jeudi 27 octobre 2011

Thistle and Weeds


Le problème n'est pas dans ton départ; il est dans mon être.
Je suis fucked de l'intérieur. Incapable d'être heureuse.
Par hasard, tu m'as donné quelques miettes d'éternité avec un sourire.
Mais me revoilà, véritable, les larmes aux yeux, les lames à la peau.

mercredi 26 octobre 2011

And I'm on my knees, and your faith in shreds, it seems

Je ne sais plus où chercher la beauté.Aveugle, j'erre dans les confins de ces heures noires que j'avais cru avoir maculé des paillettes du bonheur.
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Mourons. De tant d'horreurs qu'un trépas me délivre.
Est-ce un malheur si grand que de cesser de vivre ?
La mort aux malheureux ne cause point d'effroi.
Je ne crains que le nom que je laisse après moi.
_______________________Phèdre, Racine
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mardi 25 octobre 2011

Notre-Dame de Paris


Les arches des cathédrales de nos amours se sont écrasés sous le poids du temps et des obligations; ces horloges qui filent et le doute qui gruge chaque fondation du coeur ont minés mon espoir de ton retour, lancinant, dérangeant, torturant, et je souhaiterais presque avoir été agenouillée sous les plafonds charitables de notre relation lorsque tu l'as abattu du souffle de ton départ.
Dans le creux des ruines, peut-être crois-je entendre les échos perdus des chants louangeant mon bonheur trépassé, ou est-ce ma folie qui susurre ses symphonies univocales dans l'attente inutile de la réponse de ta voix ? J'ai perdu dans ces décombres la futile confiance en ma valeur. Il ne me sert à rien d'écumer mes pleurs pour y rechercher bribes d'assurance: je n'en valu jamais le coup, je n'ai fait que me projeter illusions et m'orner de fausses perles d'allégresse.
J'ai perçu à tord un signe de ton attachement dans la lumière d'espérance traversant les vitraux de ton coeur et illuminant de leur lueur les lieux de mon culte. J'ai cru déceller dans les couleurs des fondations l'intensité de ton émoi alors qu'elle ne disaient en fait que la vivacité, la vigeur de ma propre dilection, puisque je suis celle qui a coulé les rayons dans ces tableaux de verre.
Les fresques de cette relation éclaire me semblent à présent n'illustrer que des bribes de mon besoin de toi; je n'y vois plus tes bras, je n'y sens plus ta voix. Que quelques danses vides de mon manque d'affection dont j'ai trouvé les rythmes dans les méandres quotidiens de ton nom.
Ophélie, Ophélie, jumelle de douleur de la littérature, fragile cicatrice étirée dans un corps, comme le malheur a façonné ton coeur pour n'en laisser que les dépouillements d'une amertume qui se falsifie carapace.
Je ne le répète que trop, tu étais la charge suffisante qui créait un équilibre précaire sur la balance de ma saineté, mon bien-être; envolé, voilà que le désarroi pèse plus lourd que tous ces puérils accomplissements qui ne me donnent en somme pas assez d'inspiration vers les pages futures du roman de mon existence pour désirer en achever l'écriture. Où est la plume? Elle doit s'être enfuie avec tes soupirs et ne me laisse pour écrire que les traits grossiers de mes empreintes digitales, qui ne réussit en rien à traduire le poétisme minimaliste de mon déclin.
Je ne suis que voyelles incohérentes.
Je ne suis plus curieuse de mon avenir. J'aimerais, vraiment, y voir les perspectives auréolées de jours plus nacrés, mais je n'y trouve que la teinte neutre d'un gris de nuages ne délestant pas leurs larmes contre les pavés fatigués des villes centenaires. Même les édifices s'affaiblissent; ils gémissent en des craquements de métal le poids de leurs obligations.
Ces cités de verre dans lesquelles on se perd, elles sont aussi fragiles que nos consciences.
Âmes de souffre, vous vous embrasez à la moindre étincelle en nuages de passion qui impressionnent par leur preste beauté si vite dévorée par l'atmosphère, sans souhaiter imposer aux consciences un souvenir plus durable qu'une seconde de micro étoile. On vous oublie si vite, une fois la chaleur passée... Consciences d'allumettes, ne vous laissez pas flamber dans la nuit noire par désir de donner une quelconque fièvre aux solitudes lunaires.
Nous sommes tous dédiés à être oubliés, et même ces mots seront bien vite vidés de toute valeur ultérieure.

samedi 22 octobre 2011

Nevermind, I'll find someone like you; I wish nothing but the best for you...


