samedi 9 juillet 2011

Des armes, et des poètes de service à la gâchette, pour mettre le feu aux dernières cigarettes



La petite fille aux allumettes était une véritable pyromane dans la froideur irrémédiable de ses nuits psychiques.

Une cigarette au coin du bec, l'enfant attendait qu'une portière claque et qu'un monsieur sur qui jeter son mal de vivre lui propose une autre clope, puis des bonbons à lécher, une sucette à faire. Un monsieur aussi sale que son cerveau taché de la poussière d'étoiles qui lui tourbillonnait trop souvent au fond des fosses nasales, un monsieur à détester en pleine légitimité et à adorer en catimini pour les billets verts glissés sous la dentelle, un visage pour cette douleur lancinante lui tiraillant les neurones.

Elle avait tant mal de ne pas pouvoir consacrer à l'instant son eucharistie, tant qu'elle vacillait, tant que ses ongles clivés peinturés de noir s'accrochaient dans les mailles de ses bas résilles.

Comment une fillette se retrouve-t-elle en vulgaires vêtements de pute à faire le trottoir et à attendre son avènement? Lorsque, par mégarde peut-être, elle a décliné toutes les facettes grossières du mot femme en tentant de concrétiser un conte de fées renversé à l'envers.

Elle aimait bien les teintes pastels de ses anciens rêves réels, ceux au creux de couvertures douillettes et chaudes, ceux couchés dans une chambre rose bonbon mobile d'oiseaux et veilleuse d'ivoire, mais la consistance des délires postiches s'avère tellement plus particulière, bosselée, rugueuse, douloureuse quand ils se frottent aux frontières du vrai monde, douce à en rougir... Un noeud coulant de satin ébène qu'on glisse sensuellement contre notre trachée et qu'on sert pour sentir encore plus fort la servitude de notre corps face à cette sensation pratiquement organique de désir d'asphyxie... Juste à point, lorsque nos poumons sont contraints de saper les dernières lames d'oxygène, le dernières larmes d'existence hors de notre trachée comprimée, le noeud se relâche insensiblement, et accorde quelques minutes de souffrante durée qui sont encore plus planantes pour le répit chronométré qu'elles concèdent.

On ne se sauve pas de la mortification fatale lorsqu'on idolâtre les divinités nées de nos excès indélébiles; entrer en contact avec le suprême se coud à l'expérience d'hallucinations à coup de poudre de verre.

Alors elle chassait à présent ses cauchemars au fond des bouteilles de verre remplies de fées, elle déambulait dans les labyrinthes de sa conscience dont les murailles n'apparaissaient qu'une fois les circonférences acidulées engouffrées, elle se perdait dans la prière des DJs de sous-sol miteux où les adeptes prêchent et pêchent, s'illuminait du sacré sauvage des stroboscopes lui découpant le corps de leurs lamelles aux aigres lueurs. Elle avait déniché son propre culte dans le testament de sa perte, et pratiquait sa débauche avec une soif fervente d'exil de ce corps flagellé par un rythme déboîté.

...Elle est morte à l'aurore, le train à conte de fées à moitié pénétré dans le creux du coude, ses yeux bleus du ciel fixant l'infini d'un paradis conventionnel en lequel elle n'avait jamais cru. Six heures du matin, une pipe trop tard, trois petits tours et puis s'en va.


* * *


Où s'est donc dérobé Décembre dans ces cendres d'attachement que ballait le vent? Il me semble que le Printemps a tardé et que Juin ne fait que commencer, alors que le dégel de mes neurones a été pratiquement instantané, quelques journées et puis passé, sans qu'on puisse se consoler de la plus belle des mélancolies, celle de l'immobilité presque tremblante menaçant de casser sous nos pas incertains. Une rivière aux rives brodées de givre sur laquelle on esquisse quelques enjambées avant d'entendre un craquement ténu, celui d'une allumette pour nous éclairer dans la pénombre des nuits d'hiver, et nous voilà sur la rue, à chercher pareil flot de douleur sereine dans la marée de gens qui déambulent sur les boulevards commerciaux des temps nouveaux.

Les Temps Modernes. Des années, quelques millions de secondes de découverte, un rythme exponentielle qui nous a aspiré sans prévenir dans les méandres d'un matérialisme qui ne sait se défaire d'une certaine nostalgie de l'allégresse qu'on avait d'exister pour autre chose que ses PCs, avant que n'explose le moteur des aiguilles des montres, avant que des ailes ne poussent aux Ford T, avant que tu ne m'aimes pas.

J'ai moi aussi, petite fille, besoin de quelques incendies physiques pour me perdre loin de l'encrier morbide de ces crépuscules mentaux où des monstres se dévoilent sous les lames grisâtres des lampadaires urbains, où la vitesse des filaments de lumière s'étirant aux carrefours des autoroutes effraie par sa vivacité. Culte de l'accélération, de la célérité, de la promptitude. Pas le temps d'ériger des statues à ce qui est en train de mourir, nous sommes une société kleenex ordonnée.

Je quémande quelques heures de désordre, de sons trop intenses à me fendiller les tympans, de contacts violents sortis de l'immensité de mon vide. Je demande à me sentir de nouveau médiocre, il me semble que les mots s'enfilaient aisément sur le fil d'or de mes songes écrivains, il me semble que je recueillais autant de larmes que de compliments dans les bassins de douleur dans lesquels je me mirais pour détailler mes cicatrices à ces yeux suivant les pixels de ma plume. Je demande à souffrir pour être belle sur papier!

Bis, bis... Je voudrais être éclaboussée de ton dégoût de moi, encrassée de ton indifférence morbide, souillée de cet univoque désordonné qui emmêle mes songes et empêtre mes mots usuellement si faciles à dompter pour les coucher en de beaux vers sur les feuilles blanches de mes automnes mentaux. Il y a trop longtemps que le monde se meurt au fond de ma tête, quand il bourgeonne selon vos bouches dupliquées.

Crise d'épilepsie de toi, puis catatonie de l'univers entier. Tu as un poids titanesque dans ma perception des murs et des toits, des murmures et des Toi. Des plaines et des voies ferrées, des plaintes et de la voix Ferré. Chaque instant n'est qu'un second moment où, tes traits suspendus au-dessus des scènes qui défilent devant mes yeux comme une épée de Damocles, tu menaces de détruire toute la beauté de cette minute de ta vie par ton absence.

Et ce n'est pas comme si les secondes passées à tes côtés s'avéraient bien plus profitables... Qu'un éventail de sourires hypocrites, de remarques criardes et de discours au détour de ruelles. Mais si je pouvais me shooter ces instants malsains droit au coeur, crois-moi, je frôlerais l'overdose.

Qu'importe la fin selon l'intensité du voyage? Que du fond du caniveau de mes veines s'écoulent tes mots équivoques, que je leur prête une beauté éphémère qui me permettra de durer le temps d'un séjour au pays des merveilles, acide de tes émotions bouillant dans les artères de mon corps qui ne désire que toi, solution basique à l'impromptu de tes baisers. Et que brûle dans ces vaisseaux de nerfs éparpillés dans la cage de mes sentiments le poison de ton factice, le temps d'un au revoir. J'aurai au moins goûté la couleur de ta face cachée, j'aurai léché la saveur d'appartenir et de posséder réellement. Et que se défilent les heures à attendre les feux d'artifice de notre fin, que se dérobe la nano-seconde avant ton dos en contre-jour, que la Faux dévalise le fort de mes souvenirs futurs si je n'ai pu y savourer la douceur de tes yeux.

L'homme au chapeau blond que nuit.



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