dimanche 14 août 2011

And the dream in my head doesn't fade


PREMIÈRE ÉRINNYE: (...) Tu as besoin de nos ongles pour fouiller ta chair, tu as besoin de nos dents pour mordre ta poitrine, tu as besoin de notre amour cannibale pour te détourner de la haine que tu portes, tu as besoin de souffrir dans ton corps pour oublier les souffrances de ton âme.
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ORESTE: Mon amour, c'est vrai, que j'ai tout pris, et je n'ai rien à te donner - que mon crime. Mais c'est un immense présent. Crois-tu qu'il ne pèse pas sur mon âme comme du plomb? Nous étions trop légers, Électre (...).
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"Il sort; les Érinnyes se jettent en hurlant derrière lui."

Les mouches, Jean Paul Sartre

D'abord, ton regard, le plus doux que j'aie vu de toute ma vie. Ton regard: le plus beau sourire du monde.

Petite armoire à coutellerie


Dans ton entêtement à m'avoir plaquée contre ton torse, face à toi, à goûter ton souffle contre ma bouche, à sentir la fièvre qui te démange les muscles, je quête à tâtons un présage flou de ce qui étincelle dans ton crâne, d'un neurotransmetteur à l'autre... Je scrute chacune de tes formulations pour y déceler un sens caché, je mesure chaque portée de tes mouvements afin de chérir leur proximité ou de déplorer leur écart avec mes propres terminaisons nerveuses. Quelle douleur, que de te désirer à ce point et de ne pouvoir te posséder quand tu es si près, si près... Les Inquisiteurs n'avaient rien compris, pardieux.
L'esclandre de mon coeur; un dialecte muet incarné par la chorégraphie fugitive de nos doigts les uns contre les autres, les tiens qui me cherchent, me provoquent, m'attirent, les miens qui t'esquivent, te fuient, t'immobilisent. Notre histoire dans une poignée de main: moi qui tente d'échapper à l'aura magnétique qu'a ton âme décidée à n'obtenir rien d'autre que quelques frottements amusants, alcooliques, altérés.
Et pourtant, il est écrit dans mes mouvements certes lascifs mais se soustrayant à ton ambiguïté calculée un changement subtil, une modification dans mon attitude.
Au fond de ma tête, je t'aurais étouffé en allant cueillir ton souffle au creux même de sa source, j'aurais ratissé le quadrillage ordonné de tes envies et des objectifs, j'aurais foutu dans ton coeur le plus grand bordel qu'il t'aurait été donné de témoigner en t'aimant et en te détestant avec encore plus d'acuité qu'il ne m'en est coutume, et une fois ma besogne accomplie, je t'aurais rayé de ma carte sentimentale et je serais allée me rabibocher le ventricule gauche avec des gens qui ne risquent pas d'éveiller les sismographes de mon corps.
Tu me mets dans tous mes états, chair de poule, sueurs froides, paumes moites, lèvres entrouvertes buvant tes paroles, yeux vitreux dégustant chaque arête de ton profil... Ton cou sent la liberté de l'interdit, à plein nez, une exhalaison enivrante, ardente, qui m'attise les sens et l'envie de l'oubli dans l'amalgame des corps; c'est un parfum dans l'attente duquel je me morfonds, c'est une effluve que je me suis trop souvent piquée au gouffre des veines pour ne pas te supplier de m'accorder sa morsure sulfurique.
À fleur de peau. Quelle belle expression pour décrire un état de fébrilité fragile, quelle formulation si juste, si douce et douloureuse à la fois... Souffrante précisément pour cette demi-mesure, pour ce contact qui n'accorde pas la satiété pour laquelle on se languit. Les pétales fragiles d'une rose qu'on frôle du bout de l'index, qu'on saisit entre son pouce et son majeur en faisant bien attention de ne pas les déchirer, qu'on sent, accotant sa robe pourpre à la bouche, entrouverte, pour les humer, caressant du bout des lèvres ses courbes suaves... Jamais quelqu'un n'enfoncera ses canines dans la coupole à l'apparence de papier de soie d'une fleur; on la lacérerait, et sa beauté se fanerait avant les pans rouges de sa chétive couverture.
Mais si la rose du Petit Prince avait voulu se faire arracher, déchiqueter?
Je ne suis que mauvaise herbe pour les songes, poison pour le corps, parasite pour l'univers, fascination non motivée en trame de fond de tes pensées, alors déchires-moi, s'il-te-plait, déchiquète ma sainteté, consumes la croix (qu'elle ne nous gronde plus de son ombre menaçante pointant le droit chemin), embrase tout ce gâchis émotif et lèches même les cendres, qu'il ne reste pas une parcelle de moi que tu n'aies pas engouffré dans le caveau de tes beaux mots. On ne peut profaner l'inexistant.
Et, heureusement, la mémoire veut retenir les exploits; les déloyautés s'effacent d'elles-mêmes sous le fard douloureux du pardon.

2 commentaires:

  1. Putain de merde. Wow, c'est Beau. Simplement.

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  2. Je crois que nous n'avons pas fini de nous envoyer, retourner des compliments. Ca me fait sourire au coeur de la nuit.

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