Ces songes, commémorations des preuves trépassées de ton attachement, qui se confondent avant de se fondre aux ruisseaux de ma souffrance, ne tarriront jamais la source de cette douleur diffuse.
Les pâturages de ma folie, champs laissés en jachère grâce à l'assurance que tu m'as prêté, ont vu naître de leurs sols humides de mes larmes des bourgeons de douces morts sentimentales. Ces fleurs d'affliction sont d'une pigmentation d'un lavis de perles de chagrin, allant du nacré à l'indigo, dont la couleur ne laisserait personne totalement indifférent, surtout en sachant que l'intensité de leur teinte provient de la pigmentation de mes veines. Je t'offrirais les bouquets de mes maux en mots tressés pour être plus prestement avalés, si je n'avais peur de les voir abandonnés dans les corbeilles de ton détachement repentant, l'émotion que j'ai prêté à leur confection fanée sous l'ardeur de ton apathie.
Je me sens si seule, perdue dans les limbes de cet attachement trompeur qui m'a trahi dans mon désir de rétablissement de ma conscience fatiguée d'ériger forteresses, rambardes contre les gifles d'un destin prédestiné à l'échec... Je ne suis capable de me voir que dans un paysage nu d'élancement psychique, et tous ceux qui se tenaient à mes côtés sont soudainement à des milles plus loin, chacun torturés par leurs propres maux, tant que je ne peux leur en vouloir de ne pas pouvoir me retenir de tomber, face contre terre. Paupières égratignées. Ma vision d'un bonheur potentiel et mutuel fut lacérée, une demi seconde après avoir ouvert les yeux sur la beauté de ce qui paraissait comme l'espoir d'une réalité.
Je me dis parfois que je souhaiterais lire au fond de tes prunelles la souffrance crue de mon absence. C'est un rêve égoïste étant donné l'inflexibilité de ta décision de me tenir loin de ce galimatias de tes problèmes emmêlés dans les circonstances aléatoires, oh combien maudites, de l'existence semi parfaite qui aurait pu se dérouler sous mes yeux; ce serait désirer ta douleur simplement pour que tu partages la mienne de te savoir si loin.
Tellement, tellement loin... Je crois entendre ta voix quand ce n'est que l'écho de mes appels apeurés dans les caves de ma solitude exigue.
...Mais je t'aime tellement, que je ne peux même pas me dire que je préférerais te voir aussi abattu que moi. Si, si ça pouvait me ramener ta chaleur et dilluer un peu les temps amers où, pour la première fois, la morsure de l'auto-trahison te brûle la langue. Mais j'ai tellement peur de ton indifférence, elle gèle tout désir de m'en sortir, coince les mots empreints de félicité qui pourraient s'enchainer pour créer colliers auditifs de reconnaissances, et tord hors de mes paupières verouillées des gouttes d'acide qui corrodent le peu de bien-être qu'il pourrait me rester.
Je m'ennuie de l'empreinte de tes lèvres contre ma nuque, du sceau translucide de ton attachement apposé contre mon front, de cette lente délicatesse dans tes baisers dont j'étais parvenue à ne pas craindre l'éphémère... Ta bouche, garante de douces voyelles, forteresses de ma force, étreinte amoureuse de quiétude contenant les trésors de tes mots... Ta bouche, détentrice de mes bonheurs déchus, et dont le mutisme obstiné m'asphyxie, graduellement, oh, d'une lenteur si douloureusement douce...
L'eau de mes larmes qui remplit progressivement mes bronches a remplacé l'oxygène de tes sentiments, et, mon amour, si je puis encore détenir la grâce de t'adonner cette appelation décédée dans tes neurones falsifiées, je n'ai pas la force de me tirer jusqu'à la surface de l'océan profond de mes émotions.

Trois temps d'amour cassés, quelques notes, et tous mes regrets.


