vendredi 1 juillet 2011

But not like tonight






J'ai passé les trente minutes les plus anxiogènes depuis une décennie dans un banal véhicule au service de la ville, à me demander en boucle comment j'allais survivre à cette soirée, à me faire assaillir les neurones de spasmes de mon hippocampe rematérialisant devant mes pupilles grandes ouvertes mes mémoires de toi, qui s'enfuient déjà et que j'ai misère à retenir.

Je voudrais les garder pour me souvenir d'autre chose que de l'amer goût sous ma langue qui me colle à l'âme, le souffre collé à mes dents pour me remémorer inlassablement que j'ai touché de trop près l'Enfer, du bout de mes lèvres gercées par les respirations essoufflées, puis à pleine bouche pour ne pas en oublier la saveur.

Trente minutes, bref, à me questionner sans répit. Un seul point d'interrogation qui revenait toujours ("Comment vais-je réussir à passer quelques heures sans flancher?"), et qui s'est graduellement transformé en une certitude fataliste que je ne pouvais me décoller de l'encéphale: je ne réussirai pas à passer quelques heures sans flancher.

Chaque éventualité qui se formait entre mes deux oreilles me ramenait à ton portrait. Au fait que j'aurais bien pu essayer de l'aimer de tout mon coeur, avec toute la force de mon âme, mais que ce n'aurait jamais été les bons traits, jamais la bonne intonation, la bonne insistance... Jamais, point. Je ne pouvais que me représenter un rematch de vingt mois auparavant, où les mots viendraient directement nous empêtrer dans de sales histoires d'investissement émotionnel, et où la mésentente chronique le forcerait finalement à lâcher prise.

J'ai pleuré dans un wagon de métro, putain, j'ai essayé d'essuyer les quelques larmes qui perlaient au coin de mes yeux en songeant à la poudre bronze qui les teinteraient de reflets dorés alors que la dernière chose que je voulais, c'était une illusion de glamour dans ces billes de désespoir et de désoeuvrement.

Dans quoi est-ce que je m'embarque, caliss...

Et puis je suis arrivée. Et je n'ai pas éclaté en sanglot. On s'est lancés dans un flot de conversations, de sorte que je ne pouvais faire autrement que me laisser porter par celui-ci sans me soucier de la hauteur des vagues. J'ai oublié la noyade tant appréhendée, j'ai ignoré les menaces de la tempête. Elle n'existait possiblement même plus; pas là-bas en tout cas. Un cocon de nouvelle vie qu'il m'a expliqué bien en détails et qui est jolie.

Et quand je l'ai embrassé, miracle!, ce n'était pas toi non plus, mais bien lui, peut-être pas avec toute l'envie que je t'ai déjà portée, mais avec une quiétude insoupçonnée, reposante pour les quotidiennes délibérations interminables qui m'assaillent sur ton cas. Et je n'ai pas eu besoin qu'il dégrafe la dentelle pour qu'il me porte un regard, et il n'a pas eut besoin de le faire pour terminer la soirée. Et il ne m'a pas jeté dehors à 5 heures du matin. Miracle, non ?

J'ai oublié, avec toi et tous les autres, ce que ça signifie, le respect. Je ne peux pas vraiment t'en vouloir de toute façon, je n'en mérite pas, j'agis jarretelles et rouge à lèvres grenat, on ne s'aime pas, tralala. Mais parfois, j'aurais eu envie de pressentir autre chose que du mépris sur le bout de ta langue, tu vois. Tes excuses sont lestées d'obligations, et j'ignore s'il s'agit d'un autre masque. Je suis ton lui pour moi, tu es mon elle pour toi.

Le rythme des choses.

Notre rythme, c'est une valse à mille temps grossière, dans un sous-sol où on sent l'apocalypse de l'urgence peser et presser, alors que lui laisse la chamade des coeurs déterminer les pas.

Ainsi donc, je ne pouvais en rien t'imaginer en lui parce que ça n'a rien à voir. Tu me méprises et il m'apprécie, c'est comme ça, les visages ne s'interchangent pas dans ces conditions-là. Ça fait un bien immense, t'as pas idée.

Pas que je crois que ce soit particulièrement moi qu'il veuille... Peut-être bien qu'on est dans la même situation; un beau galimatias de songes trop empêtrés pour qu'on veuille les démêler. Alors on tisse avec un nouveau fil émotionnel une fresque pour cacher le désastre, à deux, avec d'adroites broderies de simplicité et de sourires à demi-mot, en prenant bien soin que l'autre ne s'aperçoive pas que l'ancienne murale n'a pas été détruite dans l'incendie, comme nous le promettons avec une duplication de sincérité effrayante - on se croit un peu, je crois. Et qui sait, on pourra peut-être s'envelopper avec tant d'adresse qu'on oubliera même qu'il y a déjà eu un autre portrait caché derrière le nouveau.

Dans ces conditions-là, je veux bien essayer de tomber amoureuse.

'Pas que tu en aies quelque chose à foutre de toute façon, de l'autre côté du monde...

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