lundi 7 novembre 2011

C'est ton style, c'est ton style...

Ne demeures jamais, Nathanaël.
Les nourritures terrestres, André Gide


On désire tant exister de façon optimale qu'on déconstruit la recette du bonheur en facteurs qu'on ne sait pas mettre en formules.
En disséquant l'existence pour y analyser la source de nos plénitudes et de nos spleens, on en vient à n'en percevoir que les aspects cartésiens et atroces de sa configuration: la grandeur du coeur, qui pompe en un rythme flasque et gras des émotions infectées de la lymphe de nos perceptions, par exemple, ou la blancheur effrayante, froide et impartiale de la cage thoracique de la cellule familiale, certes protectrice de nos souffles les plus profonds, mais aussi détentrice des plus grands handicaps si elle vient à casser.
Et on mémorise par coeur toutes les règles de l'humanité,.
Pour un moment, quel cadeau intellectuel que d'anticiper vents et marées de l'existence humaine! Une étincelle de fierté allume le réverbère de nos songes à chaque fois que se concrétise sur notre chemin l'élément anodin qu'on avait vu venir.
Mais bien vide, improvisé oracle, on s'aperçoit du cadeau de Grec qu'est notre connaissance. On comprend, oui, mais quelle désillusion que de voir les engrenages de nos maux et ne pouvoir que les prédire avec une exactitude de métronome, sans en modifier le cours, en attendant que se matérialise devant nous le coup! Les coups sont aussi pénibles que notre pronostique nous l'inspirait, et les caresses sont drainées de toute leur beauté quand chaque terminaison nerveuse qui y sera éveillée a été répertoriée avant le contact.
On oublie le plus important, cette absence de compréhension consciente qui fait de l'existence elle-même une si belle fresque abstraite; l'azur intense des yeux attentifs d'un enfant, la première sensation de l'effleurement d'une main aimée, la beauté mélancolique d'une larme tombant sur le manteau poudreux d'une neige de Décembre... On oublie que la vie est bien plus belle lorsque chaque de ses motifs est déterminé et catégorisé.
Et puis, après avoir goûté un bonheur conscient, toutes les variations de l'amer nous paraissent avec plus d'acuité; le manque a une couleur, une saveur, une texture, une odeur, un nom, et on reconnait du coin de l'oeil, à chaque détour d'un chemin, à la fois notre bien-être déchu qui s'esquive et le visage grotesque de ce mal qui nous colle à la peau comme de la sève au doigts.
Et ainsi, on désapprend consciemment tous ces beaux papillons de beauté qui s'étaient posées sans douleur contre nos iris innocents. On censure la vie pour ne pas y apercevoir la vérité qui nous a harponné le coeur, oh, on se crève les yeux, n'osant pas prendre le risque de voir que si jamais nous vivons, ce n'est que pour quelques poignées d'étoiles dont on croit la valeur plus lourde que la poussière qu'elles érodent durant leur preste combustion.
On oublie qu'on a été heureux, peut-être, sans le savoir. On ne se souvient de rien une fois qu'on comprend tout; tous les dogmes qu'on érige en forteresses contre la douleur du monde ne sont que valeurs théoriques, lois physiques qui ne tiennent pas compte de la sensibilité irrationnelle de nos encéphales.
Alors embrasez vos consciences à des causes de souffre qui auront tôt fait de se consumer en un éclair oh combien ardent, mais périssable, tissez une robe de mariée sordide des perles de larmes que vous verserez du départ de l'être aimé, joignez vos respirations à celles d'inconnus séduisants contre les banquettes sèches et craquantes d'une voiture d'occasion, faites le tour du monde, deux fois si, lors de la première, la consistance d'un sourire étranger vous a échappé, mettez intentionnellement un bas rouge dans une brassée blanche, souriez niaisement quand vous êtes amoureux, dites merci, chantez très fort, trop fort, changez de nom, changez de vie, mais je vous en prie, oh, de grâce, vivez!
C'est votre seule chance de ne pas en mourir.

2 commentaires:

  1. Vivre à en mourrir ou se mourrir de vivre?
    Chaque instant devrait avoir sa signification qui lui est prorpre. Éternel en son sens en un lieu ou le temps n'a pas d'importance.

    Tes articles sont toujours très imagés avec des liens que je me surprend de comprendre. (Non pas que je crois tout comprendre :P )

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