samedi 31 décembre 2011

'Cause nobody loves me, it's true, not like you do

Faster, faster, until the thrill of speed overcomes the fear of death.

Hunter S. Thomson

Cloitrée dans ce scaphandre de chair, je détaille l’océan de mes échecs à travers la vitre de mon mal, sans parvenir à en priser la prison afin d’enfin imbiber les fibres géométriques de mes poumons des particules de noyade dont je rêve, ces cauchemars qui naviguent à mes côtés, m’arrêtent et me narguent, leurs longs doigts enroulés autour de la gorge de métal de ma cellule inébranlable.

Je suis prisonnière de la vie. Enchaînée entre ses passions et les mille et unes raisons de prendre une respiration de plus qu’on essaie de me foutre dans le crâne ; mais, horloge d’orange, ce ne sont pas les leçons qui forgent l’individu, c’est lui qui les brise ou les caresse dans le noir de sa conscience, il décide s’il voudra ponctuer de graffitis tous les coins de rue du centre-ville de sa mégalopole de malheur, ou s’il s’achètera un bonzaï à mettre au coin de son bureau pour se sentir moins seul dans la conformité maladive d’une société tampon.

Je suis folle, plus que vous, moins que tous, papillons au creux du crâne après le « boum » d’un pistolet, cloportes dans les coins de la chambre forte de béton qu’est l’intérieur de ma tête, des insectes, toujours, toujours, « get it out of it ! », tout ce tralala, je ne sais plus ce que je dis, et c’est très bien.

Parce que je me sens encore tellement seule. Parce qu’il y a les doigts contre la peau de papier Saran. Parce qu’il y a les souvenirs qui tissent cette toile d’araignée fatale dans laquelle je m’englue et m’empêtre, ne pars pas, ne pars pas, il reste un dernier numéro au spectacle, c’est le meilleur, on te coupera en deux dans une boîte, ce sera très chouette, tu verras. Il n’y aura pas de convulsions.

Convulsions, yeux révulsés, je ne sais plus, ce qu’il faut faire, ce qu’il ne faut pas, pas à pas, un ouragan entre les parois qui enferment mon encéphale, je le nommerai Emma, mais maintenant, il faut faire le topo de tout ce qu’on a perdu, il faut ramasser les décombres, hop hop hop, on ne perd pas de temps, camarades, pressons le pas, rangeons le temple et les statuettes de plastique, feignons de parler latin et cassons une de ces figurines de la vierge Marie pour y dénicher la poudre d’étoile qui nous fera nous envoler vers le paradis éphémère de l’incertitude chronique.

Nous sommes une génération gaga, gâchée, gaspillée. On tente de grappiller les derniers fragments de sens dans cet univers d’aiguilles alors on se pique par inadvertance et on devient accro à la perdition, peu importe quelle est sa forme.

Tous les monstres de mes songes, que ça s’appellera, une toile avec mon visage traumatisé et qui sort de l’ombre de l’Ouest un verre de lait, un scaphandre, un scarabée, un encrier renversé, une pomme où sera plantée un rasoir esthétique comme dans les films, une femme qui fume, une orchidée blanche et fragile comme la mort, et des monstres, oh, des monstres à la tonne, tous ceux qui grincent entre mes neurones, ceux qui rongent les synapses de valeur qu’il me reste, ceux qui grugent le peu de santé mentale qu’il me reste et qui m’enserre le cerveau dans une camisole de force de mousseline, à la texture si douce que je ne m’aperçoit pas que lentement elle m’étrique. Bientôt, ma cage thoracique flanchera et les os, comme des baguettes chinoises qu’on casse et qui se détachent en milliers d’échardes hérissés contre la peau tendre sous nos ongles, pénétreront ma chaire.

Ses petits poumons roses comme les sucettes qu’il aurait léchées ont été drainés par l’aspirateur des professionnels drogués au Concerta, accros du succès, de la démesure d’effort… Ses petits poumons roses, non pas des petits sacs mais des grappes qui s’enflent et se vident, comme des minuscules branches de raisin, roses, roses, roses, comme la fleur, ça aurait été un nom intéressant, kitsch, mais intéressant à travers des yeux d’instinct de survie… Mais il n’y a pas de nom : « petite bibitte pas de poils », comme elle dit dans Les Bonnes Filles Plantent des Fleurs au Printemps. Et un minuscule cœur qui bat au rythme des saisons en accéléré, une symphonie douce-amère de vitalité qui se dévide hors du corps pour ne pas avoir à prendre en compte toutes les responsabilités de faire naître un bourgeon de servitude et de perte mentale. Je lui donnerais un monstre caché dans sa chaîne d’ADN, il est là, il attend pour te mordre, fais attention, c’est mieux que tu sois au fond d’un caniveau, c’est mieux d’être une tache de sang sur une serviette, tu ne sais pas toutes les souffrances que tu aurais eu à essuyer, cette même débarbouillette n’aurait pas été assez pour absorber toute la douleur que tu aurais dû essuyer… Essuyer, essuyer, toujours, parce qu’avoir mal, c’est liquide, ça te coule entre les doigts, te brûle quand c’est trop chaud, te gèle plus vite quand il fait froid dans tes ventricules… Ah, pi t’existes pas, alors pourquoi un dialogue avec moi-même ? « Pour le plaisir des yeux ».

Il y avait un ogre dans ses mots, souvent ils sourient mais celui-là me regardait avec un air un peu déçu, comme s’il n’était pas satisfait que ce soit moi qui lui servirait de repas, ah, non, pas une petite fée déglinguée, sa baguette magique appartient à quelqu’un d’autre et sa poussière d’étoile se perd en tourbillonnant dans les fosses nasales d’autrui, ah, non, pas de petite enfant maudite, plutôt des salades, plutôt jeuner, ah non, ah non…

Donnes moi le Nord, le Sud, l’Est et l’Ouest, je te retrouverai bien à quelque part, même si j’ai perdu la carte ? Un peu de lumière, je vous en supplie, la nuit noire m’aspire et déjà j’aspire à son étreinte glacée, je me languis de Morlen, aimes moi, aimes moi, juste un tout petit peu pour commencer puis peut-être à pleine bouche. Verse quelques gouttes de vitriol sur ma langue tendue pour recevoir les bonbons de pistolet de ma jeunesse imaginaire, que je m’étouffe un peu, mais pas beaucoup, ou alors un drink d’acide sulfurique, tiens, un peu d’eau de javel pour délaver mes idées noires, allez, percez mon estomac par l’aigreur des fluides, allez, allez. Encore une fois, l’armée passe et il faut forcer le pas.

Des vers vides de sens jaillissent de ma folie ; j’en déduis donc qu’elle est pourrie. Un fruit abandonné fripé comme la vieillesse des jardins de verre de nos existences de papier-carton.

lundi 26 décembre 2011

Bulletproof Love

La petite bourgeoisie.

J'ai laissé mon enfance embrasser la facilité des après-midi d'hiver, à égrener aux fluctuations d'un air d'opéra les heures lentes et douces de nos jeunes années. Mes rêves de gamine ont été découpés dans des froufrous de taffetas rosés ceinturés de souple cuir de jais, j'ai vécu ma juvénilité dans des volants de crêpe de chine, sans ombrage à mes désirs autre que les cumulonimbus de mes songes.
J'ai vécu cette jeunesse d'abord dans les rêves de grandes coutures, de robes de dentelle devant un public s'extasiant de ces reflets d'or sous les feus de l'action. Je ne décelais des visages célèbres peints et poudrés que le reflet du mien, lointain mais accessible, et je puisais du faste train de vie de l'or des privilégiés la promesse sous-entendue d'un bonheur artificiel tant léché qu'il s'amalgamait à la réalité en un tissage d'opulence.
Puis, une craque dans le masque de porcelaine de mes aspirations à la magnificence factice; mon âme, probablement, lentement grugée, maille par maille, par des parasites de mon ADN.
Blablabla, j'ai oublié mon idée en séparant mon texte de deux jours.
L'existence est une pièce de théâtre dont on ne connait pas le genre; qui sait si je déambule sur la scène d'une tragédie, ou si les dernières minutes de ma production dévoileront une tragicomédie? Et quel acteur se souciera des caractéristiques de sa représentation, une fois le velours grenat du rideau le coupant des applaudissements des auditeurs? Dans le noir du révolu de l'exhibition et de l'action, toutes les solitudes ont une teinte semblable. Ainsi, peut-être ne sommes-nous que les marionnettes d'un gigantesque spectacle pour les beaux yeux nappés de mascara d'une intelligentsia qui lève un menton sceptique face à nos boutades et nos trébuchements, qui critiquera le réalisme de nos pleurs et applaudira aux sourires feints de notre jeu.
Après tout, nous commentons nous-mêmes les pièces des autres.