Tu m'as assassiné de tes silences lestés d'amnésie de nos belles mémoires trépassées et asséchées sous le dur soleil allogène de tes priorités me tronquant hors de ta vie. Tes grands yeux bleu blanc rouge vides de l'émoi que j'aurais voulu y lire, tes grands yeux bleu blanc rouge et le souvenir de leur caresse douce comme tes draps de la couleur de nos nuits insomniaques.
Plus jamais tes sourires pour autre chose que le ruban des cassettes de réminescences de mes larmes. Plus jamais les plaisanteries légères aux couleurs arc-en-ciel. Plus jamais toi. Esti de caliss de tabarnack de tabarnouche de coluche.
Seriez vous gelés, par hasard? Je me demandais, c'est tout. Pas que vous êtes en train de jouer au soccer dans un sous sol, tous seuls pendant que tout le monde boit en haut, mais tsé.
Et, cher croque-mitaine de mes mémoires floues sur l'ecstasy, pourquoi est-ce qu'on finit toujours par parler d'à quel point on était beaux et pourraient encore l'être, si on s'en donnait la chance? Putain, on se la donne jamais, on se la donnera jamais non plus, les deux, on est fatigués de nos parties de cache-cache. Blasés, blasés, je t'aime toujours un petit peu, mais en ce moment, maudit, je meures de lui, j'ai pas le temps de me souvenir de tes douleurs et de nos mots.
À quoi ça sert d'aimer ? Fuck you, Édith. Love's an excuse to get hurt, and to hurt.
Do you like to hurt, I do, I do, then hurt me!
Le sel sur ma langue, amère morsure de mes sentiments inutiles.

mardi 18 octobre 2011

La valse sentimentale.


J'ai l'angoisse coincée dans la gorge, elle m'empêche de respirer, elle m'aspire de l'intérieur et j'ai peur de voir s'évanouir sans un amer sourire d'adieu tous mes rêves mis dans les stylos billes crissant contre les pages de ma réussite éphémère.
Je ne suis pas assez. Danses sur le feu, Maria. Il faut que je me compresse plus loin, que je me comprime dans mon moule de l'idéal qui parade et me nargue, que je presse hors de mes entrailles bouillant de douleur quelques gouttes -seulement une ou deux s'il le faut, oh, seulement quelques gouttes!- du nectar de la perfection...
J'en pleure, tellement souvent dorénavant, que je ne comprend plus... 4 heures, je rentre, je m'assoie, je me force, m'éreinte. Mon poignet me tenaillait, et dans la faiblesse de mes os, de mon corps étriqué par les coupes que j'inflige à mon alimentation, je ne parvenais à voir que ma médiocrité latente, qui menace à tout moment de poindre, visible au monde...
Je suis épouvantée à l'idée que cette fillette meurtrie, borgne, dégoûtante à voir (tellement que vous détourneriez les yeux), soit dévoilée derrière le papier peint de ma maturité adulescente... Elle est là, et elle attend, derrière les murs de ma cloison mentale, elle tape de ses mains sales contre les cavités de ma tête, tentant de se faire entendre...
Vous partiriez. Vous partiriez tous, si vous la voyiez.
Elle était morte, et elle a ressuscité avec ton départ. Berri-UQAM, heure de pointe, comme je savais d'avance que tu ne me tenais plus la main, elle était là, debout dans son cercueil, à pousser aussi fort qu'elle pouvait des larmes faibles et pathétiques hors de mes yeux fermés. Je suis rentrée dans le taxi, et j'étais redevenue, pour quelques secondes, ce monstre innommable. Mets la dans une boîte humaine. Je l'ai caché dans mon squelette, pour quelques temps qui sont devenues des années. Tu m'avais donné la confiance de la forcer à fermer les yeux, c'est fini, maintenant, on a plus besoin de toi, et elle s'y était pliée, peut-être parce que j'y croyais, pour une fois, à son inutilité, et bien, tu es parti trop tôt. Je suis morte, je suis morte, je suis morte.
Je ne lui laisse de répits que quand je suis seule. Et alors, je pleure, je pleure, comme une enfant, cassante, déficiente, vaincue, je me recroqueville en boule et je redeviens la gamine appeurée, celle de je ne sais quel âge, celle qui n'avait déjà plus de rêves, celle qui n'avait aucun avenir, son petit crâne de porcelaine fêlé avant même d'avoir été sorti de la boîte. Est-ce les mains, les lames ou les assiettes vides? Je n'en ai aucune idée. Mais quelque part, dans mon inconscient, parfois, des scénettes se matérialisent et je ne sais même plus si elles sont pantins de mon imagination ou souvenirs à consumer.
Je suis redevenue folle, mon amour.

Danse sur le feu, Maria


_____________Comment pourrais-je le dire délicatement, sans faire trop peur?
_____________Hum, disons... Je me meure.
_____________Si vite, si tôt, si tard, si triste.


