jeudi 15 septembre 2011

Let's just keep, keep singing...



"Une phrase de trop, pourtant écourtée, guillotinée avant qu'elle ne débite trop prestement ses insultes, fut tout ce qu'il fallut pour brusquer le gel instantané de nos deux corps. Tant de tension soudainement réduit à cette fébrilité immobile... Le big bang à nouveau compressé dans un dé à coudre. Une catapulte à la corde tendue, prête à déverser son lot d'insultes.


Un regret amer me collait au palais, un repentir basique engluant ma bouche, empêtrant ma langue de milles excuses inutiles, gommant mes lèvres du filtre visqueux de l'erreur fatale. Ces quelques mots fatidiques étaient partis à la chasse aux ennuis sans crier garre, et bien évidemment, ils avaient trouvés chaussure à leur pied.


Il était écrit explicitement dans les règles du jeu: la guerre ouverte, il n'y avait qu'une phrase qui ne devait pas franchir l'orée de la gorge, un unique paquet de syllabes à proscrire de nos ancéphales, ce n'est pas si dur à appliquer, non? Toutes les méthodes étaient bonnes pour gagner: les coups, les cris, les baisers... Baiser, point. Tous les paris, tous les temps, tous les modes, tous les joueurs, et tant pi si à la fin quelqu'un pleure.


Et je venais d'abdiquer.


Les yeux baissés, me refusant à daigner apercevoir une bribe d'émotion sur ton visage, j'attendais la détente, le choc, la balle entre les yeux. J'avais signé de ma voix tremblante ma demande d'exécution et j'attendais que mon bourreau me tranche la gorge à coup de réplique assassine. Une seule, s'il-vous-plait, ne cassez pas tous les os microscopiques du squelette de calcaire de ma stabilité émotive, qu'un gros shlack, voilà, fini, et laissez mon cadavre exposé à la vue de tous, laissez-moi me faire dévorer par vos opinions abusives...


Et finalement, moi qui osai lever la tête.


Tes yeux, ma boîte de Pandore toute personnelle; mon cachot à maux; la trappe que je n'aurais pas dû déboucler, sous peine d'étouffer sous toutes les atrocités qu'elle me cracherait au visage.


Les millisillons striant tes iris, cadrans à émotions, horloges à haine, s'incrustaient du dédain qui affluait de ton coeur, noyant dans une mer de mépris toute affection que tu eues pu déjà éprouver pour moi, jusqu'à en laver les plus subtiles couleurs d'estime, jusqu'à lessiver le coeur de notre rencontre, le déposséder de sa sympathie, pour ne laisser que cette esquisse de dégoût.


Tu me tournais le dos sans un mot. Ma faute inexpugnable, une prononciation. Sept lettres, toutes petites, toutes insignifiantes, pronom et verbe, une murmure dans le chaos auditif de l'univers qui, par malheur, avait fait vibrer les parois de tes tympans. Un je t'aime signé contrition."

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