vendredi 23 décembre 2011

Y'a nos hématômes crochus qui nous sauvent


Je t'aime. Bleu marin. Fuschia. Turquoise. Puis, noir de suie.
Je suis amoureuse de ces rues enneigées où les passants anglophones mangent des croissants et des gifles de mistral, ces magasins inconnus qui vendent leurs pulls de cachemire à 200 $ sans y apposer de nom, ces immeubles de brique rouge où je vois un futur futon un peu éventré où pourraient s'échouer quelques personnes en perdition, pour quelques nuits, quelques décennies à perdre notre solitude dans des rêves d'adulescents. Boule de rêve.
Pourquoi maintenant, ce regain de besoin de toi ? Je ne sais pas. Je l'ignore, monsieur. Je sais simplement qu'il y a un vide, immense, béant, qui hurle au fond de ma cage thoracique et dont je n'arrive pas à baillonner les cris pour mieux entendre une possibilité d'espoir de rédemption ailleurs que dans les autres.
Je suis fatiguée de cette dépendance au regard doux comme le papier sablé, je suis lasse, oh, tellement lasse de tout, si vous saviez toutes les faiblesses qui s'entassent dans les décombres de mon estime de moi, vous ne pourriez sourire carnassier (ah, je m'ennuie de lui! D'une manière inusitée, pour la première fois réelle et saine: je m'ennuie de l'ami aux blagues déplacées et des ciroses qui ne se terminent pas dans un parc.), vous ne pourriez plus bouger. La terre serait en gel. Il y a trop de statique entre mes neurones, si vous saviez, si vous saviez... Mais vous ne savez pas. Ou peut-être savez vous, et c'est mille fois pire alors.
Obus mentaux. Du champagne et beaucoup de bulles qui montent à la tête. J'ai envie d'une apocalypse. Maintenant. Apocalypse, now.
Je veux pouvoir encore m'échouer dans tes draps. Je suis pathétique. Pathééééééétique, t'entends, DITES, VOUS ENTENDEZ, À LA FIN?
Je ne me fais confiance pour rien; avant, j'avais un minimum de foi en ma capacité mélusine à m'autodétruire dans les plus beaux feux d'artifices possibles, oh, oui, je vouais des cultes à cette tendance aux hématômes les plus violacés qui témoignaient muettement de la force avec laquelle je me jetais contre les parois de ma vie humaine en espérant en défoncer le garde-fou. Qui sait quel vide m'aurait englouti, passé les murs de béton de mes aspirations? J'espère encore quelques fois, dans le noir, pouvoir pourfendre le ventre creux de cette existence humaine si drabe afin de naître dans un univers en suspension où je n'existerais plus.
Mais je ne peux même plus me rallier à ce talent maudit, à mon étiquette d'aimant à mort, oh, comble de malheur, les occasions n'y sont plus, plus personne ne veut se saouler jusqu'à en vomir ses tripes sur les carrelages sales des centre-villes de Montréal, plus personne ne veut s'enfler les poumons de vapeurs toxiques jusqu'à voir les lumières de la ville passer à travers des clôtures pour venir se nicher entre les corps tièdes et trop près d'êtres de perdition déchus, plus personne ne veut plus en finir avec tout ce merdier. Je ne le veux pas non plus, parce qu'il faut garder la balance durant la session, oh, oui!, il faut avoir un équilibre parfait, notes, relations sociales, alcool les vendredis soirs seulement pour ne pas accaparer nos capacités cérébrales...
Mais c'est les vacances! On peut se péter la gueule! On peut fumer des millions de clopes! On peut encore peut-être oublier nos noms et les belles étreintes qui nous ont fait respirer pendant quelques mois.
J'ai envie de tout de toi, à retardement, quel dommage que j'aie attendu sa langue à lui avant de m'appercevoir que je te voulais toi. J'ai peur de l'affolement des horloges, je suis terrorisée à la pensée de cette course incessante qui lentement efface au gré de ses marées interminables les arrêtes et courbes lascives de ton corps, les grains de beauté particuliers qui ponctuaient les tensions de tes muscles, ces tics nerveux attachants, ces expressions humoristiques et adorables. Je vais tout oublier, tout, tout, tout, jusqu'aux plus belles phrases muettes de tes doigts, et le pire est qu'à un certain point, ça ne me dérangera pas.
Tu me manques, et tu ne le sauras jamais. Je ne sais plus quoi en dire, alors je me tairai pour vos pauvres oreilles mélomanes.

mercredi 21 décembre 2011

Group Four


Perdue, déboussolée, Nord, Sud, Est, Ouest, les vieux démons qui viennent brouiller les cartes, dérouter les aiguilles... Je ne sais pas quelle couleur tu es, quelle teinte t'aimer le mieux, je suis pathétique d'encore avoir ton nom gravé au foie, où, au coeur de mes nuits d'insomnie, je déverse mon émoi pour moins souffrir ton absence.
Everything I loved became everything I lost.
Je l'adore, je l'adore, je l'ai toujours adoré, mais elle me draine de toute mon énergie, parce qu'en ce moment, elle a tout ce que j'avais. Tout ce que j'ai perdu. Je conjugue ma vie au passé simple ou au futur, oh, j'aimerais bien trouver un jour un temps de verbe un tant soi peu relié à exister, maintenant, mais le seul que j'aie un jour réussi à formuler, c'est mourir.
Et pourtant, en ce moment, Dieu que je m'ennuie de la caresse incessante de la Mort... Je voudrais la regarder dans les yeux, encore une fois, pouvoir la détailler, même à travers une vision troublée par les substances inhibées, j'aimerais me perdre, tomber, bas, bas, bas, non pas pour que quelqu'un m'y repêche, mais pour y sombrer.
Je ne sais plus où j'en suis, ce que je veux, si je veux quelque chose en soit... Si je veux continuer à quelque part.
Fuck it, interrupted.

samedi 17 décembre 2011

There's nothing left here to worry about, we're on the ground, we're in the clouds, the world is spinning round...

Vieux textes d'il y a deux ans.
J'ai le vertige de Kundera.


Il était deux fois, une fillette aux iris d'argent liquide; une enfant aux prunelles métalliques pleurant des larmes de fer. Son corps était pâle et chaste, ses songes charbonneux et obscènes. Tous les deux étaient raturés de souvenirs de bonbons jaunes à pistolet et de mains aux longs ongles aimant chatouiller la limite de l'innocence de leurs vas-et-viens qu'il "fallait absolument ne pas glisser aux grands".
J'ai longtemps aimé être animal de foire.
Délicatessen.

- - -

Comment en une si belle journée, soleil, abeille, rires, puis-je me sentir si à part, si brisée, par terre? Je la ressens qui revient, elle veut me manger.
Une journée qui ne concorde pas avec mon apocalypse cérébrale, des vers qui ne traduisent pas à quel point le cancer d'existence me ronge, qui ne racontent en rien à quel point j'aurais besoin que tu me serres dans tes bras, doucement que tu m'embrasses sur la joue, qu'il fasse soleil paisible et que je ne sois pas malade, malade de notre histoire gangrenée de l'âme depuis trop longtemps... L'ancien auditorium est calciné, le ciel, bleu, et la nuit de ma profanation d'enfance, j'avais le coeur en morceaux.
J'ai menti. Je le sais à présent. Je ne m'en sortirai jamais. Je crèverai une belle journée d'été. Je ne vous aurai jamais assez dit à quel point je vous aime. À quel point je vous ai aimé. Fascinée par les foetus et les linceuls, par la vie et la mort, mélomane, anorexique, douloureusement entourée, ne méritant pas tant de mains.
Tu m'en veux, pas vrai? Je veux faire l'amour une dernière fois. Trouves moi pour me serrer l'oubli. Fais-moi croire que je n'embrasserai jamais le pistolet et que tu ne m'oublieras pas.
Je t'aime trop gros, je vous chéris trop borgne.