_____________Ce n'est pas si grave, love.
_____________You did everything you could... it's just a pity that it's not enough.

lundi 17 octobre 2011

À tant vouloir connaître, on ne connaît plus rien, ce qui me plaît chez toi c'est ce que j'imagine...


J'ai cueilli ce brin de bruyère
L'automne est morte souviens-t'en
Nous ne nous verrons plus sur terre
Odeur du temps Brin de bruyère
Et souviens-toi que je t'attends
L'Adieu, Guillaume Apollinaire



« Pardonnes-moi, » m'a-t-il murmuré.
Tu n'as donc pas compris? Je ne t'en ai jamais voulu, je n'ai jamais été capable de garder une quelconque rancune contre toi. Pas même pour mon assassinat.

Admires-moi avec de moins beaux yeux, mon fantôme dépecé de mon attachement jamais plus rempli du désir lent de tes bras. J'aurais envie de noyer dans les larmes de tes iris quelques pulsions que j'ai étranglé après ton départ, il y a si longtemps... Il y a si longtemps que tu n'hantes plus mes nuits d'insomnie... Voilà que j'ai peur de te donner le gilet du gibet de mes attachements passé, tu sais, ce manteau de grès que je prête à des êtres desquels je me foues pour désillusionner mon besoin de chaleur humaine... Épiderme de pierre dont la froideur me convainc de la réalité vainement fuyante de ma solitude.

Parfois, j'ai envie de les blâmer, de bord en bord, pour tous ces songes déchirés de mes ongles sales d'enfant ensauvagée par leurs mots rêches et leurs maux doux. J'ai peur d'être réellement celle qui a jetée l'ancre en mer tourmentée, versée l'encre dans mes yeux d'enfant, bel en bien, d'un bord à l'autre, et même en diagonales. En trois dimensions, tiens, caliss!

Qu'y a-t-il à comprendre dans la mort graduelle et cruelle d'une âme juvénile? Rien. Que quelques larmes à pleurer sur les plaines vierges de sa sagesse guillotinée, une poussière de temps au coin de l’œil de ceux qui devront continuer à vieillir, et puis, hop hop hop, à la gare, à la gare, on ne perd pas de temps! L'usine à existence nous attend, avec ses complets cravates tachés de la suie de notre douleur, sa machinerie bruyante de cœurs qui se font broyer sous les engrenages du temps. Avec sa grise pollution psychique qui m'a taché si tôt.
Oh, passez votre deuil de mes sourires aussi rapidement qu'il aura oublié les étincelles du jeune bonheur qu'il a fait germé dans mes yeux, que je puisse m'effacer sans remords.
Tu sais, ne t'en fais pas, j'ai sûrement déjà trépassé, dès ma naissance, si ça se trouve, dès les premières fleurs du mal qui ont poussées dans la terre meuble de mes rêves d'enfant. Les champs de mon bonheur ont probablement toujours été laissés en jachère, de peur qu'ils ne soient trop vite épuisés, dévorés par mes neurones affamées. Alors on a préféré cultiver le talent en restant avec des techniques archaïques dont la rouille a lentement miné les engrenages de ma progression générale. La nation se meurt à présent et l'hiver gèle les sols si vite qu'il est trop tard pour atteler les bêtes.
(Ou alors, y'a des criquets pèlerins à quelque part dans mon cerveau.)
J'ai déjà froid.


A tant vouloir connaître on ne connaît plus rien
Ce qui me plaît chez toi c'est ce que j'imagine
A la pointe d'un geste au secours de ma main
A ta bouche inventée au-delà de l'indigne
Dans ces rues de la nuit avec mes yeux masqués
Ton Style, Léo Ferré

