était pâle et chaste, ses songes charbonneux et obscènes. Tous les deux étaient raturés de souvenirs de bonbons jaunes à pistolet et de mains aux longs ongles aimant chatouiller la limite de l'innocence de leurs vas-et-viens qu'il "fallait absolument ne pas glisser aux grands".
J'ai longtemps aimé être animal de foire.
Délicatessen.

- - -

Comment en une si belle journée, soleil, abeille, rires, puis-je me sentir si à part, si brisée, par terre? Je la ressens qui revient, elle veut me manger.
Une journée qui ne concorde pas avec mon apocalypse cérébrale, des vers qui ne traduisent pas à quel point le cancer d'existence me ronge, qui ne racontent en rien à quel point j'aurais besoin que tu me serres dans tes bras, doucement que tu m'embrasses sur la joue, qu'il fasse soleil paisible et que je ne sois pas malade, malade de notre histoire gangrenée de l'âme depuis trop longtemps... L'ancien auditorium est calciné, le ciel, bleu, et la nuit de ma profanation d'enfance, j'avais le coeur en morceaux.
J'ai menti. Je le sais à présent. Je ne m'en sortirai jamais. Je crèverai une belle journée d'été. Je ne vous aurai jamais assez dit à quel point je vous aime. À quel point je vous ai aimé. Fascinée par les foetus et les linceuls, par la vie et la mort, mélomane, anorexique, douloureusement entourée, ne méritant pas tant de mains.
Tu m'en veux, pas vrai? Je veux faire l'amour une dernière fois. Trouves moi pour me serrer l'oubli. Fais-moi croire que je n'embrasserai jamais le pistolet et que tu ne m'oublieras pas.
Je t'aime trop gros, je vous chéris trop borgne.

- - -

On essaie de vivre trop vite. On nait, on grandit, on meurt. Les mioches veulent devenir grands, posséder une bagnole, une valise, porter la cravate, arrêter de manger du macaroni, embrasser leur mère sur la bouche... Ces adolescents veulent fumer toute leur vie, mourir jeune, à 27 ans, fauchés, malheureux et idolâtrés comme tous ces modèles révolus qu'on a promu au rang de bêtes de cirque le pistolet braqué à la tempe dans une cage médiatique.
L'adulte veut se faire passer prestement la bague à l'annulaire par le premier des cons s'il peut lui fournir une villa, quelques vacances au soleil et l'engrosser de gosses qui grandiront en l'admirant avec ses propres yeux.
...Et le septagenaire sermonne l'enfant de ne pas prendre son temps, parce qu'en bout de ligne, il a raturé les éléments cruciaux de son bonheur en croyant que l'échelon supérieur serait le meilleur, que le grade supérieur serait celui du bonheur.
On court, on court, mais vers quoi bordel? On s'enfarge et trébuche dans la tombe et on pleurniche lorsque la faucheuse dépose la première pelletée de terre, scandant qu'on est enterrés vivant, pleurnichant notre si peu d'actions finales. la fosse commune du 21ème siècle, c'est le temps, rien d'autre que les aiguilles d'une horloge qui défilent, affolées, et qu'on regarde les sourcils froncés, prétextant leur ralenti. Mais où ça s'arrête, où est-ce que le cadran se révulse?
(...)
Alors prenez votre temps, parce qu'en bout de ligne, c'est tout ce que vous avez.

- - -

N'oublie pas nos génocides d'émotions, ne renies pas nos baisers inachevés. Oublie ce poétisme barbare de jeunesse calcinée par l'ardeur d'un brasier de mémoires enfantines, déjà il s'effrite et les larmes ne coulent plus. Dégustes la chaire de cette éternité diaphane avant que ne pourrisse aussi crument que ton attachement hélas trop court. Tes maux étaient trop faibles pour diriger mon navire de suie, et la coque s'est éventrée délibérément contre les récifs.
Les horloges s'affolent et les coeur se fanent. Déjà les morts s'embrassent et tu m'oublies de ta langue trop commune. Douce embrassade et baisers au creux des reins.

vendredi 16 décembre 2011

Zombie.

