mardi 18 octobre 2011

La valse sentimentale.


J'ai l'angoisse coincée dans la gorge, elle m'empêche de respirer, elle m'aspire de l'intérieur et j'ai peur de voir s'évanouir sans un amer sourire d'adieu tous mes rêves mis dans les stylos billes crissant contre les pages de ma réussite éphémère.
Je ne suis pas assez. Danses sur le feu, Maria. Il faut que je me compresse plus loin, que je me comprime dans mon moule de l'idéal qui parade et me nargue, que je presse hors de mes entrailles bouillant de douleur quelques gouttes -seulement une ou deux s'il le faut, oh, seulement quelques gouttes!- du nectar de la perfection...
J'en pleure, tellement souvent dorénavant, que je ne comprend plus... 4 heures, je rentre, je m'assoie, je me force, m'éreinte. Mon poignet me tenaillait, et dans la faiblesse de mes os, de mon corps étriqué par les coupes que j'inflige à mon alimentation, je ne parvenais à voir que ma médiocrité latente, qui menace à tout moment de poindre, visible au monde...
Je suis épouvantée à l'idée que cette fillette meurtrie, borgne, dégoûtante à voir (tellement que vous détourneriez les yeux), soit dévoilée derrière le papier peint de ma maturité adulescente... Elle est là, et elle attend, derrière les murs de ma cloison mentale, elle tape de ses mains sales contre les cavités de ma tête, tentant de se faire entendre...
Vous partiriez. Vous partiriez tous, si vous la voyiez.
Elle était morte, et elle a ressuscité avec ton départ. Berri-UQAM, heure de pointe, comme je savais d'avance que tu ne me tenais plus la main, elle était là, debout dans son cercueil, à pousser aussi fort qu'elle pouvait des larmes faibles et pathétiques hors de mes yeux fermés. Je suis rentrée dans le taxi, et j'étais redevenue, pour quelques secondes, ce monstre innommable. Mets la dans une boîte humaine. Je l'ai caché dans mon squelette, pour quelques temps qui sont devenues des années. Tu m'avais donné la confiance de la forcer à fermer les yeux, c'est fini, maintenant, on a plus besoin de toi, et elle s'y était pliée, peut-être parce que j'y croyais, pour une fois, à son inutilité, et bien, tu es parti trop tôt. Je suis morte, je suis morte, je suis morte.
Je ne lui laisse de répits que quand je suis seule. Et alors, je pleure, je pleure, comme une enfant, cassante, déficiente, vaincue, je me recroqueville en boule et je redeviens la gamine appeurée, celle de je ne sais quel âge, celle qui n'avait déjà plus de rêves, celle qui n'avait aucun avenir, son petit crâne de porcelaine fêlé avant même d'avoir été sorti de la boîte. Est-ce les mains, les lames ou les assiettes vides? Je n'en ai aucune idée. Mais quelque part, dans mon inconscient, parfois, des scénettes se matérialisent et je ne sais même plus si elles sont pantins de mon imagination ou souvenirs à consumer.
Je suis redevenue folle, mon amour.

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire