lundi 17 octobre 2011

À tant vouloir connaître, on ne connaît plus rien, ce qui me plaît chez toi c'est ce que j'imagine...


J'ai cueilli ce brin de bruyère
L'automne est morte souviens-t'en
Nous ne nous verrons plus sur terre
Odeur du temps Brin de bruyère
Et souviens-toi que je t'attends
L'Adieu, Guillaume Apollinaire



« Pardonnes-moi, » m'a-t-il murmuré.
Tu n'as donc pas compris? Je ne t'en ai jamais voulu, je n'ai jamais été capable de garder une quelconque rancune contre toi. Pas même pour mon assassinat.

Admires-moi avec de moins beaux yeux, mon fantôme dépecé de mon attachement jamais plus rempli du désir lent de tes bras. J'aurais envie de noyer dans les larmes de tes iris quelques pulsions que j'ai étranglé après ton départ, il y a si longtemps... Il y a si longtemps que tu n'hantes plus mes nuits d'insomnie... Voilà que j'ai peur de te donner le gilet du gibet de mes attachements passé, tu sais, ce manteau de grès que je prête à des êtres desquels je me foues pour désillusionner mon besoin de chaleur humaine... Épiderme de pierre dont la froideur me convainc de la réalité vainement fuyante de ma solitude.

Parfois, j'ai envie de les blâmer, de bord en bord, pour tous ces songes déchirés de mes ongles sales d'enfant ensauvagée par leurs mots rêches et leurs maux doux. J'ai peur d'être réellement celle qui a jetée l'ancre en mer tourmentée, versée l'encre dans mes yeux d'enfant, bel en bien, d'un bord à l'autre, et même en diagonales. En trois dimensions, tiens, caliss!

Qu'y a-t-il à comprendre dans la mort graduelle et cruelle d'une âme juvénile? Rien. Que quelques larmes à pleurer sur les plaines vierges de sa sagesse guillotinée, une poussière de temps au coin de l’œil de ceux qui devront continuer à vieillir, et puis, hop hop hop, à la gare, à la gare, on ne perd pas de temps! L'usine à existence nous attend, avec ses complets cravates tachés de la suie de notre douleur, sa machinerie bruyante de cœurs qui se font broyer sous les engrenages du temps. Avec sa grise pollution psychique qui m'a taché si tôt.
Oh, passez votre deuil de mes sourires aussi rapidement qu'il aura oublié les étincelles du jeune bonheur qu'il a fait germé dans mes yeux, que je puisse m'effacer sans remords.
Tu sais, ne t'en fais pas, j'ai sûrement déjà trépassé, dès ma naissance, si ça se trouve, dès les premières fleurs du mal qui ont poussées dans la terre meuble de mes rêves d'enfant. Les champs de mon bonheur ont probablement toujours été laissés en jachère, de peur qu'ils ne soient trop vite épuisés, dévorés par mes neurones affamées. Alors on a préféré cultiver le talent en restant avec des techniques archaïques dont la rouille a lentement miné les engrenages de ma progression générale. La nation se meurt à présent et l'hiver gèle les sols si vite qu'il est trop tard pour atteler les bêtes.
(Ou alors, y'a des criquets pèlerins à quelque part dans mon cerveau.)
J'ai déjà froid.


A tant vouloir connaître on ne connaît plus rien
Ce qui me plaît chez toi c'est ce que j'imagine
A la pointe d'un geste au secours de ma main
A ta bouche inventée au-delà de l'indigne
Dans ces rues de la nuit avec mes yeux masqués
Ton Style, Léo Ferré

1 commentaire:

  1. "Je vous observe depuis longtemps. Il n'y a que face à l'horreur que vous montrez vraiment la noblesse qui est en vous. Et vous êtes capables de tant de noblesse... Donc, je vais faire naître la souffrance, je vais faire naître l'horreur... Afin que vous puissiez vous élevez au dessus."

    Je ne sais pourquoi, ça m'y a fait penser.

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