La noblesse, vieille riche dont l'orgueil avait tarrit sa curiosité du monde extérieur, dont la renommée avait tant attendue l'éternel des acclamations à son égard que la poussière l'avait lentement recouverte, femme vétuste qui n'avait pas voulu se lancer dans les excursions hasardeuses du nouveau monde par peur d'y perdre la face ou le Nord, s'était retrouvée devant le portrait décevant de sa décrépitude.
Les joyaux de son époque, quelques lambeaux de terre grapillés et étriqués au gré des révolutions, s'étaient soudain ternis du filtre suranné des trésors perdus, détrôné à l'ordre des hiérarchies de richesses. À sa gorge à la peau s'affaissant pendait un sceau à présent vide de sens, qu'un témoignage de plus de son révolu.
Devant ce reflet pathétique que lui renvoyait la glace, pourtant si fidèle à sa réelle façade fade et désertée de toute source de la beauté juvénile que l'espérance et l'ambition, elle rouspétait, elle refusait. Ces rainures nivelant son front n'étaient pas les manifestations du passage des âges contre sa peau sèche, mais bien les marques d'un miroir strié qu'il faudrait changer; ce teint n'était pas réellement si gris, il était simplement reflété dans une glace teintée; même ces os qu'on voyait poindre sous sa peau mince comme du papier de soie, prête à se fendre sous la pression de la terre, ne prouvaient en rien sa déchéance, simplement la blancheur d'albâtre qu'elle prêtait à sa peau. Néanmoins, elle n'osait ouvrir la bouche, de peur d'y compter ses dents.
Et, la main contre son épaule comme appui pour s'élever, démontrant sans même le savoir sa nouvelle suprématie sous le squelette croulant de son antérieure parenté, la jeune bourgeoisie se penchait pour admirer la beauté de sa domination nouvelle.
Une autre ère s'ouvrait.

mercredi 14 décembre 2011

Traveling I only stop at exits, wondering if I'll stay young and restless living this way I stress less



« Parfois, j’avais vraiment l’impression que ma folie était un autre être humain, une entité à part entière qui partageait simplement la même prison de chaire que moi, que les gens remarquaient des bas-fonds de leur conscience mais qu’ils n’arrivaient pas à identifier spécifiquement.

Je lui avais donné un nom : Ana.

Non seulement existait-elle dans mon crâne, mais elle en venait aussi à être la seule qui me comprenait vraiment. Dans l’immensité de ma douleur, si intense qu’elle virait à une démence étourdissante, impulsive, cette personnalité imaginaire et pourtant pour moi tangible comme une enclume dans la gorge devenait l’unique constante qui perdurait dans les déserts de ma solitude. J’étais liée d’un amour dépendant envers ma folie.
Ana était belle selon un standard esthétique sombre, anti conformiste, que les gens autour de moi n’auraient pas compris – peut-être parce que je ne la comprenais pas totalement moi-même. Elle faisait fleurir des bouquets de mots des confins de la souffrance qu’elle tordait hors de notre âme, trouvait dans les plus taraudantes blessures une lascivité obsédante.

Elle ne me donnait pas de choix, tourmentant, douloureux ; elle faisait. Je ne pouvais jamais vraiment choisir si je la suivais ou non, même si à quelque part, au fond de mon crâne, j’avais toujours conscience que ce qu’elle me faisait accomplir n’était pas pour mon bien.
Mais surtout, elle sublimait toute forme de douleur dans les vapeurs amnésiques d’une intensité trop forte pour être supportable pour ma raison. Et je me jetais corps et âme dans l’étreinte asphyxiante de son oubli temporaire.

Et pourtant, au réveil, elle était toujours disparue. »

Chloé et Ana ©

dimanche 11 décembre 2011

Dissolved girl, Massive Attack

Allez enfouis-moi, passe-moi par dessus tous les bords
Mais reste encore un peu après que même la fin soit terminée
Les Écorchés, Noir Désir
Graves ton nom dans ma peau, griffes-moi jusqu'au sang, plantes moi deux pieux dans le corps, un dans le coeur, l'autre dans les reins, que j'oublie dans cette douleur physique insuportable la souffrance tacite qui mijote sous ma peau, qui siffle et déborde de mes veines comme la vapeur intense d'une bouilloire sur le feu de mes passions.
Je n'ai pas l'énergie pour m'immerger sous l'étude de ces concepts pourtant fascinants, et lorsque je trouve le temps et le courage d'y plonger mes yeux, je ne fais que garder à distance respirable mes songes empêtrés de réflexions trop larges pour les lignes effinées de mes leçons. Je ne sais plus apprendre, faute d'intention; je ne sais que lire à travers les fabriques douces ou rêches de rêves de style des ascensions plus abstraites dans le milieu artistique. Moi qui me suis définie par mon assiduité derrière les bouquins, moi, petit être arithmétique de formules et de lunettes trop larges pour cerveaux trop gonflés, je me découvre au moment crucial plus lunatique que le cancre de Prévert. Je ne suis qu'une multitude de variations d'un rien.
...Mais ce rien est dense, bien dense pour l'espace restreint de la danse des équilibres.
Je n'ai que des portraits artistiques au crâne; des masques d'animaux et des vêtements excentriques, ville lumière et Massive Attack.
Et je ne suis même pas capable de l'écrire.
Fuck it.
Le parlementarisme, t'en dis quoi?