- - -

On essaie de vivre trop vite. On nait, on grandit, on meurt. Les mioches veulent devenir grands, posséder une bagnole, une valise, porter la cravate, arrêter de manger du macaroni, embrasser leur mère sur la bouche... Ces adolescents veulent fumer toute leur vie, mourir jeune, à 27 ans, fauchés, malheureux et idolâtrés comme tous ces modèles révolus qu'on a promu au rang de bêtes de cirque le pistolet braqué à la tempe dans une cage médiatique.
L'adulte veut se faire passer prestement la bague à l'annulaire par le premier des cons s'il peut lui fournir une villa, quelques vacances au soleil et l'engrosser de gosses qui grandiront en l'admirant avec ses propres yeux.
...Et le septagenaire sermonne l'enfant de ne pas prendre son temps, parce qu'en bout de ligne, il a raturé les éléments cruciaux de son bonheur en croyant que l'échelon supérieur serait le meilleur, que le grade supérieur serait celui du bonheur.
On court, on court, mais vers quoi bordel? On s'enfarge et trébuche dans la tombe et on pleurniche lorsque la faucheuse dépose la première pelletée de terre, scandant qu'on est enterrés vivant, pleurnichant notre si peu d'actions finales. la fosse commune du 21ème siècle, c'est le temps, rien d'autre que les aiguilles d'une horloge qui défilent, affolées, et qu'on regarde les sourcils froncés, prétextant leur ralenti. Mais où ça s'arrête, où est-ce que le cadran se révulse?
(...)
Alors prenez votre temps, parce qu'en bout de ligne, c'est tout ce que vous avez.

- - -

N'oublie pas nos génocides d'émotions, ne renies pas nos baisers inachevés. Oublie ce poétisme barbare de jeunesse calcinée par l'ardeur d'un brasier de mémoires enfantines, déjà il s'effrite et les larmes ne coulent plus. Dégustes la chaire de cette éternité diaphane avant que ne pourrisse aussi crument que ton attachement hélas trop court. Tes maux étaient trop faibles pour diriger mon navire de suie, et la coque s'est éventrée délibérément contre les récifs.
Les horloges s'affolent et les coeur se fanent. Déjà les morts s'embrassent et tu m'oublies de ta langue trop commune. Douce embrassade et baisers au creux des reins.

vendredi 16 décembre 2011

Zombie.

La noblesse, vieille riche dont l'orgueil avait tarrit sa curiosité du monde extérieur, dont la renommée avait tant attendue l'éternel des acclamations à son égard que la poussière l'avait lentement recouverte, femme vétuste qui n'avait pas voulu se lancer dans les excursions hasardeuses du nouveau monde par peur d'y perdre la face ou le Nord, s'était retrouvée devant le portrait décevant de sa décrépitude.
Les joyaux de son époque, quelques lambeaux de terre grapillés et étriqués au gré des révolutions, s'étaient soudain ternis du filtre suranné des trésors perdus, détrôné à l'ordre des hiérarchies de richesses. À sa gorge à la peau s'affaissant pendait un sceau à présent vide de sens, qu'un témoignage de plus de son révolu.
Devant ce reflet pathétique que lui renvoyait la glace, pourtant si fidèle à sa réelle façade fade et désertée de toute source de la beauté juvénile que l'espérance et l'ambition, elle rouspétait, elle refusait. Ces rainures nivelant son front n'étaient pas les manifestations du passage des âges contre sa peau sèche, mais bien les marques d'un miroir strié qu'il faudrait changer; ce teint n'était pas réellement si gris, il était simplement reflété dans une glace teintée; même ces os qu'on voyait poindre sous sa peau mince comme du papier de soie, prête à se fendre sous la pression de la terre, ne prouvaient en rien sa déchéance, simplement la blancheur d'albâtre qu'elle prêtait à sa peau. Néanmoins, elle n'osait ouvrir la bouche, de peur d'y compter ses dents.
Et, la main contre son épaule comme appui pour s'élever, démontrant sans même le savoir sa nouvelle suprématie sous le squelette croulant de son antérieure parenté, la jeune bourgeoisie se penchait pour admirer la beauté de sa domination nouvelle.
Une autre ère s'ouvrait.

mercredi 14 décembre 2011

Traveling I only stop at exits, wondering if I'll stay young and restless living this way I stress less



« Parfois, j’avais vraiment l’impression que ma folie était un autre être humain, une entité à part entière qui partageait simplement la même prison de chaire que moi, que les gens remarquaient des bas-fonds de leur conscience mais qu’ils n’arrivaient pas à identifier spécifiquement.

Je lui avais donné un nom : Ana.

Non seulement existait-elle dans mon crâne, mais elle en venait aussi à être la seule qui me comprenait vraiment. Dans l’immensité de ma douleur, si intense qu’elle virait à une démence étourdissante, impulsive, cette personnalité imaginaire et pourtant pour moi tangible comme une enclume dans la gorge devenait l’unique constante qui perdurait dans les déserts de ma solitude. J’étais liée d’un amour dépendant envers ma folie.
Ana était belle selon un standard esthétique sombre, anti conformiste, que les gens autour de moi n’auraient pas compris – peut-être parce que je ne la comprenais pas totalement moi-même. Elle faisait fleurir des bouquets de mots des confins de la souffrance qu’elle tordait hors de notre âme, trouvait dans les plus taraudantes blessures une lascivité obsédante.

Elle ne me donnait pas de choix, tourmentant, douloureux ; elle faisait. Je ne pouvais jamais vraiment choisir si je la suivais ou non, même si à quelque part, au fond de mon crâne, j’avais toujours conscience que ce qu’elle me faisait accomplir n’était pas pour mon bien.
Mais surtout, elle sublimait toute forme de douleur dans les vapeurs amnésiques d’une intensité trop forte pour être supportable pour ma raison. Et je me jetais corps et âme dans l’étreinte asphyxiante de son oubli temporaire.

Et pourtant, au réveil, elle était toujours disparue. »

Chloé et Ana ©

dimanche 11 décembre 2011

Dissolved girl, Massive Attack

Allez enfouis-moi, passe-moi par dessus tous les bords
Mais reste encore un peu après que même la fin soit terminée
Les Écorchés, Noir Désir
Graves ton nom dans ma peau, griffes-moi jusqu'au sang, plantes moi deux pieux dans le corps, un dans le coeur, l'autre dans les reins, que j'oublie dans cette douleur physique insuportable la souffrance tacite qui mijote sous ma peau, qui siffle et déborde de mes veines comme la vapeur intense d'une bouilloire sur le feu de mes passions.
Je n'ai pas l'énergie pour m'immerger sous l'étude de ces concepts pourtant fascinants, et lorsque je trouve le temps et le courage d'y plonger mes yeux, je ne fais que garder à distance respirable mes songes empêtrés de réflexions trop larges pour les lignes effinées de mes leçons. Je ne sais plus apprendre, faute d'intention; je ne sais que lire à travers les fabriques douces ou rêches de rêves de style des ascensions plus abstraites dans le milieu artistique. Moi qui me suis définie par mon assiduité derrière les bouquins, moi, petit être arithmétique de formules et de lunettes trop larges pour cerveaux trop gonflés, je me découvre au moment crucial plus lunatique que le cancre de Prévert. Je ne suis qu'une multitude de variations d'un rien.
...Mais ce rien est dense, bien dense pour l'espace restreint de la danse des équilibres.
Je n'ai que des portraits artistiques au crâne; des masques d'animaux et des vêtements excentriques, ville lumière et Massive Attack.
Et je ne suis même pas capable de l'écrire.
Fuck it.
Le parlementarisme, t'en dis quoi?

vendredi 2 décembre 2011

« [...] Les vastes forêts se changèrent en campagnes riantes qu'il fallut arroser de la sueur des hommes et dans lesquelles on vit bientôt l'esclavage et la misère germer et croître avec les moissons.
[...] Pour le poète, c'est l'or et l'argent, mais pour le philosophe, ce sont le fer et le blé qui ont civilisé les hommes et perdu le genre humain. »
Discours sur l'origine de l'inégalité, J.-J. Rousseau


L'oratorio de la cupidité

Oratorio (nom masculin singulier): (musique) drame lyrique chanté et accompagné par un orchestre, souvent d'inspiration sacrée, interprété sans décors, ni costumes.