jeudi 13 octobre 2011

Baby's got a temper


« 11:00 A.M. Mal de coeur. Meurtrissures. Vomissements. Tu me manques. J'ai un cosmos qui prend de l'expansion au creux de ma tête et qui ne sera pas joli pour tous les enfants qui y naîtrons, dans quelques milliards d'années lumières.
11:30 A.M. Bois à même la peinte de lait. Ouvre le journal, passe les vingt premières pages pour arriver à la section Internationale. Deux employés de MSF enlevées à Dadaab. Forte radioactivité dans une rue de Tokyo. Une professeure française s'immole par le feu. Ferme le journal.
Fredonne des comptines d'enfant à demi enfouies sous les ruines des quatre lettres du Styx, (nous): Alysson sonne, sonne...
Sirote un café. Noir. Mes songes, je veux dire.
Pillule orange lilliputienne. Retourne me coucher.
4:30 P.M. Me réveille. Daigne soulever les paupières, lentement, lentement. Me retourne légèrement, pour vérifier si ce vide est simplement mental. "Y'est pas là ton fantôme, nenon." Ferme les yeux. Larmes coulent muettement dans le décor monochrome, barbiturique.
5:00 P.M. You are not the content of your wallet.
5:45 P.M. Me délecte d'un bol de céréales lestées du lait laissé sur le comptoir déserté (la ruche est vide. Un spectre erre parmi le désert d'âme). Me pèse. 105 livres.
6:00 P.M. Observe mon squelette saillant quand me désabille pour entrer dans la douche. Chaire de poule hérissée sur le corps. Poulet, poulet, pissoue. Sous l'eau. Ferme les yeux très fort, trop fort (savon qui glisse dans ces plis de peau qui se forment aux lisières du nez, aux commissures des paupières). Retiens mon souffle (ne le laisses pas tomber). Respire des gouttes. Lave mes cheveux hirsutes, qui entravent le drain de métal rouillé, borgborigmes dégoûtants et sourires dégoûtés (1er de l'après-midi). Rasoir accoté contre la peau, puis, jambes douces et sèches comme des déserts de sel.
6:30 P.M. Me serre une grande coupe de vin, à ras-bord, et lèche les coulées bourgognes qui descendent lentement contre les courbes lascives de la transparence. Le sang de l'alcool coule dans ma gorge.
6:40 P.M. Serviette autour du corps, déambule dans ma chambre microscopique en soulevant toutes les pièces de vêtement qui jonchent le sol. Pas beau, pas beau, pas beau, potable, zut, taché. Ajuste soutien-gorge et culotte de dentelle rouge. Enfile une robe de salope, des collants troués, une veste de cuir et des bottes noires qui font clap clap quand on va marcher sur les pavés du Vieux Montréal.
7:00 P.M. Me sert un verre de cognac, en prend trois grandes lampées, et peut-être une autre, oops le verre est vide quel dommage. M'en resserre.
7:15 P.M. Badigeonne de mascara charbon ces cils longs et recourbés qui ont fait tes compliments, barbouille de khol les extrémités de mes paupières (regard de prostituée démente), peinture de rouge grenat ces lèvres desquelles tu t'es délecté, et leur promet une amnésie des moins efficaces avec le premier venu.
7:30 P.M. Un autre verre. De quoi ? M'en fout! Un ramassis de tout.
7:31 P.M. Galimatias, quel joli mot!
9:00 P.M. En retard, il faut partir!
9:02 P.M. Une autre gorgée, avant le grand départ! Glouglouglou.
9:05 P.M. En retard, il faut partir! Trébuche dans le tapis. Relève à demi la tête en rigolant, regarde dans le miroir la forme bringbalande, silhouette de fils de verre étirés jusqu'à la transparence dégoutante de ses organes : j'ai l'air d'un génocide. Souris. Parfait. Claque la porte.
9:30 P.M. Autobus troubles, minois déformés en masques fondus d'expressions grotesques. S'esclaffe toute seule.
9:50 P.M. Rencontre des gens desquelles j'ai rien à foutre pour pouvoir se défoncer en toute légitimité. Salut, salut, ça va, oui toi, j'ai entendu parlé pour monsieur, ah oui t'en fais pas, non mais ça va, oui oui j'ai perdu dix livres en une semaine j'économise en nourriture pour dilapider mes ressources en alcool et en drogue sans blague je me porte mieux que jamais. Silence embarassé. Je ris.
10:00 P.M. Shots. Shots. Shots. Shots. Shots. Shots. Shots.
10:10 P.M. Je transpire mon existence. Avec un peu de chance, j'évacuerai le souvenir de ta peau à travers mes pores qui expirent l'énergie du désespoir.
10:30 P.M. Caller mon drink, et celui de la fille aux cheveux blonds qui tripote son meilleur ami (oui oui, tu peux le prendre, hihihihihi arrête!).
10:32 P.M. "La vie est belle, tu trouves pas?" "Non, elle est moche, c'est juste qu'on la travestis." "Ah bon."
10:45 P.M. Qui c'est celui là? Pas grave!
11:00 P.M. Shots, shots, shots, shots! Combien ? Seul Dieu le sait (ben non il est mort).
11:15 P.M. Je t'aime.
11:30 P.M. Dance and numb the pain away. Smack.
11:50 P.M. Caliss, tu me manques.
11:40 P.M. "Tu veux aller ailleurs?"
12:00 P.M. Genre, vraiment BEAUCOUP.
12:30 P.M. Respirations en fonction exponentielle, friction inutile, franchement lassante. La banquette de son char est pas confortable.
12:40 "On retourne tu se faire des shots?" "Ok."
Trou dans la peau des mémoires.
11: A.M. »