vendredi 2 décembre 2011

« [...] Les vastes forêts se changèrent en campagnes riantes qu'il fallut arroser de la sueur des hommes et dans lesquelles on vit bientôt l'esclavage et la misère germer et croître avec les moissons.
[...] Pour le poète, c'est l'or et l'argent, mais pour le philosophe, ce sont le fer et le blé qui ont civilisé les hommes et perdu le genre humain. »
Discours sur l'origine de l'inégalité, J.-J. Rousseau


L'oratorio de la cupidité

Oratorio (nom masculin singulier): (musique) drame lyrique chanté et accompagné par un orchestre, souvent d'inspiration sacrée, interprété sans décors, ni costumes.

« La liberté des uns s’arrête là où commence celle des autres. »
Alors où un homme usurpe-t-il le droit de faire payer aux autres ses erreurs, de berner des individus, affirmant qu’une cave vide et fragile contient l’or de leur réussite afin qu’ils empilent les blocs de marbre qui obstrue son entrée, créant à leur insu un trône pour l’escroc ? Cette manifestation mille fois observée est-elle restreinte à une catégorie d’êtres, de modèles mentaux, où est-ce simplement une propension de l’homme de tirer le plus d’avantages possibles, d’étendre sa sphère d’influence et d’autorité aussi loin que lui permettent ses moyens?
Si nous en avions la chance, pourrions-nous tous vraiment négliger l'intérêt d'autrui, sans limites, rongeant jusqu'à l'os la viande de notre conscience humaine pour puiser dans le sang de ses dommages collatéraux la force nécessaire à notre futile ascension? Chaque individu, s'il en avait la chance, se découvrirait-il capable de gruger la chair crue de ses semblables jusqu'à ce que ce squelette ne soit plus que poussière égarée au vent, avalée par les ventres de plastique des aspirateurs de notre décadence morale? Et ce monstre anthropophage ne sera-t-il pas forcé à se dévorer lui-même pour persévérer dans cette folie de grandeur, cette nécessité imaginaire de croissance infinie, une fois ses ressources cannibales épuisées?
La pyramide sociale s'affinant à son sommet, nous ne pourrons jamais savoir avec certitude tout le poison que contient chaque cœur d'homme; cela est peut-être une chance. Ce que nous savons, par contre, c'est que quelques pompes à sentiments ont développés - ou sont-ils nés ainsi? - des viscères métalliques.
Je ne crois pas que l'appétit d'une âme puisse trouver satiété dans l'opulence, toute aussi impressionnante soit-elle. La succession des phares éternels des grandes villes, les bulles d'or des bouteilles de champagne à 1000 euros, la compagnie divertissante des beautiful people, les costards et robes de crêpe de Chine, les domestiques, les bureaux en haut de tours de cristal, les jets, toute cette panoplie d'inutilités étiquetées d'un prix – dont on n'espérerait même pas que notre salaire y soit égal un jour – ne sont pas l'issue recherchée. Elles en sont les manifestations, probablement, mais non pas le titre, l’essence.
Le but tient dans la comparaison. L'ambitieux désire la supériorité, le regard envieux de ses semblables. Il fouille dans cette envie sa valeur profonde, il associe l'exclusivité des privilèges qu'il peut se permettre à la preuve d'une véritable suprématie. La qualité de l'âme du cupide tient dans le superlatif, dans sa capacité à dépasser les autres, à contrôler davantage.
Hors, où est la borne dans un domaine aussi subjectif que la comparaison du pouvoir d'un univers mondialisé de 7 milliards d'âmes?
Cependant, dans cette quête éperdue du prochain sommet, l'homme perd une part de son âme: sa compassion, sa sensibilité, sa perception de voir autre chose que l'éclat fascinant de pièces de monnaie. Oh, les hurlements des courtiers de la Bourse sont bien plus doux aux oreilles que la plus belle symphonie de Beethoven, tant que le dernier mouvement se termine par le solo de notre caisse enregistreuse.