« La liberté des uns s’arrête là où commence celle des autres. »
Alors où un homme usurpe-t-il le droit de faire payer aux autres ses erreurs, de berner des individus, affirmant qu’une cave vide et fragile contient l’or de leur réussite afin qu’ils empilent les blocs de marbre qui obstrue son entrée, créant à leur insu un trône pour l’escroc ? Cette manifestation mille fois observée est-elle restreinte à une catégorie d’êtres, de modèles mentaux, où est-ce simplement une propension de l’homme de tirer le plus d’avantages possibles, d’étendre sa sphère d’influence et d’autorité aussi loin que lui permettent ses moyens?
Si nous en avions la chance, pourrions-nous tous vraiment négliger l'intérêt d'autrui, sans limites, rongeant jusqu'à l'os la viande de notre conscience humaine pour puiser dans le sang de ses dommages collatéraux la force nécessaire à notre futile ascension? Chaque individu, s'il en avait la chance, se découvrirait-il capable de gruger la chair crue de ses semblables jusqu'à ce que ce squelette ne soit plus que poussière égarée au vent, avalée par les ventres de plastique des aspirateurs de notre décadence morale? Et ce monstre anthropophage ne sera-t-il pas forcé à se dévorer lui-même pour persévérer dans cette folie de grandeur, cette nécessité imaginaire de croissance infinie, une fois ses ressources cannibales épuisées?
La pyramide sociale s'affinant à son sommet, nous ne pourrons jamais savoir avec certitude tout le poison que contient chaque cœur d'homme; cela est peut-être une chance. Ce que nous savons, par contre, c'est que quelques pompes à sentiments ont développés - ou sont-ils nés ainsi? - des viscères métalliques.
Je ne crois pas que l'appétit d'une âme puisse trouver satiété dans l'opulence, toute aussi impressionnante soit-elle. La succession des phares éternels des grandes villes, les bulles d'or des bouteilles de champagne à 1000 euros, la compagnie divertissante des beautiful people, les costards et robes de crêpe de Chine, les domestiques, les bureaux en haut de tours de cristal, les jets, toute cette panoplie d'inutilités étiquetées d'un prix – dont on n'espérerait même pas que notre salaire y soit égal un jour – ne sont pas l'issue recherchée. Elles en sont les manifestations, probablement, mais non pas le titre, l’essence.
Le but tient dans la comparaison. L'ambitieux désire la supériorité, le regard envieux de ses semblables. Il fouille dans cette envie sa valeur profonde, il associe l'exclusivité des privilèges qu'il peut se permettre à la preuve d'une véritable suprématie. La qualité de l'âme du cupide tient dans le superlatif, dans sa capacité à dépasser les autres, à contrôler davantage.
Hors, où est la borne dans un domaine aussi subjectif que la comparaison du pouvoir d'un univers mondialisé de 7 milliards d'âmes?
Cependant, dans cette quête éperdue du prochain sommet, l'homme perd une part de son âme: sa compassion, sa sensibilité, sa perception de voir autre chose que l'éclat fascinant de pièces de monnaie. Oh, les hurlements des courtiers de la Bourse sont bien plus doux aux oreilles que la plus belle symphonie de Beethoven, tant que le dernier mouvement se termine par le solo de notre caisse enregistreuse.
En définissant son succès par cet égocentrisme qui se nourrit d'une réussite enfantant les malheurs d'autrui, en se déshumanisant de la sorte, l'homme possède-t-il encore toutes les caractéristiques émotionnelles de son espèce ? Ou isole-t-il tout sentiment hors de sa sphère de narcissisme? Peut-il être heureux, même dans un singulier si restreint ? Peut-on, en tant qu'individu, être heureux lorsque la compétitivité n'a de limite que son propre nom en première place ? En étirant les derniers étages de sa pyramide de Maslow, surplombant les mégalopoles de consciences humaines du haut de la grandeur de son bureau de verre, d'acier et de bois centenaire, n'y-a-t-il pas un certain problème d'ingénierie, du fait qu'on a dû saccager le 3ème niveau pour construire sa supériorité? Je ne vois pas quelle loi antigravitationnelle pourrait empêcher le prisme de s'écrouler, tôt ou tard...
Mais même dans l’optique où la perte de son âme dans ce jeu de serpents et échelles plaqué d'or représente un sacrifice légitime pour l’homme cupide, il y égare également une facette d'autant plus importante, et ce, pour l'individu lui-même: sa place au sein de la société qu'il a floué. Abattre les frontières balisées d'une société de laquelle il désire pourtant un trône pour édifier son pouvoir aux yeux de la populace, c'est anéantir les fondations mêmes de cette société, et, ainsi, signer à plus ou long terme le contrat de son écroulement, en sachant bien que celui-ci sera
aussi publicisé que l'ascension. Que le masque de joyaux composé par temps, efforts et subterfuges a une bombe à retardement qui écartèle lentement ses fibres, sans que jamais elles ne puissent se ressouder. C'est accepter de tomber des cieux, admettre qu'il n'était pas le Dieu dépeint dans les fresques partout exhibées dans ce palais de sel qu'il s'est construit. La marée monte. En faisant s'affaisser le château de carte, à mesure qu'il remarque les fissures s'accumuler dans les bas fonds de son bâtiment, que le plaquage de métaux précieux s'effrite pour exposer la fragilité de ses fondations d’anticipations erronées, il faudrait bien prévoir que, siégeant à la cime de la construction, il sera celui qui tombera le plus bas.
Ils s'en tireront avec des millions dans des paradis fiscaux en laissant des milliers de travailleurs à la rue, trop naïfs pour ne pas avoir cherché outre les miroirs glorifiés qu'on leur a offert. Aberration, j’en conviens. À s'en couper l'appétit. À en gerber. À en crever.
Mais dans leurs dégâts collatéraux, peut-être ont-ils perdu plus que leur société millionnaire; peut-être se sont-ils endettés, à l'instar des chiffres d'affaire falsifiés de leurs monopoles, de plus de raisons de ne pas dormir, même dans leurs draps de satin insolemment onéreux; car cette perte du droit de siéger au parlement des hommes « bons » selon l’opinion publique ne se rachète pas.
Étrangement, c'est cette amertume de l'échec social qui me saute le plus aux yeux en écoutant les délibérations des procès de ces statues de chrysocale. C'est ces honteuses balafres indissociables du portrait médiatisé qu'on retient du monstre derrière ou devant l'homme, cette étiquette de dégoût général, et non l'outrage à la société qu'il laisse derrière lui. C'est cette horrible silhouette borgne qui a faillit à l'humanitarisme et qui marchera dans des les déserts de sel de son offense, en complets fortunés, certes, mais solitaire, esseulé. Les Grecs l'avaient compris; le pire sort pour punir la cupidité ne tient pas dans l'abattement de la lame d'un couteau, mais bien dans l'ostracisme. Le criminel a pavé la voie de son départ de ses erreurs, a fortifié les railles de sa trajectoire par son dénigrement de l'égalité uniforme.
Oh, tous ces Narcisses trop axés vers leur obsession de fortune se retrouveront inévitablement seuls, désormais incapables de retirer du monde leur combustible à égo : le regard des autres.




Pour comprendre d'où vient ce discours interminable sur la cupidité humaine, regardez:

lundi 28 novembre 2011

'Cause when I got a taste of you, I found something I could sink my teeth into


Nous sommes tous des enfants martyrisés par nos propres consciences, condamnés par un tribunal présidé par leurs peurs falsifiées de ce qu'ils pourraient être.
Oh, bien sur, on trouve moyen de se travestir pour paraître réellement plus mature, certainement, certainement... On s'habille en adulte, troquant le coton bon marché des larges soutifs pour la douce dentelle des défilés, étouffant cette pomme d'Adam à peine affirmée d'un noeud de cravate (satin et dentelle... des nuits blanches comme la peau fragile du bas d'un ventre) ; on apprend les bonnes tournures de phrases, on se fait enseigner comment tresser des idées pour qu'elles aient l'air réfléchies et bien convenables. Incomplet.
Est-ce cela, grandir, vraiment? Est-ce cela, être mature, adulte? On a encore peur des monstres - ceux qui dégraphent trop prestement les soutien-gorges, ceux qui embrassent dans le cou avec une intensité qui ne fait que soulever hauts-le-coeur et lames, ceux qui violentent dans les métros, oh, tous ces monstres aux masques insaisissables jusqu'à ce que leurs bouches peintures crachent leurs mots; on est encore terrorisé de l'échec de ces phrases, on les sens tordues, inconfortables, et même celles qui sont si joliement tissées qu'on est capable de percevoir leur beauté nous semblent fausses, menteuses, MENTEUSES, qu'elles crient, fâchées... Incomplet.
Vers sans fin, nuit sans lune, comme j'ai déjà dis.
"Je vais me faire tellement mal."
Je ne sais pas ce qui était horrible de cette phrase, répétée, je crois. Soit les souvenirs de mes autodafés personnelles, soit la constatation horrible que lorsque je suis en mode autodestruction, je ne tente en aucun cas de me sauver d'une quelconque douleur; je ne veux en rien dédramatiser les drames mentaux d'autres. Ils sont probablement bien pires que les miens, je l'en conviens, puisque je retire une certaine satisfaction (certe momentanée) à me voir flamber. Mais je m'apperçois de ma propension au délir dévastateur et je ne peux qu'être effrayée de la facileté avec laquelle je glisse si prestement dans l'excès frénétiquement mortel.
Quand je deviens elle, je me veux les os brisés, les muscles déchirés, les larmes déferlant sans pouvoir laver le corps ensanglanté de celle que je fus. Que je fus, que je suis ? Je n'en sais rien. C'est si confu, tordu, j'en perd mes mots, pour ne rester qu'avec une trame de son de guitares déchirant les tympans jusqu'au paroxysme de l'oubli musical. Ou de voix démentes.
Douce symphonie de déchéance humaine.

mardi 22 novembre 2011

You and who's army ?