mardi 11 octobre 2011

I'm a firestarter

Quelques mots sur une toile de pixels et me voilà fébrile. Oh, cocaine eyes, comme tu me manques! J'aurais mon existence entière à te détailler pour que tu me pardonnes de ne plus me geler les neurones jusqu'à hypothermie.
Il faut que tu comprennes; j'ai besoin de me défoncer à quelque part, d'emboutir des limites jusqu'à en perdre mon souffle, mon âme, ma vie. Je ressens la nécessité pour exister de me perdre, me dissoudre dans une quelconque forme d'excès, jusqu'à son paroxysme, peu importe son nom, ses conséquences. Je ne suis que débordement, démesure, disproportion, tout cela encanné dans un corps de tiges de verre, côtes saillantes et dos arqué, dentelle noire et regards voilés sous le filtre de cils faussement embarrassés.
Et je me suis lassée de la débauche sans variations, des cheminées à créativité qui épuisaient mon imagination à en consommer si souvent, des goulots, détenteurs de l'amnésie tant recherchée au bout du fil des erreurs de la nuit, des bouches pâteuses et des mains impudiques, de tout ce carnaval de non-sens que je connaissais à présent comme le dos de ma main. Bien sur, on peut toujours se rendre plus loin, partout: my only friend, the end... C'est la mort, de nacre ou de geais, le témoignage final que vraiment, on a franchi tous les portails de la désillusion.
...Mais je pouvais cerner les contours de ma perdition, les sculpter, me retrouver dans son labyrinthe. Alors je me suis lassée, et j'ai passé à autre chose.
Et, étrange comme cela peut paraître, je me suis surmenée à changer; je me suis exténuée dans des notes vertigineuses, dans une droiture exemplaire. Toute cette énergie que je gaspillais autrefois dans mes déboires, j'ai tenté de la canaliser au bout d'un stylo bille. Partout, l'obsession me tiraillait les neurones: dans les salles de classes, dans les transports en commun, dans mon cocon de repos, même jusque dans les recoins de mes rêves, le but rougeoyait, me narguant, menaçant, image de la perfection inatteignable que je me tuais à poursuivre. Objectif lune. On m'avait toujours dit que j'étais d'une intelligence supérieure, eh bien, c'était le moment de concrétiser cette vérité ou d'éventrer le mensonge sur la place publique; il me fallait, non pas me rattraper pour le retard passé, mais dépasser tous les barèmes déjà existants de l'excellence.
J'avais peaufiné l'art de la déchéance, presque à merveille. Tant de belles aspirations d'enfants gâchées dans l'alcool, la drogue, la folie embrasée pour quelques phrases poétiques de l'autre côté du miroir... Bravo, mon enfant. A+ en dégradation.
L'impératif tenait à présent dans cette finalité naïve: être parfaite, d'un point de vue extérieur dumoins. Les notes. Le collège. Les cercles d'amis. Le bien-être. L'apparence. La contenance de la marmite des émotions, en équilibre sur le feu. Surtout, ne pas faire de coup d'éclat. Charmer, inspirer l'assurance en tout temps.
