lundi 30 mai 2011

When you leave...


"Dans les clubs, la gêne se dissipe sous l’irréalité des stroboscopes, et le mirage de noirceur entrecoupée de vives couleurs tend à radicaliser des instincts repoussés aux limites. Il y a tant de gens qu’on oublie la foule."
___________________________________50 raisons de vivre et de mourir



Elle savait qu’elle allait venir. Elle revenait toujours, de temps en temps, sans vraiment informer la principale intéressée, mais sans que son arrivée soit imprévisible non plus : avant même que ses pas ne résonnent dans le couloir débouchant sur son appartement, sans que le téléphone rouge vif qui ornait le mur du fond ne vibre impatiemment, elle se doutait, avec un brin d’ennui, qu’elle allait débarquer, faire la conversation, et repartir, aussi vite qu’elle était venue, en léguant une promesse inutile de retour.
Parfois, elle aurait voulu qu’elle ne se repointe pas. Qu’elle ne mette pas en contraste à quel point elles étaient différentes. Cela ne devait pas lui importer à ce point, de réapparaître indéniablement, elle qui avait atteint un quota d’indifférence si parfait face à leur relation, peut-être par le fait que son exil loin de sa jumelle avait été intentionnel, calculé pour ses intérêts, bien qu’apparemment, le deuil relationnel qu’elle s’était imposée eut été terriblement destructeur. Toutes ces complications passées, ces auto-impositions, cette recherche absolue d’équilibre personnel, publiquement affichable et bénéficiaire, elle ne les comprenait pas, et c’était peut-être ça, le problème; elle ne désirait pas la comprendre. La comprendre aurait été considérer sa philosophie d’incapacité de cohésion entre elles utopique.
Parfois, elle lui en voulait d’être heureuse, mais de la jalouser quand même. Non pas qu’elle n’avait elle-même pas une vie enviable : elle ne souhaitait rien de plus que ce qu’elle détenait en ce moment, cette liberté, de pensée, d’émotions, de relations… C’était un nirvana insoupçonné que l’indépendance totale de ce monde du regard duquel elle avait tant souffert. Seulement, c’était une existence si antagoniste à la sienne que le fait qu’elle avait un jour partagée sa source la terrifiait et la plongeait dans des états de contemplation introspective sombres et inconfortables. Les mettre en parallèle lui retirait la moitié de la satisfaction habituellement complète qu’elle détenait au singulier, sans qu’elle ne puisse expliquer pourquoi.
______________________________________Conversation entre deux mois

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