« Ce hasard, ce hasard fortuit qui réduit l'équilibre de notre existence à la mince couche de givre qui borde le tumulte d'une rivière lors des premiers jours de décembre, qui si promptement fait chavirer la constance de nos émotions en un chaos insoutenable... Ce hasard fortuit qui rend la vie si magnifique, si insupportable.


Les étoiles de ses yeux ont dégringolées, engouffrées dans un vide soudainement si dense qu'il avalait tout de son visage, l'entièreté de son être en une grande goulée de douleur subite; son mal dévorait ses traits jusqu'à n'en laisser que l'empreinte vide d'expression de quelqu'un aveugle d'en avoir trop vu, paralysé par un chaos trop turbulent. Ses pupilles semblaient prendre expansion dans ses yeux comme un épais papier à lettre boit l'encre renversée contre sa peau aux larges pores, alors que le reste de sa figure ne tremblait même pas de son souffle coupé au vol. Elle était paralysée, ses joues immobiles et blêmes comme la glace des pommettes d'une poupée de porcelaine, ses cils semblant peints au trainard tant ils étiraient l'ébahissement brisé de ses prunelles, sa bouche entrouverte ne laissant pas s'échapper un cri qui restait prisonnier de la cavité de son palais, résonnant muettement contre ses dents...
Et comme les secours inondaient la rue du sang des lumières de leurs sirènes rotatives, cette rue sombre comme la suif malgré les lampadaires et enseignes aux violents éclats baignant la chaussée, comme les formes floues des spectres de l'univers duquel elle se détachait graduellement se ruaient sur le corps encore tiède contre le bitum froid, elle demeurait figée dans son apoplexie sentimentale, sombrant lentement dans l'abîme du choc nerveux qui se déployait à retardement dans son esprit. Les silhouettes indistinctes de spécialistes bourdonnaient, essaim venus tenter d'arracher quelques souffles souffrants aux poumons de la carcasse humaine qui jonchait le sol, et le trottoir se teignait lentement d'une sinistre flaque de vie pratiquement noire, souillant les habits blancs des affairés d'un lugubre lavis pourpre.
Le plus horrifiant était la position des membres de l'homme; une marionnette dont la Foi en la beauté d'être avait échappée les cordes, pantins désarticulé aux genoux brisés et au crâne fendu, aux cheveux imbibé de sang et aux coudes ouverts vers le ciel, exposant leur chaire pâle et fragile.
Des papiers s'envolant de la fenêtre évidemment laissée grande ouverte venaient se poser parmi le tumulte humain, papillons des vestiges déjà poussiéreux d'une vie guillotinée; quelques de leurs ailes se retrouvaient collées à l'horreur visqueuse du sol taché. Documents et factures
voletaient dans le jais de la nuit, paperasse de neige irréelle tranchant la noirceur ambiante de fragments bureaucratiques.
Lentement, un linceul de larmes vint recouvrir le corps de l'homme d'un filtre flou qui fusionnait couleurs et lumières, hommes et bâtiments. Transie, elle était comme vidée de la chaleur de son humanité s'écoulant de ses yeux au même tempo engourdi qui tarissait les veines de la dépouille disloquée dévoilée à ses pupilles crues.
Le fragile satin de ses espérances s'était fendu et déchiré d'un bout à l'autre de son existence de pastel, écorché par une lame élimée, étrangère aux longues heures ayant confectionnées le tissage de sa douce réalité. »
Les attentats sentimentaux ©
(Nom provisoire volé à JF)

vendredi 18 novembre 2011

Oublions cette mésaventure


Oh, putain, vous n'en savez rien.
Comment pourrais-je le dire? Je colles des falsifies de bonheur contre mes dents, j'étire à la pince tortionnaire les coins de ma bouche, et, comble de malheur, vous y croyez. Peut-être le crois-je moi-même. Je n'en sais rien, moi non plus, à bien y penser.
Je n'aime pas les baisers amers, je n'aime pas baiser l'amertume. Allez vous faire foutre, je ne me comprend pas non plus.
Mais oh, putain, en ce moment, peut-être à cause des mililitres qui coulent dans mes veines (je fus la seule à m'en délecter lorsque nous étions subjugués par ces cataclysmes américains aux écrans gelés dans un paradygme pathétique de faux-amours ambiants), je te veux, tout entier, sans détour ni dégèle, jusqu'au bout des doigts, ces doigts à la texture rêche, ces doìgts qui voient comme tes yeux que je ne veux pas détailler parce qu'ils sont trop doux et pourtant dénués de sentiments. Je te veux pour donner un peu de sens à ce vide qui me gruge sans jamais ne me donner le répis de l'intensité malsaine que nous prêchions autrefois, je te veux pour l'oublier dans nos anomalies cardiaques, dans nos essouflements hypocondriaques de l'existence, je te veux pour être amnésique d'amours plus beaux que celui qui s'est tari dans ces larmes qui t'étaient dédiées. Oh, je donnerais ma vie en ce moment pour t'avoir, rien que pour effacer l'empreinte si confortable de ses bras.
Je ne t'aime plus, mon amour. Toi, pas l'autre. L'autre, je le vois encore dans ma soupe. Je plastifie ce sourire bénigne sur mes lèvres et me voilà capable de paraître heureuse, même devant D., même avec la frayeur collée aux paroies des ventricules qui me hurle incessamment aux tympans qu'il lui racontera que je suis capable de sourire et qu'il se donnera le droit de raturer mon nom de son carnet de souvenirs, inévitablement.
Je t'aime, caliss, comment ça se dit, pour ne pas faire peur? Dans quel langue pourrais-je t'implorer le mieux pour que tu reviennes me serrer dans ces nuits d'Artique?
Un soleil au zénith et pourtant, le gel mordant mon épiderme sèche...
Mes jambes lisses et striées des blanches marques du froid. Un désert de sel après le ratissage de la lame brillante de notre société à l'esthétisme négligeable. S'il-te-plait, redonnes-moi la force de croire en ma beauté; elle s'évade à chaque détour de miroir, et pourtant je la vois dans le reflet laqué d'iris dont je ne comprend pas la source de l'admiration.
Statue de sel s'écroulant sous ses larmes.

jeudi 17 novembre 2011

Car je suis fais de glace, oh, je suis fais de glace




Souviens-toi de moi dans ce désert de givre, avant que ne soient oubliés et perdus

sous les linceuls de gel de la poudreuse amnésique les corps entrelacés et nus de nos amours d'été.

mardi 15 novembre 2011

This twisted, tortured mess, this bed of sinfulness who's longing for some rest


Ce n'est pas dans le chaos des choses, ça ne tient pas dans mes disfonctionnels imbroglios de conscience...
Je l'ai dis, de l'alcool pompant dans mes veines une émotion et une sociabilité grisante, fantastique: je suis fonctionnelle. Je peux à présent manger, travailler, parler, peut-être même rire... Mais quand je me retrouve seule, à ressasser sans même le vouloir la couleur de tes humeurs faciles, l'odeur de ton cou, quand je repense à la chaleur de ton torse contre mon dos, je surprend quelques larmes de crystal au coin de mes iris, mélancoliques. J'ai envie de chialer comme un mioche, de tapper du poing contre les murs, de déchirer quelque chose pour ne pas avoir toute cette frustration compacte coincée dans la gorge.
Frustration de ne plus pouvoir serrer ce bonheur si doux. Je suis incapable d'accepter qu'on m'a retiré un équilibre aussi magique des bras alors que je ne faisais que commencer à m'y habituer, et alors que tous me semblent soudainement dans un répis les berçant gentiement dans les rêves que j'ai effleuré des iris avant de les voir sublimés dans la chaleur d'une réalité qui me restera grise pour toujours, apparemment.
J'ai encore de la difficulté à la dissocier d'elle, même s'ils sont deux entités à eux-mêmes, même si je l'adore, peu importe à quel point... Je vois son appartement, l'amalgame des deux, les conversations dans les brumes de la drogue.
Il me manque mon putain d'équilibre de merde.
Qu'est-ce que je fais, caliss ?
QU'EST-CE QUE JE FAIS?
Si je t'ai perdu, qu'est-ce qui m'empêche de perdre tout le reste?
Je suis incapable de m'avouer que la plaie ouverte qui me gratte, coagulation tardive, vas finir par se dissiper jusqu'à laisser sa cicatrice aveugle.
Putain. J'suis tannée.

mercredi 9 novembre 2011

I know it's not the right thing, but kinda I want to


Let me see you stripped down to the bone
Let me hear you screaming just for me
Let me hear you crying just for me

Lentement, le désir s'emmagasine dans mon organisme, l'emplit, le sature, au point où il n'y a d'autres facettes de l'univers autre que la texture anticipée de ton épiderme sous les empreintes rêches de mon appétit vorace.