En définissant son succès par cet égocentrisme qui se nourrit d'une réussite enfantant les malheurs d'autrui, en se déshumanisant de la sorte, l'homme possède-t-il encore toutes les caractéristiques émotionnelles de son espèce ? Ou isole-t-il tout sentiment hors de sa sphère de narcissisme? Peut-il être heureux, même dans un singulier si restreint ? Peut-on, en tant qu'individu, être heureux lorsque la compétitivité n'a de limite que son propre nom en première place ? En étirant les derniers étages de sa pyramide de Maslow, surplombant les mégalopoles de consciences humaines du haut de la grandeur de son bureau de verre, d'acier et de bois centenaire, n'y-a-t-il pas un certain problème d'ingénierie, du fait qu'on a dû saccager le 3ème niveau pour construire sa supériorité? Je ne vois pas quelle loi antigravitationnelle pourrait empêcher le prisme de s'écrouler, tôt ou tard...
Mais même dans l’optique où la perte de son âme dans ce jeu de serpents et échelles plaqué d'or représente un sacrifice légitime pour l’homme cupide, il y égare également une facette d'autant plus importante, et ce, pour l'individu lui-même: sa place au sein de la société qu'il a floué. Abattre les frontières balisées d'une société de laquelle il désire pourtant un trône pour édifier son pouvoir aux yeux de la populace, c'est anéantir les fondations mêmes de cette société, et, ainsi, signer à plus ou long terme le contrat de son écroulement, en sachant bien que celui-ci sera
aussi publicisé que l'ascension. Que le masque de joyaux composé par temps, efforts et subterfuges a une bombe à retardement qui écartèle lentement ses fibres, sans que jamais elles ne puissent se ressouder. C'est accepter de tomber des cieux, admettre qu'il n'était pas le Dieu dépeint dans les fresques partout exhibées dans ce palais de sel qu'il s'est construit. La marée monte. En faisant s'affaisser le château de carte, à mesure qu'il remarque les fissures s'accumuler dans les bas fonds de son bâtiment, que le plaquage de métaux précieux s'effrite pour exposer la fragilité de ses fondations d’anticipations erronées, il faudrait bien prévoir que, siégeant à la cime de la construction, il sera celui qui tombera le plus bas.
Ils s'en tireront avec des millions dans des paradis fiscaux en laissant des milliers de travailleurs à la rue, trop naïfs pour ne pas avoir cherché outre les miroirs glorifiés qu'on leur a offert. Aberration, j’en conviens. À s'en couper l'appétit. À en gerber. À en crever.
Mais dans leurs dégâts collatéraux, peut-être ont-ils perdu plus que leur société millionnaire; peut-être se sont-ils endettés, à l'instar des chiffres d'affaire falsifiés de leurs monopoles, de plus de raisons de ne pas dormir, même dans leurs draps de satin insolemment onéreux; car cette perte du droit de siéger au parlement des hommes « bons » selon l’opinion publique ne se rachète pas.
Étrangement, c'est cette amertume de l'échec social qui me saute le plus aux yeux en écoutant les délibérations des procès de ces statues de chrysocale. C'est ces honteuses balafres indissociables du portrait médiatisé qu'on retient du monstre derrière ou devant l'homme, cette étiquette de dégoût général, et non l'outrage à la société qu'il laisse derrière lui. C'est cette horrible silhouette borgne qui a faillit à l'humanitarisme et qui marchera dans des les déserts de sel de son offense, en complets fortunés, certes, mais solitaire, esseulé. Les Grecs l'avaient compris; le pire sort pour punir la cupidité ne tient pas dans l'abattement de la lame d'un couteau, mais bien dans l'ostracisme. Le criminel a pavé la voie de son départ de ses erreurs, a fortifié les railles de sa trajectoire par son dénigrement de l'égalité uniforme.
Oh, tous ces Narcisses trop axés vers leur obsession de fortune se retrouveront inévitablement seuls, désormais incapables de retirer du monde leur combustible à égo : le regard des autres.




Pour comprendre d'où vient ce discours interminable sur la cupidité humaine, regardez: