jeudi 13 octobre 2011

Baby's got a temper


« 11:00 A.M. Mal de coeur. Meurtrissures. Vomissements. Tu me manques. J'ai un cosmos qui prend de l'expansion au creux de ma tête et qui ne sera pas joli pour tous les enfants qui y naîtrons, dans quelques milliards d'années lumières.
11:30 A.M. Bois à même la peinte de lait. Ouvre le journal, passe les vingt premières pages pour arriver à la section Internationale. Deux employés de MSF enlevées à Dadaab. Forte radioactivité dans une rue de Tokyo. Une professeure française s'immole par le feu. Ferme le journal.
Fredonne des comptines d'enfant à demi enfouies sous les ruines des quatre lettres du Styx, (nous): Alysson sonne, sonne...
Sirote un café. Noir. Mes songes, je veux dire.
Pillule orange lilliputienne. Retourne me coucher.
4:30 P.M. Me réveille. Daigne soulever les paupières, lentement, lentement. Me retourne légèrement, pour vérifier si ce vide est simplement mental. "Y'est pas là ton fantôme, nenon." Ferme les yeux. Larmes coulent muettement dans le décor monochrome, barbiturique.
5:00 P.M. You are not the content of your wallet.
5:45 P.M. Me délecte d'un bol de céréales lestées du lait laissé sur le comptoir déserté (la ruche est vide. Un spectre erre parmi le désert d'âme). Me pèse. 105 livres.
6:00 P.M. Observe mon squelette saillant quand me désabille pour entrer dans la douche. Chaire de poule hérissée sur le corps. Poulet, poulet, pissoue. Sous l'eau. Ferme les yeux très fort, trop fort (savon qui glisse dans ces plis de peau qui se forment aux lisières du nez, aux commissures des paupières). Retiens mon souffle (ne le laisses pas tomber). Respire des gouttes. Lave mes cheveux hirsutes, qui entravent le drain de métal rouillé, borgborigmes dégoûtants et sourires dégoûtés (1er de l'après-midi). Rasoir accoté contre la peau, puis, jambes douces et sèches comme des déserts de sel.
6:30 P.M. Me serre une grande coupe de vin, à ras-bord, et lèche les coulées bourgognes qui descendent lentement contre les courbes lascives de la transparence. Le sang de l'alcool coule dans ma gorge.
6:40 P.M. Serviette autour du corps, déambule dans ma chambre microscopique en soulevant toutes les pièces de vêtement qui jonchent le sol. Pas beau, pas beau, pas beau, potable, zut, taché. Ajuste soutien-gorge et culotte de dentelle rouge. Enfile une robe de salope, des collants troués, une veste de cuir et des bottes noires qui font clap clap quand on va marcher sur les pavés du Vieux Montréal.
7:00 P.M. Me sert un verre de cognac, en prend trois grandes lampées, et peut-être une autre, oops le verre est vide quel dommage. M'en resserre.
7:15 P.M. Badigeonne de mascara charbon ces cils longs et recourbés qui ont fait tes compliments, barbouille de khol les extrémités de mes paupières (regard de prostituée démente), peinture de rouge grenat ces lèvres desquelles tu t'es délecté, et leur promet une amnésie des moins efficaces avec le premier venu.
7:30 P.M. Un autre verre. De quoi ? M'en fout! Un ramassis de tout.
7:31 P.M. Galimatias, quel joli mot!
9:00 P.M. En retard, il faut partir!
9:02 P.M. Une autre gorgée, avant le grand départ! Glouglouglou.
9:05 P.M. En retard, il faut partir! Trébuche dans le tapis. Relève à demi la tête en rigolant, regarde dans le miroir la forme bringbalande, silhouette de fils de verre étirés jusqu'à la transparence dégoutante de ses organes : j'ai l'air d'un génocide. Souris. Parfait. Claque la porte.
9:30 P.M. Autobus troubles, minois déformés en masques fondus d'expressions grotesques. S'esclaffe toute seule.
9:50 P.M. Rencontre des gens desquelles j'ai rien à foutre pour pouvoir se défoncer en toute légitimité. Salut, salut, ça va, oui toi, j'ai entendu parlé pour monsieur, ah oui t'en fais pas, non mais ça va, oui oui j'ai perdu dix livres en une semaine j'économise en nourriture pour dilapider mes ressources en alcool et en drogue sans blague je me porte mieux que jamais. Silence embarassé. Je ris.
10:00 P.M. Shots. Shots. Shots. Shots. Shots. Shots. Shots.
10:10 P.M. Je transpire mon existence. Avec un peu de chance, j'évacuerai le souvenir de ta peau à travers mes pores qui expirent l'énergie du désespoir.
10:30 P.M. Caller mon drink, et celui de la fille aux cheveux blonds qui tripote son meilleur ami (oui oui, tu peux le prendre, hihihihihi arrête!).
10:32 P.M. "La vie est belle, tu trouves pas?" "Non, elle est moche, c'est juste qu'on la travestis." "Ah bon."
10:45 P.M. Qui c'est celui là? Pas grave!
11:00 P.M. Shots, shots, shots, shots! Combien ? Seul Dieu le sait (ben non il est mort).
11:15 P.M. Je t'aime.
11:30 P.M. Dance and numb the pain away. Smack.
11:50 P.M. Caliss, tu me manques.
11:40 P.M. "Tu veux aller ailleurs?"
12:00 P.M. Genre, vraiment BEAUCOUP.
12:30 P.M. Respirations en fonction exponentielle, friction inutile, franchement lassante. La banquette de son char est pas confortable.
12:40 "On retourne tu se faire des shots?" "Ok."
Trou dans la peau des mémoires.
11: A.M. »

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