Cette tension s'accumule dans chaque fibre des tissus de ses muscles, les étirent, les tends jusqu'à ce que la résistance soit pratiquement insoutenable, un ressors tendu jusqu'à verticalité et qui grince pour se distendre de nouveau, qui souffre de cette rigidité fébrile de ses cordes... Qui coupera la corde? Ne nous retient que l'absence de gravité.
C'est une issue univoque, sans compromis, peut-être parce que je n'en veux pas qu'il y en ait une, peut-être parce qu'il est simplement impossible qu'autant de forces maintenues si longtemps se délestent graduellement de leur énergie, sans une fraction d'Hiroshima.
Je voudrais te déchiqueter sous l'ardeur trop intensément comprimée de mes envies de toi ou de mon regret de lui, je voudrais scarifier ta mémoire de la magnitude maladive de cette dernière esquisse charnelle, je voudrais ne laisser que lambeaux de sanité pour que ne puisse jamais se raccommoder les pans sanglants du risque et de la faim morbide d'un plaisir si violent que j'ai embrasé dans ta conscience trouble.
Nous n'aurons jamais cette seconde de douceur promise; Je te la refuserai. Nous ne seront que deux incendies qui s'embrasent sous le même combustible, nos larmes seront l'essence versée sur les carcasses d'institutions autrefois garantes de la droiture d'un État, nos corps ne seront que les carcasses mouvantes sous leur combustion de figures emblématiques du révolu.
Une langue qui lèche le sel amassé contre les courbes lascives de sa lèvre inférieure, les empreintes digitales tremblantes de l'interdit, tous symboles de ce tabou social et sensoriel à écraser entre nos paumes moites du caprice physique et émotionnel de perdition...
Sensuelle soif de la sentence de mes sentiments, je me sens assaillie de nouveau par le malsain de l'issue du non-retour.

lundi 7 novembre 2011

C'est ton style, c'est ton style...

Ne demeures jamais, Nathanaël.
Les nourritures terrestres, André Gide


On désire tant exister de façon optimale qu'on déconstruit la recette du bonheur en facteurs qu'on ne sait pas mettre en formules.
En disséquant l'existence pour y analyser la source de nos plénitudes et de nos spleens, on en vient à n'en percevoir que les aspects cartésiens et atroces de sa configuration: la grandeur du coeur, qui pompe en un rythme flasque et gras des émotions infectées de la lymphe de nos perceptions, par exemple, ou la blancheur effrayante, froide et impartiale de la cage thoracique de la cellule familiale, certes protectrice de nos souffles les plus profonds, mais aussi détentrice des plus grands handicaps si elle vient à casser.
Et on mémorise par coeur toutes les règles de l'humanité,.
Pour un moment, quel cadeau intellectuel que d'anticiper vents et marées de l'existence humaine! Une étincelle de fierté allume le réverbère de nos songes à chaque fois que se concrétise sur notre chemin l'élément anodin qu'on avait vu venir.
Mais bien vide, improvisé oracle, on s'aperçoit du cadeau de Grec qu'est notre connaissance. On comprend, oui, mais quelle désillusion que de voir les engrenages de nos maux et ne pouvoir que les prédire avec une exactitude de métronome, sans en modifier le cours, en attendant que se matérialise devant nous le coup! Les coups sont aussi pénibles que notre pronostique nous l'inspirait, et les caresses sont drainées de toute leur beauté quand chaque terminaison nerveuse qui y sera éveillée a été répertoriée avant le contact.
On oublie le plus important, cette absence de compréhension consciente qui fait de l'existence elle-même une si belle fresque abstraite; l'azur intense des yeux attentifs d'un enfant, la première sensation de l'effleurement d'une main aimée, la beauté mélancolique d'une larme tombant sur le manteau poudreux d'une neige de Décembre... On oublie que la vie est bien plus belle lorsque chaque de ses motifs est déterminé et catégorisé.
Et puis, après avoir goûté un bonheur conscient, toutes les variations de l'amer nous paraissent avec plus d'acuité; le manque a une couleur, une saveur, une texture, une odeur, un nom, et on reconnait du coin de l'oeil, à chaque détour d'un chemin, à la fois notre bien-être déchu qui s'esquive et le visage grotesque de ce mal qui nous colle à la peau comme de la sève au doigts.
Et ainsi, on désapprend consciemment tous ces beaux papillons de beauté qui s'étaient posées sans douleur contre nos iris innocents. On censure la vie pour ne pas y apercevoir la vérité qui nous a harponné le coeur, oh, on se crève les yeux, n'osant pas prendre le risque de voir que si jamais nous vivons, ce n'est que pour quelques poignées d'étoiles dont on croit la valeur plus lourde que la poussière qu'elles érodent durant leur preste combustion.
On oublie qu'on a été heureux, peut-être, sans le savoir. On ne se souvient de rien une fois qu'on comprend tout; tous les dogmes qu'on érige en forteresses contre la douleur du monde ne sont que valeurs théoriques, lois physiques qui ne tiennent pas compte de la sensibilité irrationnelle de nos encéphales.
Alors embrasez vos consciences à des causes de souffre qui auront tôt fait de se consumer en un éclair oh combien ardent, mais périssable, tissez une robe de mariée sordide des perles de larmes que vous verserez du départ de l'être aimé, joignez vos respirations à celles d'inconnus séduisants contre les banquettes sèches et craquantes d'une voiture d'occasion, faites le tour du monde, deux fois si, lors de la première, la consistance d'un sourire étranger vous a échappé, mettez intentionnellement un bas rouge dans une brassée blanche, souriez niaisement quand vous êtes amoureux, dites merci, chantez très fort, trop fort, changez de nom, changez de vie, mais je vous en prie, oh, de grâce, vivez!
C'est votre seule chance de ne pas en mourir.

samedi 5 novembre 2011

If you still care don't ever let me know


Mon horreur, mon génocide, bref, mon amour; j'ai perdu le fil, celui qui cousait les pans de mon âme en un morceau de patchwork cohérent, celui qui scellait les pensées de suie derrière le mur sensuel de la danse des langues, celui qui te gardait près de moi par la simple force de la confiance qu'elle me procurait, un placebo bien en règles, running up that hill.
Ariane n'existe pas, Ariane n'exista jamais, peut-être étais-je moi-même le minothore, amnésique de sa laideur dans ce grand labyrinthe psychique sans miroirs pour me rappeler de mon inintelligible désordre mental. I am the elephant woman, from the inside. My whole existence is flawed.
Comment pourrais-je vous le dire? Plus personne ne souffre, ici. L'équilibre mental est devenu un paradigme connu, les mioches le répètent comme des robots dans les salles de classe où des professeurs se pendent pour étouffer les mots de ces germes d'êtres humain.
Je suis la crasse sous vos ongles quand vous raclez la terre moite d'octobre, sous la pluie, je suis la gouttière à l'apparence de damas de rouille à laquelle nos serres s'accrochent pour ne pas tomber dans le vide des consciences (à 4 heures du matin, quand les papillons commencent à perdre leurs ailes de papier de soie sous les soleils allogène d'alcooliques réminescences), je suis le sacerdoce de l'épuisement intellectuel lorsqu'il ne nous reste que la mièvre présence de notre âme pour justifier notre corps, je suis la robe trouée couleur cerise laissée contre les lattes craquelées et rayées du plancher de la chambre de motel aux murs brûlés d'une teinte crème salie, je suis le craquement du lit lorsque les épidermes rêches se rencontrent pour se repousser dans une étreinte vide, je suis le soupir versé dans l'encre de la nuit quand les aiguilles transpercent les peaux pour transvaser les douleurs dans des récipients plus universels,
je suis toutes ces déclinaisons des émotions amphigouriques qui peuplent les plaines solitude de vos ancéphales troubles.

