lundi 10 octobre 2011

Society, crazy indeed... I hope you're not lonely, without me...


Je me demande si parfois, tu t'en fais pour moi, à l'autre bout de cette ville cosmopolite qui a été témoin de nos déboires légers et de nos rires amoureux... La réalité et mon besoin de toi me semblent deux entités qui s'éloignent doucement sur des chemins antagonistes. Et je devrais presser le pas pour attrapper les doigts laissés à l'abandon d'un de ces deux géants de conséquences? Je n'en ai pas la force. Je me contenterai de les regarder s'effacer sur le fil de l'horizon, torturée par cette indécision qui gèle les perles d'émotions nées contre mes paupières fermées, comme le vent frais chantant le froid prochain dans les doigts tendus bientôt nus des peupliers.
Je n'ai qu'une envie: m'effacer. Me perdre dans ces envollées impressionnistes de feuilles aux couleurs chaudes et déjà mortes, dans ces danses de papiers de soie rouge incarnat qui m'aveuglent et m'émerveillent, se détachant des arbres et virevoletant au gré du vent, perdues à quelques kilomètres du brouhaha des mégalopoles desquelles je me saoulais autrefois...
Je pense encore à toi, perdue entre les souches des boulots et des peupliers, des épinettes et des denses connifères. Je te vois, toi et tes manies, et je n'ai pas encore l'impression que ces clichés sont partis pour de bon, que jamais je ne pourrai effleurer ton coeur de mes mots anodins, ton corps de mes lèvres tremblantes. Que jamais ce tumulte qui m'assaille la tête, me fait gémir sous les coups du destin, ne pourra de nouveau être cessé par la protection futile de tes bras.
Je n'ose plus demander la chaleur humaine de tes mots pour me protéger du givre de mes émotions, et lentement, je me sens périr à l'approche imminente du froid. Les triangles d'outardes, le vent qui fait frémir les feuilles couleur safran, les couchers de soleil rouge quand, en voiture, je regagne à contrecoeur la cage thoracique de la pollution humaine... Tous indices de cette saison figée dans le gel que je ne saurai pas affronter sans quelques étincelles sentimentales pour me guider dans son immobilité lunaire.
Montréal, belle géante de métal et de béton, je me perd à présent dans ta grandeur. Je reconnais tes rues mais pas les visages qui les peuplent; je suis témoin de ta beauté mais ne m'y attarde plus jusqu'aux broderies de rouille des bouches d'égoût et aux pleures des canniveaux. J'ai oublié comment me retrouver dans tes dédalles, comment acheter un café le matin, pressée par un horaire chargé, comment débourser quelques sous pour des breloques aux sorties des bouches brûlantes de métros populeux... J'ai oublié comment vivre de stabilité et d'aisance, comment accepter de m'attacher à l'éphémère des paysages émotionnels que m'inspirent les Hommes et des tableaux urbains. Je suis étrangère à tout: à mes songes égarés se perdant dans les volutes des cigarettes du Plateau, à Sainte-Catherine la survoltée, encore éveillée au creux de la nuit, aux feus de circulation rythmant la valse des hommes d'affaire place Bonaventure... Même au murmure ténu de la rivière des Prairies qui contourne l'île, dans ce parc près de chez moi. Je ne reconnais que l'Automne, triste, mélancholique, annonciateur poétique de la fin de l'été. De la fin de notre été.
Mon amour, j'ai oublié comment vivre seule et ne pas en mourir.

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