mardi 22 novembre 2011

You and who's army ?



« Ce hasard, ce hasard fortuit qui réduit l'équilibre de notre existence à la mince couche de givre qui borde le tumulte d'une rivière lors des premiers jours de décembre, qui si promptement fait chavirer la constance de nos émotions en un chaos insoutenable... Ce hasard fortuit qui rend la vie si magnifique, si insupportable.


Les étoiles de ses yeux ont dégringolées, engouffrées dans un vide soudainement si dense qu'il avalait tout de son visage, l'entièreté de son être en une grande goulée de douleur subite; son mal dévorait ses traits jusqu'à n'en laisser que l'empreinte vide d'expression de quelqu'un aveugle d'en avoir trop vu, paralysé par un chaos trop turbulent. Ses pupilles semblaient prendre expansion dans ses yeux comme un épais papier à lettre boit l'encre renversée contre sa peau aux larges pores, alors que le reste de sa figure ne tremblait même pas de son souffle coupé au vol. Elle était paralysée, ses joues immobiles et blêmes comme la glace des pommettes d'une poupée de porcelaine, ses cils semblant peints au trainard tant ils étiraient l'ébahissement brisé de ses prunelles, sa bouche entrouverte ne laissant pas s'échapper un cri qui restait prisonnier de la cavité de son palais, résonnant muettement contre ses dents...
Et comme les secours inondaient la rue du sang des lumières de leurs sirènes rotatives, cette rue sombre comme la suif malgré les lampadaires et enseignes aux violents éclats baignant la chaussée, comme les formes floues des spectres de l'univers duquel elle se détachait graduellement se ruaient sur le corps encore tiède contre le bitum froid, elle demeurait figée dans son apoplexie sentimentale, sombrant lentement dans l'abîme du choc nerveux qui se déployait à retardement dans son esprit. Les silhouettes indistinctes de spécialistes bourdonnaient, essaim venus tenter d'arracher quelques souffles souffrants aux poumons de la carcasse humaine qui jonchait le sol, et le trottoir se teignait lentement d'une sinistre flaque de vie pratiquement noire, souillant les habits blancs des affairés d'un lugubre lavis pourpre.
Le plus horrifiant était la position des membres de l'homme; une marionnette dont la Foi en la beauté d'être avait échappée les cordes, pantins désarticulé aux genoux brisés et au crâne fendu, aux cheveux imbibé de sang et aux coudes ouverts vers le ciel, exposant leur chaire pâle et fragile.
Des papiers s'envolant de la fenêtre évidemment laissée grande ouverte venaient se poser parmi le tumulte humain, papillons des vestiges déjà poussiéreux d'une vie guillotinée; quelques de leurs ailes se retrouvaient collées à l'horreur visqueuse du sol taché. Documents et factures
voletaient dans le jais de la nuit, paperasse de neige irréelle tranchant la noirceur ambiante de fragments bureaucratiques.
Lentement, un linceul de larmes vint recouvrir le corps de l'homme d'un filtre flou qui fusionnait couleurs et lumières, hommes et bâtiments. Transie, elle était comme vidée de la chaleur de son humanité s'écoulant de ses yeux au même tempo engourdi qui tarissait les veines de la dépouille disloquée dévoilée à ses pupilles crues.
Le fragile satin de ses espérances s'était fendu et déchiré d'un bout à l'autre de son existence de pastel, écorché par une lame élimée, étrangère aux longues heures ayant confectionnées le tissage de sa douce réalité. »
Les attentats sentimentaux ©
(Nom provisoire volé à JF)

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