jeudi 27 octobre 2011

Thistle and Weeds


Le problème n'est pas dans ton départ; il est dans mon être.
Je suis fucked de l'intérieur. Incapable d'être heureuse.
Par hasard, tu m'as donné quelques miettes d'éternité avec un sourire.
Mais me revoilà, véritable, les larmes aux yeux, les lames à la peau.

mercredi 26 octobre 2011

And I'm on my knees, and your faith in shreds, it seems

Je ne sais plus où chercher la beauté.Aveugle, j'erre dans les confins de ces heures noires que j'avais cru avoir maculé des paillettes du bonheur.
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Mourons. De tant d'horreurs qu'un trépas me délivre.
Est-ce un malheur si grand que de cesser de vivre ?
La mort aux malheureux ne cause point d'effroi.
Je ne crains que le nom que je laisse après moi.
_______________________Phèdre, Racine
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mardi 25 octobre 2011

Notre-Dame de Paris


Les arches des cathédrales de nos amours se sont écrasés sous le poids du temps et des obligations; ces horloges qui filent et le doute qui gruge chaque fondation du coeur ont minés mon espoir de ton retour, lancinant, dérangeant, torturant, et je souhaiterais presque avoir été agenouillée sous les plafonds charitables de notre relation lorsque tu l'as abattu du souffle de ton départ.
Dans le creux des ruines, peut-être crois-je entendre les échos perdus des chants louangeant mon bonheur trépassé, ou est-ce ma folie qui susurre ses symphonies univocales dans l'attente inutile de la réponse de ta voix ? J'ai perdu dans ces décombres la futile confiance en ma valeur. Il ne me sert à rien d'écumer mes pleurs pour y rechercher bribes d'assurance: je n'en valu jamais le coup, je n'ai fait que me projeter illusions et m'orner de fausses perles d'allégresse.
J'ai perçu à tord un signe de ton attachement dans la lumière d'espérance traversant les vitraux de ton coeur et illuminant de leur lueur les lieux de mon culte. J'ai cru déceller dans les couleurs des fondations l'intensité de ton émoi alors qu'elle ne disaient en fait que la vivacité, la vigeur de ma propre dilection, puisque je suis celle qui a coulé les rayons dans ces tableaux de verre.
Les fresques de cette relation éclaire me semblent à présent n'illustrer que des bribes de mon besoin de toi; je n'y vois plus tes bras, je n'y sens plus ta voix. Que quelques danses vides de mon manque d'affection dont j'ai trouvé les rythmes dans les méandres quotidiens de ton nom.
Ophélie, Ophélie, jumelle de douleur de la littérature, fragile cicatrice étirée dans un corps, comme le malheur a façonné ton coeur pour n'en laisser que les dépouillements d'une amertume qui se falsifie carapace.
Je ne le répète que trop, tu étais la charge suffisante qui créait un équilibre précaire sur la balance de ma saineté, mon bien-être; envolé, voilà que le désarroi pèse plus lourd que tous ces puérils accomplissements qui ne me donnent en somme pas assez d'inspiration vers les pages futures du roman de mon existence pour désirer en achever l'écriture. Où est la plume? Elle doit s'être enfuie avec tes soupirs et ne me laisse pour écrire que les traits grossiers de mes empreintes digitales, qui ne réussit en rien à traduire le poétisme minimaliste de mon déclin.
Je ne suis que voyelles incohérentes.
Je ne suis plus curieuse de mon avenir. J'aimerais, vraiment, y voir les perspectives auréolées de jours plus nacrés, mais je n'y trouve que la teinte neutre d'un gris de nuages ne délestant pas leurs larmes contre les pavés fatigués des villes centenaires. Même les édifices s'affaiblissent; ils gémissent en des craquements de métal le poids de leurs obligations.
Ces cités de verre dans lesquelles on se perd, elles sont aussi fragiles que nos consciences.
Âmes de souffre, vous vous embrasez à la moindre étincelle en nuages de passion qui impressionnent par leur preste beauté si vite dévorée par l'atmosphère, sans souhaiter imposer aux consciences un souvenir plus durable qu'une seconde de micro étoile. On vous oublie si vite, une fois la chaleur passée... Consciences d'allumettes, ne vous laissez pas flamber dans la nuit noire par désir de donner une quelconque fièvre aux solitudes lunaires.
Nous sommes tous dédiés à être oubliés, et même ces mots seront bien vite vidés de toute valeur ultérieure.

samedi 22 octobre 2011

Nevermind, I'll find someone like you; I wish nothing but the best for you...


Ces songes, commémorations des preuves trépassées de ton attachement, qui se confondent avant de se fondre aux ruisseaux de ma souffrance, ne tarriront jamais la source de cette douleur diffuse.
Les pâturages de ma folie, champs laissés en jachère grâce à l'assurance que tu m'as prêté, ont vu naître de leurs sols humides de mes larmes des bourgeons de douces morts sentimentales. Ces fleurs d'affliction sont d'une pigmentation d'un lavis de perles de chagrin, allant du nacré à l'indigo, dont la couleur ne laisserait personne totalement indifférent, surtout en sachant que l'intensité de leur teinte provient de la pigmentation de mes veines. Je t'offrirais les bouquets de mes maux en mots tressés pour être plus prestement avalés, si je n'avais peur de les voir abandonnés dans les corbeilles de ton détachement repentant, l'émotion que j'ai prêté à leur confection fanée sous l'ardeur de ton apathie.
Je me sens si seule, perdue dans les limbes de cet attachement trompeur qui m'a trahi dans mon désir de rétablissement de ma conscience fatiguée d'ériger forteresses, rambardes contre les gifles d'un destin prédestiné à l'échec... Je ne suis capable de me voir que dans un paysage nu d'élancement psychique, et tous ceux qui se tenaient à mes côtés sont soudainement à des milles plus loin, chacun torturés par leurs propres maux, tant que je ne peux leur en vouloir de ne pas pouvoir me retenir de tomber, face contre terre. Paupières égratignées. Ma vision d'un bonheur potentiel et mutuel fut lacérée, une demi seconde après avoir ouvert les yeux sur la beauté de ce qui paraissait comme l'espoir d'une réalité.
Je me dis parfois que je souhaiterais lire au fond de tes prunelles la souffrance crue de mon absence. C'est un rêve égoïste étant donné l'inflexibilité de ta décision de me tenir loin de ce galimatias de tes problèmes emmêlés dans les circonstances aléatoires, oh combien maudites, de l'existence semi parfaite qui aurait pu se dérouler sous mes yeux; ce serait désirer ta douleur simplement pour que tu partages la mienne de te savoir si loin.
Tellement, tellement loin... Je crois entendre ta voix quand ce n'est que l'écho de mes appels apeurés dans les caves de ma solitude exigue.
...Mais je t'aime tellement, que je ne peux même pas me dire que je préférerais te voir aussi abattu que moi. Si, si ça pouvait me ramener ta chaleur et dilluer un peu les temps amers où, pour la première fois, la morsure de l'auto-trahison te brûle la langue. Mais j'ai tellement peur de ton indifférence, elle gèle tout désir de m'en sortir, coince les mots empreints de félicité qui pourraient s'enchainer pour créer colliers auditifs de reconnaissances, et tord hors de mes paupières verouillées des gouttes d'acide qui corrodent le peu de bien-être qu'il pourrait me rester.
Je m'ennuie de l'empreinte de tes lèvres contre ma nuque, du sceau translucide de ton attachement apposé contre mon front, de cette lente délicatesse dans tes baisers dont j'étais parvenue à ne pas craindre l'éphémère... Ta bouche, garante de douces voyelles, forteresses de ma force, étreinte amoureuse de quiétude contenant les trésors de tes mots... Ta bouche, détentrice de mes bonheurs déchus, et dont le mutisme obstiné m'asphyxie, graduellement, oh, d'une lenteur si douloureusement douce...
L'eau de mes larmes qui remplit progressivement mes bronches a remplacé l'oxygène de tes sentiments, et, mon amour, si je puis encore détenir la grâce de t'adonner cette appelation décédée dans tes neurones falsifiées, je n'ai pas la force de me tirer jusqu'à la surface de l'océan profond de mes émotions.