J'ai développé quelques petites manies que j'avais réussi à chasser de mes songes ces dernières années... La magnifique symphonie des ventres creux, par exemple, oh!, écho divin que l'absence de sens dans cette cavité de vaisseaux sanguins charriant ma vie si fragile, lestée de comprimés ergonomiques... Mais, sommes toutes, je crois avoir balancé mes habitudes avec une exactitude atomique qui, comme il se doit, me rendait malade, fiévreuse du désir obnubilant de parvenir à mes fins.
Et tu veux savoir le pire ? Bien sur, je ne pouvais pas maintenir cet équilibre de sainteté jusqu'au bout de mon parcours... Mais j'y ai pris goût. Du bout de la langue d'abord, j'ai apprécié la saveur ténue de l'accomplissement personnel; je me sentais importante, futée, même si jamais tout à fait à la hauteur de mon idéal ("Rentres le ventre, un peu plus... Voilà."). J'ai doucement léché le sucré du profane quotidien; amitiés sans pleurs, nuits sans larmes... Et finalement, coup de grâce, j'ai embrassé ce portrait serein que j'avais jadis dénigré pour sa banalité, son équilibre, justement. Moi, oui, moi, la prêtresse de mauvaises intentions et de paranoïa émotionnelle, j'ai succombé à une relation où on ne se lapidait pas à coup de départs prestes et injustifiés, de dépendances intensifiées de tous types.
J'ai tenté d'être droite, juste, tonique, je te le jure, mais, tôt ou tard, j'étais consciente de devoir recommencer à pencher de l'autre côté de l'outrance. C'est une phase qui me revient toujours, inlassablement, peu importe sa matérialisation. Une tache d'encre dans le journal de mon existence qui m'empêche d'écrire des vers qui ne sont pas confus, à demi lavés dans mes bavures passées. Une taillade sur le vinyle de ma vie, que j'ai scarifié à mon premier faux-pas, peut-être.
Mieux vaut tard que plus tôt, dirait-on; eh bien, je n'ai pas eut le choix. Mon cavalier m'a désarçonné et me voilà seule sur l'échiquier, face à la reine et escortée des tours. Échec, et mat en un coup. Elles me tendent une coupe du venin de ma folie et m'intiment de leur regard condescendant de le caler devant leurs pupilles de granit. Tant qu'à trépasser... I'll race you. J’obtempère. Un souvenir à demi effacé dans la brume de ces aubes que j'ai détaillé sans en garder mémoire.
Je m'en saoule. J'ai encore soif.
Mais d'où puises-je cet appétit de perdition ?
Je ne suis peut-être que l'ébauche de ces personnages qui naissent chaque jour au creux de ma tête, influençables selon les parcelles les plus infimes de sens qui se retrouvent par un procédé de loterie existentielle devant mes pieds nus, hasardeux. Je deviens vulnérable et douce lorsque couvée par un regard attendri, aimant, mais me métamorphose en la démence même dès la seconde où mes émotions dépassent les limites de l'endiguement. Une bouilloire sur le feu qui ne peut être tut que par une autre envolée de caractère. Ça frôle le dédoublement de personnalité.
Ne te l'avais-je pas dis, cocaine eyes ? Il ne faut pas lire mes délires; c'est après avoir parcouru les strophes de mon aliénation qu'on s’aperçoit réellement du danger que je pose pour mon esprit dérangé, mais aussi, graduellement, pour les autres, qui s'attachent et que je flagelle, tentant, entre larmes acides et cris déments, que leurs doigts crispés laissent filer les dernières bribes d'espoir de mon rétablissement.
Dis-moi que les mots sont réverbères.

lundi 10 octobre 2011

Society, crazy indeed... I hope you're not lonely, without me...


Je me demande si parfois, tu t'en fais pour moi, à l'autre bout de cette ville cosmopolite qui a été témoin de nos déboires légers et de nos rires amoureux... La réalité et mon besoin de toi me semblent deux entités qui s'éloignent doucement sur des chemins antagonistes. Et je devrais presser le pas pour attrapper les doigts laissés à l'abandon d'un de ces deux géants de conséquences? Je n'en ai pas la force. Je me contenterai de les regarder s'effacer sur le fil de l'horizon, torturée par cette indécision qui gèle les perles d'émotions nées contre mes paupières fermées, comme le vent frais chantant le froid prochain dans les doigts tendus bientôt nus des peupliers.
Je n'ai qu'une envie: m'effacer. Me perdre dans ces envollées impressionnistes de feuilles aux couleurs chaudes et déjà mortes, dans ces danses de papiers de soie rouge incarnat qui m'aveuglent et m'émerveillent, se détachant des arbres et virevoletant au gré du vent, perdues à quelques kilomètres du brouhaha des mégalopoles desquelles je me saoulais autrefois...
Je pense encore à toi, perdue entre les souches des boulots et des peupliers, des épinettes et des denses connifères. Je te vois, toi et tes manies, et je n'ai pas encore l'impression que ces clichés sont partis pour de bon, que jamais je ne pourrai effleurer ton coeur de mes mots anodins, ton corps de mes lèvres tremblantes. Que jamais ce tumulte qui m'assaille la tête, me fait gémir sous les coups du destin, ne pourra de nouveau être cessé par la protection futile de tes bras.
Je n'ose plus demander la chaleur humaine de tes mots pour me protéger du givre de mes émotions, et lentement, je me sens périr à l'approche imminente du froid. Les triangles d'outardes, le vent qui fait frémir les feuilles couleur safran, les couchers de soleil rouge quand, en voiture, je regagne à contrecoeur la cage thoracique de la pollution humaine... Tous indices de cette saison figée dans le gel que je ne saurai pas affronter sans quelques étincelles sentimentales pour me guider dans son immobilité lunaire.
Montréal, belle géante de métal et de béton, je me perd à présent dans ta grandeur. Je reconnais tes rues mais pas les visages qui les peuplent; je suis témoin de ta beauté mais ne m'y attarde plus jusqu'aux broderies de rouille des bouches d'égoût et aux pleures des canniveaux. J'ai oublié comment me retrouver dans tes dédalles, comment acheter un café le matin, pressée par un horaire chargé, comment débourser quelques sous pour des breloques aux sorties des bouches brûlantes de métros populeux... J'ai oublié comment vivre de stabilité et d'aisance, comment accepter de m'attacher à l'éphémère des paysages émotionnels que m'inspirent les Hommes et des tableaux urbains. Je suis étrangère à tout: à mes songes égarés se perdant dans les volutes des cigarettes du Plateau, à Sainte-Catherine la survoltée, encore éveillée au creux de la nuit, aux feus de circulation rythmant la valse des hommes d'affaire place Bonaventure... Même au murmure ténu de la rivière des Prairies qui contourne l'île, dans ce parc près de chez moi. Je ne reconnais que l'Automne, triste, mélancholique, annonciateur poétique de la fin de l'été. De la fin de notre été.
Mon amour, j'ai oublié comment vivre seule et ne pas en mourir.

mardi 4 octobre 2011

Change my pitch up, smack my bitch up


"Tu crois connaître quelque chose à ma folie ?"

"Où elle puise sa source."



Tous les hommes que j'ai aimé étaient des aimants à perdition, moins un. Et maintenant il est parti, et j'ai envie de me greffer de nouveau à ma démence, pour ressentir son épiderme rêche, papier sablé contre la peau de souvenirs aux mailles douces comme du satin, si douces que je veux les déchirer, n'en faire que lambeaux d'écumes dans lesquels moucher mes maux. Souiller ta belle mémoire, mon amour, ma déchirure, ou plutôt, mon aiguille, ces yeux d'or fondu, de saphirs incandescents... Ah, que de valeurs dans ces mines de confiance que représentent tes iris, que d'espoir de creuser assez loin pour dénicher le trésor de ce qui m'échappe de moi-même... Mais les carrières de l'attachement qu'on peut ressentir pour moi se sont épuisées, trop tôt, ou trop tard pour que je puisse sauver mon espérance, écrasée sous les ruines d'une relation guillotinée. Qu'on sorte la nitroglicérine, qu'on dynamite cette saineté mentale! J'en ai marre, je suis faite pour me foutre en l'air, pas pour croire en l'avenir! Et que ça saute, qu'il y ait des explosions, des tonnerres dans l'écho vide de mon manque mental!

Et moi je crois qu'il n'y a pas de sens à cette existence, que du brouillard dans lequel on se perd, cris, hurlements de foules extatiques sur l'ecstasie, ongles dans la chaire, lèvres contre le verre fendu d'une coupe de vin pourpre, celui de tes veines. Que devrais-je vous expliquer pour comprendre une seconde tous les croque-mitaines qui grandissent et se déforment au creux de mon crâne?

J'ai un appétit pour la destruction, que voulez-vous, peu importe les guitares ou les synthétiseurs dans mes oreilles, j'ai un désir lancinant de me lancer dans le vide, une envie irrévencieuse d'étrangler tous les jours qui se lèvent pour ne rester qu'entre les bras cadavériques des nuits où tout est permis. Ces ténèbres qui m'ont servis d'amantes, ces crépuscules aux teintes nébuleuses où, tirant sur la gorge d'une cigarette, on embrume nos songes de la facticité de nos idées.

J'ai menti. Je les comprend, ces ex-connaissances qui se sont perdues dans le brouillard des tranchées d'étoiles de nuits d'insomnie, d'aubes de perdition. À cinq heures du matin, quand poinde le jour, on oublie l'essence de son nom pour se dilluer dans la futilité de nos existences.