Trois temps d'amour cassés, quelques notes, et tous mes regrets.


Tu m'as assassiné de tes silences lestés d'amnésie de nos belles mémoires trépassées et asséchées sous le dur soleil allogène de tes priorités me tronquant hors de ta vie. Tes grands yeux bleu blanc rouge vides de l'émoi que j'aurais voulu y lire, tes grands yeux bleu blanc rouge et le souvenir de leur caresse douce comme tes draps de la couleur de nos nuits insomniaques.
Plus jamais tes sourires pour autre chose que le ruban des cassettes de réminescences de mes larmes. Plus jamais les plaisanteries légères aux couleurs arc-en-ciel. Plus jamais toi. Esti de caliss de tabarnack de tabarnouche de coluche.
Seriez vous gelés, par hasard? Je me demandais, c'est tout. Pas que vous êtes en train de jouer au soccer dans un sous sol, tous seuls pendant que tout le monde boit en haut, mais tsé.
Et, cher croque-mitaine de mes mémoires floues sur l'ecstasy, pourquoi est-ce qu'on finit toujours par parler d'à quel point on était beaux et pourraient encore l'être, si on s'en donnait la chance? Putain, on se la donne jamais, on se la donnera jamais non plus, les deux, on est fatigués de nos parties de cache-cache. Blasés, blasés, je t'aime toujours un petit peu, mais en ce moment, maudit, je meures de lui, j'ai pas le temps de me souvenir de tes douleurs et de nos mots.
À quoi ça sert d'aimer ? Fuck you, Édith. Love's an excuse to get hurt, and to hurt.
Do you like to hurt, I do, I do, then hurt me!
Le sel sur ma langue, amère morsure de mes sentiments inutiles.

mardi 18 octobre 2011

La valse sentimentale.


J'ai l'angoisse coincée dans la gorge, elle m'empêche de respirer, elle m'aspire de l'intérieur et j'ai peur de voir s'évanouir sans un amer sourire d'adieu tous mes rêves mis dans les stylos billes crissant contre les pages de ma réussite éphémère.
Je ne suis pas assez. Danses sur le feu, Maria. Il faut que je me compresse plus loin, que je me comprime dans mon moule de l'idéal qui parade et me nargue, que je presse hors de mes entrailles bouillant de douleur quelques gouttes -seulement une ou deux s'il le faut, oh, seulement quelques gouttes!- du nectar de la perfection...
J'en pleure, tellement souvent dorénavant, que je ne comprend plus... 4 heures, je rentre, je m'assoie, je me force, m'éreinte. Mon poignet me tenaillait, et dans la faiblesse de mes os, de mon corps étriqué par les coupes que j'inflige à mon alimentation, je ne parvenais à voir que ma médiocrité latente, qui menace à tout moment de poindre, visible au monde...
Je suis épouvantée à l'idée que cette fillette meurtrie, borgne, dégoûtante à voir (tellement que vous détourneriez les yeux), soit dévoilée derrière le papier peint de ma maturité adulescente... Elle est là, et elle attend, derrière les murs de ma cloison mentale, elle tape de ses mains sales contre les cavités de ma tête, tentant de se faire entendre...
Vous partiriez. Vous partiriez tous, si vous la voyiez.
Elle était morte, et elle a ressuscité avec ton départ. Berri-UQAM, heure de pointe, comme je savais d'avance que tu ne me tenais plus la main, elle était là, debout dans son cercueil, à pousser aussi fort qu'elle pouvait des larmes faibles et pathétiques hors de mes yeux fermés. Je suis rentrée dans le taxi, et j'étais redevenue, pour quelques secondes, ce monstre innommable. Mets la dans une boîte humaine. Je l'ai caché dans mon squelette, pour quelques temps qui sont devenues des années. Tu m'avais donné la confiance de la forcer à fermer les yeux, c'est fini, maintenant, on a plus besoin de toi, et elle s'y était pliée, peut-être parce que j'y croyais, pour une fois, à son inutilité, et bien, tu es parti trop tôt. Je suis morte, je suis morte, je suis morte.
Je ne lui laisse de répits que quand je suis seule. Et alors, je pleure, je pleure, comme une enfant, cassante, déficiente, vaincue, je me recroqueville en boule et je redeviens la gamine appeurée, celle de je ne sais quel âge, celle qui n'avait déjà plus de rêves, celle qui n'avait aucun avenir, son petit crâne de porcelaine fêlé avant même d'avoir été sorti de la boîte. Est-ce les mains, les lames ou les assiettes vides? Je n'en ai aucune idée. Mais quelque part, dans mon inconscient, parfois, des scénettes se matérialisent et je ne sais même plus si elles sont pantins de mon imagination ou souvenirs à consumer.
Je suis redevenue folle, mon amour.

Danse sur le feu, Maria


_____________Comment pourrais-je le dire délicatement, sans faire trop peur?
_____________Hum, disons... Je me meure.
_____________Si vite, si tôt, si tard, si triste.


_____________Ce n'est pas si grave, love.
_____________You did everything you could... it's just a pity that it's not enough.

lundi 17 octobre 2011

À tant vouloir connaître, on ne connaît plus rien, ce qui me plaît chez toi c'est ce que j'imagine...


J'ai cueilli ce brin de bruyère
L'automne est morte souviens-t'en
Nous ne nous verrons plus sur terre
Odeur du temps Brin de bruyère
Et souviens-toi que je t'attends
L'Adieu, Guillaume Apollinaire



« Pardonnes-moi, » m'a-t-il murmuré.
Tu n'as donc pas compris? Je ne t'en ai jamais voulu, je n'ai jamais été capable de garder une quelconque rancune contre toi. Pas même pour mon assassinat.

Admires-moi avec de moins beaux yeux, mon fantôme dépecé de mon attachement jamais plus rempli du désir lent de tes bras. J'aurais envie de noyer dans les larmes de tes iris quelques pulsions que j'ai étranglé après ton départ, il y a si longtemps... Il y a si longtemps que tu n'hantes plus mes nuits d'insomnie... Voilà que j'ai peur de te donner le gilet du gibet de mes attachements passé, tu sais, ce manteau de grès que je prête à des êtres desquels je me foues pour désillusionner mon besoin de chaleur humaine... Épiderme de pierre dont la froideur me convainc de la réalité vainement fuyante de ma solitude.

Parfois, j'ai envie de les blâmer, de bord en bord, pour tous ces songes déchirés de mes ongles sales d'enfant ensauvagée par leurs mots rêches et leurs maux doux. J'ai peur d'être réellement celle qui a jetée l'ancre en mer tourmentée, versée l'encre dans mes yeux d'enfant, bel en bien, d'un bord à l'autre, et même en diagonales. En trois dimensions, tiens, caliss!

Qu'y a-t-il à comprendre dans la mort graduelle et cruelle d'une âme juvénile? Rien. Que quelques larmes à pleurer sur les plaines vierges de sa sagesse guillotinée, une poussière de temps au coin de l’œil de ceux qui devront continuer à vieillir, et puis, hop hop hop, à la gare, à la gare, on ne perd pas de temps! L'usine à existence nous attend, avec ses complets cravates tachés de la suie de notre douleur, sa machinerie bruyante de cœurs qui se font broyer sous les engrenages du temps. Avec sa grise pollution psychique qui m'a taché si tôt.
Oh, passez votre deuil de mes sourires aussi rapidement qu'il aura oublié les étincelles du jeune bonheur qu'il a fait germé dans mes yeux, que je puisse m'effacer sans remords.
Tu sais, ne t'en fais pas, j'ai sûrement déjà trépassé, dès ma naissance, si ça se trouve, dès les premières fleurs du mal qui ont poussées dans la terre meuble de mes rêves d'enfant. Les champs de mon bonheur ont probablement toujours été laissés en jachère, de peur qu'ils ne soient trop vite épuisés, dévorés par mes neurones affamées. Alors on a préféré cultiver le talent en restant avec des techniques archaïques dont la rouille a lentement miné les engrenages de ma progression générale. La nation se meurt à présent et l'hiver gèle les sols si vite qu'il est trop tard pour atteler les bêtes.
(Ou alors, y'a des criquets pèlerins à quelque part dans mon cerveau.)
J'ai déjà froid.


A tant vouloir connaître on ne connaît plus rien
Ce qui me plaît chez toi c'est ce que j'imagine
A la pointe d'un geste au secours de ma main
A ta bouche inventée au-delà de l'indigne
Dans ces rues de la nuit avec mes yeux masqués
Ton Style, Léo Ferré